QUAND ETIENNE CHOUARD "IGNORE" LA SHOAH !

Version n°3

1°)-Brigitte Pascall : "Chouard s'est retrouvé célèbre du jour au lendemain en 2005 il a du "assumer" une célébrité, qu'il ne méritait pas, n' ayant aucune idée personnelle. Il s est mis à repomper les idées de Soral, alors à la mode. Puis s' est enthousiasmé pour JLM 2012 et son programme "gouverner face à la finance". Puis il s'est emballé pour Lordon et le tirage au sort, de façon totalement décontextualisé comme le note Jacques Sapir.

Dire "qu'il ne sait pas" sur les chambres à gaz vu la masse croissante d' informations sur le sujet : shoah par balles : 1 million de morts à l'Est, avec un livre sur le sujet dont on faisait de la pub, de grandes affiches dans le métro. Les crimes de la Wermacht", d'abord une exposition allemande à succès, puis une émission d'ARTE et un livre que je possède, parlant notamment de la mort de masse dans le ghetto de Minsk en Ukraine. Sans oublier le livre: "Je me suis évadé d'Auchwitz" du jeune hongrois VRBA, cité par Claude Lanzmann dans Shoah.

Il y a aussi bien sur le film de Claude Lanzmann "shoah" et son livre de souvenirs : "Le lièvre de Patagonie", aux éditions Gallimard, publié en 2009, où il raconte longuement sa rencontre avec le conducteur de train, petit homme aux yeux bleus, menant les juifs à la chambre à gaz d'Auchwitz.

La Vérité est que Chouard se contrefout de la Shoah et il n'est pas le seul ! Lorsque Claude Lanzmann est décédé, j'avais rédigé un article à sa mémoire, parlant aussi d'Auchwitz, sur la base de son livre : "Le lièvre de Patagonie" : je me suis prise un bide total ! Le problème, ce n'est pas mon amour-propre, mais le désintérêt de nombreux facebookiens pour la Solution finale, reléguée au rang de sous-problème !

Dire qu'on "ignore" la réalité des camps, c'est une stupidité sans nom, vu les kilos de connaissance qu'on a sur le sujet !"

Certes, Chouard a fait l'objet d'une démolission en règle, parce qu'il était l'idéologue préféré des gilets jaunes. Maintenant, il est responsable aussi de ses réponses : dire qu'il ne sait rien sur la shoah n'est pas digne d'un intellectuel humaniste !La Vérité est que Chouard se contrefout de la Shoah et il n est pas le seul ! Lorsque Claude Lanzmann est décédé, j'avais rédigé un article à sa mémoire, parlant aussi d'Auchwitz, sur la base de son livre : "Le lievre de Patagonie" : je me suis prise un bide total ! Le problème, ce n'est pas mon amour-propre, mais le désintérêt de nombreux facebookiens pour la Solution finale, reléguée au rang de sous-problème !

On (Macron) cherche à éliminer Chouard, tout comme on (Macron) a retiré le blog professionnel de Jacques Sapir : 200 000 connections par mois. Tout comme on (Macron + Corbière) a viré Généreux de la responsabilité du programme de la FI. Tout comme on (Macron) fait chanter Badiou, sachant que son fils se drogue...! Ce n'est pas une situation propre à Chouard, et Chouard n'est pas un martyre solitaire. Dans les années 50, il y avait 2 groupes d'intellectuels : les intellectuels compagnons de route du parti communiste (Sartre) et les autres (Aron). Aujourd'hui, il y a les pseudo idéologues ralliés à Macron, et ceux qui se taisent, de façon plus ou moins volontaire. J'ai rédigé plusieurs billets sur le champ intellectuel actuel, où je développe tout cela. Sachant cela, il n'y a pas de place pour la naïveté : Chouard ne pouvait pas plaider "l'ignorance" sur la solution finale : qui, naturellement englobe les tsiganes, les malades mentaux, les slaves, etc. il y a un "avant" et un "après" Auchwitz, même si je ne pense pas comme André Glucksmann, qu'il faille arrêter de penser à cause de l'extermination nazie. Sapir a raison de dire que Chouard n'habite pas la planète Mars...!!

 

2°)- Jacques Sapir (extrait de son billet de Blog Russ Europe en exil du 19 juillet 2019 intitulé : "De la démocratie, du RIC, du rapport à l'Histoire, et de quelques sujets qui fachent": "Etienne Chouard ne vit pas sur Mars ou sur Venus, mais dans la France du début du XXIème siècle. Il a pu acquérir certaines connaissances en histoire, et il le montre dans d’autres occasions. Mais, il ne s’est visiblement pas interrogé sur le concept même de connaissance historique, où il est très faible. On peut trouver cela étonnant pour quelqu’un qui entend repenser la démocratie. Car, le rapport à l’histoire et à la connaissance fait intégralement partie de la question de la démocratie. Dans la question implicitement posée, celle de l’extermination des juifs d’Europe, il y a à la fois la question du rapport à l’histoire, à la connaissance historique, mais aussi la question de l’existence de plusieurs niveaux de connaissance historiques.

