Twitter, la feuille de vigne qui cache le vide

« Twitter », le café du commerce de l’espace virtuel, est devenu une norme sociale et un puissant brouilleur de pistes. Utilisé comme défouloir par les petites gens, il est surtout exploité par les puissants, comme moyen de manipulation. « Diviser pour mieux régner » s’appelait le concept chez les Romains. 

Plus personne ne se prive dorénavant de son droit à la parole et contribue allègrement à la cacophonie ambiante, à l’accentuation des malentendus et au travestissement des faits, tout cela à la grande satisfaction de l’establishment.

Ainsi, le message devient de plus en plus simpliste, plus simpliste encore que jadis les manchettes de la presse boulevard, car il faut être court et rapide. Tellement rapide que le démenti, ou réflexion tardive, suit inévitablement le message d’origine. Celui-ci se noie presque toujours dans le flot des informations. Peu importe, le but primaire est atteint, celui de capter de l’attention.

En politique, c’est devenu une stratégie. Pris de court, les hommes et femmes publiques dites sérieux ont cru nécessaire de s’y mettre aussi, commentant pèle mêle les faits divers et l’actualité. Aidant ainsi à brouiller les pistes et à empêcher une analyse censée de leur bilan politique. Ils assurent leur réélection grâce à l’ignorance des « twitteurs ».

Pourtant, internet est un outil démocratique révolutionnaire qui est déjà en train de changer le monde, mais pas à la façon « Twitter ». 

Internet, qui n’a même pas l’âge d’une génération, est encore un peu le nouveau jouet des hommes et femmes qui découvre la réalité virtuelle. Toutefois, les enjeux sont ailleurs. La vraie révolution est l’accessibilité universelle à l’information.

Malgré les efforts désespérés de quelques magnats de presse, il n’en reste qu’une poignée, de la contrôler, on constate déjà la perte de vitesse, autant de la presse écrite traditionnelle, que des grandes chaînes de télévision, au profit de sources d’information alternatives. Notamment aux Etats-Unis où elles poussent comme de champignons. Le jeune réseau de télévision d’information indépendant sur internet « Young Turks » dépasse actuellement CNN (sur internet) grâce à sa couverture de l’élection présidentielle. 

Le politicien allemand Gregor Gysi, fait une analogie entre le flux migratoire qui déchire l’Europe depuis quelques années et internet. 

Certes il y a l’effet des conflits armés. La majeure partie de la migration toutefois est d’ordre économique. L’accentuation vertigineuse de la concentration des richesses au niveau mondial, devient visible aux yeux d’une jeune génération défavorisée dans les pays pauvres grâce à internet. Garder la population dans l’ignorance était une stratégie des potentats africains qui a marché pendant quelques siècles. Internet change la donne, pour l’Afrique, et pour l’Europe. 

Selon Eurostat et un article, paru dans le quotidien allemand « Die Zeit », un quart des enfants en Europe est menacé par la pauvreté. En 2014, 27,4 % des enfants en dessous de 16 ans grandissaient dans des familles en situation précaire. 

En Allemagne, pays du miracle économique, le nombre d’enfants, dont les parents touchent des allocations Hartz IV, a augmenté de 18,2% à 19,3% entre 2012 et 2014. 

Toutefois, la situation économique des européens semble globalement encore supportable, raison pour laquelle la majorité préfère encore le « Tweet » à la descente dans rue. Les politiciens qui « tweetent » seraient bien inspirés de méditer d’ores et déjà à des solutions envisageables pour le moment quand la précarité aiguë des indigènes se conjuguera avec une immigration étrangère à son paroxysme.

 

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