"Et je prendrai aussi un baril de Macron..."

Jamais on n'aura pu constater avec autant d'évidence qu'il est maintenant possible de lancer une candidature comme on lance un baril de lessive ou une nouvelle police d'assurance.

Jamais on n'aura pu constater avec autant d'évidence qu'il est maintenant possible de lancer une candidature comme on lance un baril de lessive ou une nouvelle police d'assurance.

C'est peut-être même la grande nouveauté de cette élection : la fabrication de toutes pièces d'un président de la République en appliquant scrupuleusement les recettes de l'industrie.

 

Pourtant, le produit n'était pas une matière première facile : banquier Rotschild, ministre hollandais, inconnu des suffrages, énarque arrogant qui sait comment avoir un beau costume, libéral assumé, fadeur…

Il faut donc reconnaître un certain talent aux communicants dans leur science de la manipulation.

Plan com', belles photos, éléments de langage, port de casque d'ouvrier, livre qui a comme titre « Révolution ». Ils ont su, en bons publicitaires, saisir l'air du temps et le récupérer. Faire d'aspirations profondes un produit calibré. Changer l'or en plomb.

Macron, la Révolution. La Vraie.

 

C'est donc une leçon, terrible, de ce premier tour. Le fond semble ne plus importer, une image vaut mieux qu'un long discours argumenté. On parle aux tripes, on convoque une mystique de carnaval, on demande à une marionnette de hurler en regardant le ciel et de prononcer certains mots bien pesés, mais sans poids...

On joue essentiellement des apparences (une pseudo-beauté, sa jeunesse...) comme autant d'arguments : comme si tous les vieux étaient cons et les jeunes « modernes », comme si la beauté était le gage d'une belle âme… Vieilles rengaines, vieux clichés, pour une telle « nouveauté »... pas de surprise: on est bien dans le langage publicitaire, pateaugeant dans les lieux communs consuméristes, se nourrissant et entretenant les préjugés.

 

C'est donc un constat décourageant, voire désespérant : ce triomphe du vide et du creux politicien masque la violence d'une économie devenue toute-puissante face à un pouvoir politique qui s'efface.

Et les gens en sont les dupes.

 

« Dupes » ? « les gens » ?

Voyons le verre à moitié plein: 24 % est un score bien peu élevé pour accéder au second tour… Et si l'on additionne les voix critiques du libéralisme (à juste titre de mon point de vue, Mélenchon, ou à mauvais, Le Pen), ces voix sont majoritaires. Car finalement, parmi les candidats, seuls Macron et Fillon sont des libéraux a-critiques. Les propositions qui relève du libéralisme économique dures sont minoritaires.

L'abstention sera donc probablement massive, beaucoup d'électeurs refusant consciemment de voter pour celui qui va accroitre nos souffrances, et plus ou moins consciemment pour ce qui est perçu comme une marchandise en toc.

 

Mais si Macron est le représentant d'un « fascisme rose », Le Pen est celle d'un fascisme brun, dont l'élection donnerait des ailes au pires nervis de l'extrême-droite et nous engagerait dans une destruction méthodique de la démocratie dont il sera difficile de se relever avant longtemps, sans nous protéger pour autant du libéralisme forcené.

C'est peut-être triste, mais nous en sommes là : de deux maux il nous faut choisir le moindre, sinon à désirer la violence et la mort.

 

L'urgence est donc de battre dans les urnes le fascisme brun, et le plus largement possible. Et d'être, dès le lendemain de l'élection, dans la rue pour combattre pied à pied les réformes « révolutionnaires » de notre Grand Baril de poudre rose, qui visiblement -et c'est l'un des dangers du moment- ne comprend rien à ce que signifient les résultats de cette élection.

 

 

loewy

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.