Le premier niveau porte sur l’existence même d’un projet exterminateur mis en place par les Nazis, avec l’aide de leurs vassaux. Il ne fait pas de doute[16]. Tout comme, la disparition des millions de personnes, qui constitue le deuxième niveau, ne fait pas de doutes, même si le chiffre de 6 millions, populairement utilisé, est avant tout un symbole. La présence de chambres à gaz comme moyen de mise à mort, qui constitue le troisième niveau, ne fait pas non plus de doute. Certaines ont été préservées (cas du camp de Mauthausen que les SS n’ont pu détruire car il fut libéré par les prisonniers eux-mêmes), et d’autres reconstruites, à partir des destructions effectuées par les SS lors de leur évacuation des camps (Auschwitz-Birkenau, Treblinka). Des documents attestant de la construction de ces chambres à gaz par les nazis existent. L’ampleur du phénomène de gazage dans les camps d’extermination (à distinguer des camps de concentration) mais aussi partiellement dans des camps de concentration – ce qui est le quatrième niveau – reste néanmoins indistincte, tant en nombre que pour les populations concernées (juifs, mais aussi tziganes). Ainsi, depuis trente ans, l’une des principales avancées dans l’histoire du processus d’extermination a été la mise en lumière de l’ampleur et le caractère systématique des massacres par balles, en Ukraine et en Biélorussie, et le fait que ces massacres n’ont pu être possibles que par la collaboration de segments de la population ukrainienne[17]. Ainsi, dire qu’entre 1 million et 1,5 millions de personnes ont été tuées dans ces exécutions de masse contribue à réduire le nombre supposé des personnes gazées. Plus l’on procède vers la précision des procédures, plus on avance dans les « niveaux » de connaissance, plus on veut aller vers la précision, et plus le « voile d’ignorance » s’accroît.

Ceci ne concerne d’ailleurs pas seulement l’extermination des juifs d’Europe. Un problème similaire se pose quant à la famine de 1847 qui ravagea l’Irlande[18]. Une formule utilisée quand je faisais mes études dans les années 1970 consistait à dire que cette famine avait tué un tiers de la population, et qu’un autre tiers avait émigré notamment aux Etats-Unis. De fait, la seule chose connue de manière absolument sûre ce sont les chiffres de recensement avant et après cette famine. Le nombre des morts tend aujourd’hui à être réévalué, car outre les personnes mortes chez elles, outre celles mortes en effectuant des travaux auxquelles elles étaient contraintes pour toucher les secours chichement prodigués par la Grande-Bretagne, un certain nombre de personnes sont mortes sur les bateaux les amenant aux Etats-Unis ou dans le premier mois de leur arrivée aux Etats-Unis.

Le problème de la « connaissance » réside donc justement en ce qu’elle n’est pas binaire. Dire « je sais » ou « je ne sais pas » ne peut constituer la bonne réponse. Nous savons, en fonction de notre éducation, mais aussi de notre spécialisation, de nos études, tous quelque chose, même si nous ne savons pas « tout ». Ainsi, même en ayant un peu étudié la question de l’extermination des juifs de 1939 à 1945 je serai dans l’impossibilité de donner un chiffre précis des personnes ayant été gazées tout en pouvant avancer avec relativement de certitudes un ordre de grandeur. Mais, dire que l’on est incapable de donner une réponse précise à cette question cela ne veut pas dire que l’on puisse douter de l’existence même des chambres à gaz ni de l’ampleur de leur usage. Autrement dit, mon niveau de certitude diminue au fur et à mesure que je progresse selon les niveaux de connaissance, un petit peu comme si, examinant un village à la jumelle, je pourrais distinguer clairement l’agglomération, de manière moins précise les maisons individuelles, et de manière très imprécise les habitants du village. L’important, ici, est que l’on puisse voir le village. Vouloir donc se parer du raisonnement de Chomsky est à la fois faux et inutile. Chouard a commis une erreur – révélatrice de son rapport à la connaissance – mais il a aussi commis une faute politique.

Il convient alors d’ajouter qu’Etienne Chouard, dans la mesure où les deux « journalistes » cherchaient à l’entrainer sur ce sujet, a donc été extrêmement imprudent dans ses réponses. Nul ne peut ignorer aujourd’hui le contenu émotionnel des chambres à gaz. Mais, ce contenu émotionnel vient aussi de ce qu’elles sont considérées comme le « symbole » de l’intentionnalité criminelle des nazis, ce qui différencie le génocide des juifs du cas de la famine irlandaise par exemple. Et Etienne Chouard ne pouvait ignorer ce contenu symbolique. En fait, cette intentionnalité peut être établie par divers documents sans faire référence aux chambres à gaz, même s’il est clair qu’avec ces dernières nous avons la touche finale de l’intentionnalité meurtrière du projet nazi. La question des fusillades de masse en Ukraine en atteste aussi. Mais, historiquement, cette question de l’intentionnalité s’est concentrée sur la question des chambres à gaz, et cela il est difficile de l’ignorer en France en 2019. Ici, Chouard s’est clairement donné des verges pour se faire battre."

 

 

 

 

 

 

 

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