Ce qui, en moi, résiste à la vaccination?

Multi-vacciné, je ne suis pas contre la vaccination. Concernant le « passe sanitaire », j’y suis opposé. Mais ce n’est pas tout : quelque chose en moi résiste à la vaccination. Quoi ?

Multi-vacciné, je ne suis pas contre la vaccination. Concernant le « passe sanitaire », j’y suis opposé pour tout un tas de raisons :

- Une politique sanitaire digne de ce nom aurait dû consister en la vaccination prioritaire des personnes à risque. Vacciner des enfants qui ne risquent rien est un choix indéfendable d'autant plus que l'on sait qu'une personne vaccinée peut malgré cela transmettre le virus..

- La vaccination n’est qu’une arme parmi d’autres, et insuffisante, on l’a vu, contre cette syndémie; une politique sanitaire qui n’est basée que sur la seule vaccination est débile et dangereuse.

- Une politique sanitaire cohérente aurait impliqué la remise en question de la logique ultra-libérale de dépeçage de l’hôpital public (Or, des lits ont continué d’être détruits depuis mars 2020).

- L’absurdité des choix opérés1, leur obscurantisme (car non fondé sur la science), sont un aveu : nos zélites ne savent plus que forcer et punir, car convaincre exigeraient d’eux d’être crédibles; et crédibles ils ne peuvent l’être car il sont nécessairement incohérents s’ils restent dans le « cercle de la raison » capitaliste (d'autant moins crédibles qu'ils refusent d’avouer leurs mensonges2). Forcer et punir et, après la grande peur des Gilets Jaunes, soumettre.

- Le passe sanitaire nous fait entrer dans une ère encore plus radicale d’intériorisation de la surveillance et de diffusion de cette surveillance à l’ensemble de la société : on a ainsi transformé les bistrotiers en policiers (gratuits). Ceci s’accompagne d’une fragilisation -encore- de la vie privée et multiplie les risques de fuites de données personnelles. Après les « voisins vigilants », voila un pas de plus vers une société de la défiance et de la tension et de la milice. (voir ici)

- Cette « politique » crée une discrimination indéfendable. Au nom de quoi quelqu’un qui ne peut être vacciné -pour des raisons médicales, il y en a!- a « la vie de merde » promise, n’a plus le droit d’aller au cinéma ni de boire un verre. De quel droit ? Quel droit permet ça ? Celui d’une démocratie ?

- Enfin, une lutte efficace et cohérente doit être planétaire et pour cela la levée des brevets des vaccins ets obligatoire. Qu’en a dit Macron et ses affidés ? Il a vaguement, à contre-coeur, approuvé Biden en ce sens mais bon…

Bref. Contre le passe, pour le vaccin. Je suis loin d’être le seul dans ce cas et parmi les critiques de ce machin, toutes ne sont pas ultra-droitières et complotistes. Il est bien triste d’avoir à le préciser : c’est, là aussi, un symptome d’un piètre état démocratique.

Pour le vaccin donc ?

Oui, en théorie.

Parce que dans la pratique, quelque chose en moi résiste. Je ne suis toujours pas vacciné. J’attends, j’attends un peu. Pourquoi ? Je passe sur des raisons personnelles, qui existent, mais ne me semblent pas déterminantes. Une méfiance à l’égard d’un vaccin sur lequel on a pas de recul sur le long terme ? Sans doute, surtout si on ajoute à cela la conviction que la science n’est pas ce lieu de la recherche pure et qu’une grande partie de la recherche scientifique est de plus en plus inféodée à la logique capitaliste, les laboratoires pharmaceutiques étant capables, dès lors qu’il est question de faire des profits, d’un cynisme absolu.

Mais ce n’est pas tout, il me semble. Quelque chose comme :

Faire feu de tout bois. Peut-être ça : se saisir, au risque de la bêtise, de tout ce qui freine ce monde volant à l’abime.

Ne pas accepter, en refusant ou retardant le moment de la vaccination, le monde d’après la pandémie parce qu’il n’est autre que celui d’avant : retour à la croissance, recours à l’austérité, destruction du bien commun, destruction de notre écosystème, aliénation par la travail et la consommation et le système publicitaire.

Ah non. Pas « celui d’avant » : celui d’avant en pire car encore plus destructeur, attendu que la gabegie d’argent public servira d’arguments pour démanteler ce qui nous reste de services publics et justifier leurs « cures »3 d’austérité et que les politiques sanitaires auront encore un peu plus mis à mal les collectifs et isolé mieux encore les individus.

Ne pas accepter l’idée qui est au centre de la « stratégie » de vaccination : cette idée que les catastrophes que créent le capitalisme, le capitalisme les surmontera grâce à la technologie, ici l’ARN, cette merveilleuse nouveauté et en même temps cette solution parfaitement sûre. On est ici au cœur du capitalisme et de sa logique d’expropriation/ destruction nécessaire à son expansion.

Ne pas accepter non plus que ce moment ne soit pas l’occasion de questionner le fonctionnement de nos sociétés globalisées, c’est à dire éviter scrupuleusement de voir ce qui engendre les zoonoses (le délire extractiviste et productiviste sans frein ni vision sinon celle du profit à court terme) et ce qui assure leur diffusion rapide : déplacements insensés de marchandises, de flux financiers, de personnes, ces déplacements incessants et toujours plus rapides qui font que, par exemple, le sapin de la montagne d’à côté de chez moi est envoyé en Chine pour revenir dans la grande surface d’à côté de chez moi sous forme de panneaux OSB. Déplacements incessants et insensés et toujours plus rapides de marchandises. Et en contrebande, de virus. Combien de temps ce fameux COVID aurait-il mis pour voyager jusqu’ici en 1970, ce temps d’avant les délocalisations massives pour « abaisser les coûts » ?

Se vacciner, vite, permet aux pouvoirs d’éviter ces questions et de reprendre, vite, sa marche folle.

Ne pas accepter la précipitation (vers quoi? vers quoi ?), la vitesse (pour quoi? pour qui ?) voila peut-être aussi une raison, peu consciente, confuse, stupide, de résister à la marche forcée du monde qui prend ici, du fait de politiciens cyniques et VRP d’un capitalisme chaque jour plus destructeur, le visage malheureux d’un vaccin.

Tous les demeurés du pouvoir auront vraiment tout pourri.

1 Je ne peux pas prendre un café en extérieur mais prendre le RER bondé, oui, et les grandes surfaces viennent de rouvrir sans passe mais pas mon musée, vide la plupart du temps et où il est interdit de rien toucher ? (rires de la salle)

2  Ah, Sibeth et les masques… brave, brave petite soldate sacrifiée, que devient-elle au fait?)

3  Du latin cura : soin, surveillance.

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