"JE COMPTE SUR LES EGOISMES POUR TUER LA MOBILISATION DANS L'OEUF ! (Édouard Philippe

"JE COMPTE SUR LES EGOISMES POUR TUER LA MOBILISATION DANS L'OEUF ! (Édouard Philippe)

Lu dans le Canard : "Je compte sur les égoïsmes individuels pour tuer la mobilisation (des cheminots) dans l'oeuf" affirme délicatement Édouard Philippe. Et Le Canard d'ajouter : Édouard Philippe ne croit pas à une forte mobilisation syndicale à la SNCF. Il explique en privé que "ça vient du fait que les ordonnances ne porteront pas sur le statut. La grosse ficelle, c'est d'avoir dit que la fin du statut ne s'appliquerait qu'aux nouveaux embauchés. Les dirigeants de la CGT savent qu'ils ne pourront pas justifier de bloquer le pays, alors que le statut des cheminots actuellement en poste ne sera pas remis en cause"(sic).

D'abord, on reste confondu devant la décomposition morale qui a présidé à ce propos. Au seul motif souverain de S'ENRICHIR, on supprime le statut des cheminots. Et, pour ce faire, on les dresse ensuite les uns contre les autres : anciens agents du rail non touchés par la réforme contre nouveaux recrutés impactés par le projet en cours. En clair, on transmue la société en champ de bataille, où les individus sont programmés pour la guerre économique et la concurrence à outrance dans tous les domaines. Comme écrit Alain Accardo, "L'homme ou la femme accompli(e) de notre temps est un conquérant qui se doit d'aller de l'avant avec "réalisme", sans état d'âme, une sorte de marine diplomé(e), dressé (e) à tuer pour ne pas être tué(e).(sic) ("Le petit bourgeois gentilhomme, sur les prétentions hégémoniques des classes moyennes, édition Agone, 2009).

De son côté, Jacques Généreux dénonce avec vigueur la "dissociété" bancale dans laquelle nous vivons en France depuis Giscard, avec l'hégémonie de la culture libérale. Il écrit notamment que la culture libérale "privatise les esprits". "Les libéraux préfèrent l'aliénation culturelle des peuples à leur aliénation physique. Ils ne cherchent plus à contrôler les corps, mais bien davantage à manipuler l'imaginaire social de leurs administrés.(...)Il s'agit de privatiser les esprits, flatter et enfler le penchant narcissique et égocentrique de chaque individu, en sorte qu'il perde peu à peu la conscience du bien public, et que finalement, au terme d'un lavage de cerveau, les mots "impôts", "solidarité", "règlementation", "côtisation" soient douloureux à entendre, et provoquent un réflexe défensif" (sic) ("La Dissociété", édition du Seuil, 2006).

En clair, "la grosse ficelle"(sic) visant à faire échouer le mouvement social des cheminots, dont parle le Premier Ministre, c'est le lavage de cerveau, le célèbre et inélégant "chacun sa merde ! " qui est sensé faire des ravages, y compris dans un secteur très combatif, à forte tradition des luttes qu'est le secteur des transports.

Et c'est là où le raisonnement machiavélique de Philippe patine, échoue à convaincre totalement. Le secteur des transports est très syndiqué. La culture libérale n'y est pas encore souveraine. Preuve en est le chiffre qui circule en ce moment : selon un sondage interne, 93% des cheminots se préparent à faire grève, et leur chef refuse de les remplacer (cf Mobilettre). On s'achemine donc vers un conflit vraiment très dur. Ce qui n'est pas pour nous surprendre outre mesure : on n'a pas oublié le grand Mouvement social des cheminots de 1995. Avec pour animateur, le jeune Bernard Thibaud alors responsable de la Fédération CGT des cheminots et Claude Debons, responsable de la FGTE CFDT, alors prêts à bloquer le pays sans aucun état d'âme, comme l'a raconté ensuite Claude DEBONS que j'ai bien connu au PG. Comme disait Dominique Seux, éditorialiste des Échos, "dans ce conflit, ce sont les fédérations. qui décident, pas les confédérations (molles). LA SITUATION EST INFLAMMABLE...!"(sic)

Alain Badiou estime qu'il ne faut pas se résigner à subir la continuation vaille que vaille de ce vieux monde fatigué. Capitalisme qui a fait mille fois la preuve de son échec réitéré. Il faut au contraire s'investir activement dans cette nouvelle époque qu'il appelle "le temps des émeutes", "par lequel se signale et se constitue UN REVEIL DE L'HISTOIRE, contre la pure et simple répétition du pire "(sic) (in "Le réveil de l'Histoire", édition Lignes, 2011). L'air du temps est du côté du réveil de l'Histoire et de la colère sociale, qu'on se le dise...!

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