The people’s bank of Los Angeles

Les habitants de la ville de Los Angeles s’apprêtent, le 6 novembre prochain, par un vote populaire, à jeter les bases légales pour la création d’une banque publique municipale.

En abrogeant une disposition dans la loi communale (Charter B Amendment), interdisant à la ville toute activité commerciale, ils ouvriraient ainsi la voie à la création d’une institution d’utilité publique novatrice.

Selon le comité d’initiative « Public bank LA », une telle banque municipale serait gérée par une commission élue, représentative de la société civile. La banque investirait directement dans l’infrastructure de la ville, ainsi que dans le tissu économique local, respectant des impératifs sociaux et environnementaux, tout en sauvegardant les biens de la communauté et en améliorant, de façon mesurable, la qualité de vie des citoyens. 

Avec un budget annuel de 9 milliards USD, la municipalité de Los Angeles détient, dans les coffres des banques commerciales, des avoirs à court terme d’une valeur de 11 milliards USD et des investissements à long terme, tels que des fonds de pension, d’une valeur de 45 milliards USD, un pactole que les banques détesteraient voir s’envoler. Rien qu’en 2017, la ville avait déboursé pas moins que 170 millions USD en frais de transaction et de management à ses banques dépositaires et près de la moitié des sommes investies dans l’infrastructure part sous forme de paiements d’intérêts, s’élevant à 3 milliards USD par année. (Public bank LA, LA Sentinel)

Dans un éditorial du 20 septembre dernier, le très équilibré « Los Angeles Times » appelle ce projet « boiteux » et « mal conçu », déplorant « l’absence d’étude approfondie », se contredisant dans une seule phrase (faut le faire) prétextant que « pas une parmi les nombreuses villes et états proposant actuellement des projets analogues n’en aurait réalisé un, admettant tout de même une « expérience » probante, celle de la « Bank of North Dakota » fondée il y a cent ans. En effet, le quotidien admet que, ce qui est en jeu pour la finance, n’est pas du « chicken feed ».

Le fait que de nombreux états et municipalités étudient actuellement cette forme de « gestion fiscale » est proprement stupéfiant, dans un pays où 90% de la population croit que le socialisme est au mieux une insulte ou au pire une maladie vénérienne.

En Europe, le néolibéralisme a certes fait des dégâts, mais, contrairement à la réalité américaine, les structures d’importantes réalisations « sociales » d’antan sont toujours en place, quoique chancelantes. Raison pour laquelle les initiants du projet californien se servent, comme exemple, du système allemand des caisses d’épargne. Au même titre ils auraient pu citer celui des Banques cantonales suisses, qui, loin d’être des œuvres caritatives, avaient été conçues dans le même esprit, celui du « développement local et durable », dans lequel les « angelinos » envisagent de concevoir leur « people’s bank ».

La Suisse étant une Confédération, le fonctionnement des Banques cantonales est ancré dans les législations cantonales. Bien que conçues en tant qu’institutions de droit public, elles ont été « travesties » en sociétés anonymes, sociétés dont le souverain détient, encore, la majorité du capital, et qui se porte, en même temps, garant à 100% de toutes ses obligations.

Sous la pression des partis bourgeois, avec la complicité appréciable de la gauche, elles s’étaient aventurées de plus en plus vers des cieux plus profitables, exploitant des domaines, jusqu’à là réservés à leurs grandes sœurs multinationales, la gestion de fortune et la spéculation boursière, ce qui a coûté à nombre d’elles leur indépendance voire leur existence.

Elles, de concert avec le groupe de coopératives Raiffeisen, dont l’ex PDG est passé par la case prison, ne se fatiguent plus avec l’étude d’un quelconque projet artisan ni même industriel, elles se contentent d’exiger des garanties sur lesquelles elles calculent leur marge de sécurité. Un ordinateur pourrait faire ce travail. Résultat, un réservoir inexploité de connaissances en matière bancaire, formé dans les meilleures universités, y perd son temps.

Les deux géants bancaires suisses, UBS et Crédit Suisse de leur côté, responsables de la réputation douteuse de ce pays dans le monde, s’apprêtent à quitter le territoire, prenant acte de l’abandon du secret bancaire, laissant derrière elles une flopée de chômeurs haut de gamme, formés, eux aussi, dans les meilleures universités publiques. Elles n’ont plus besoin de leur patrie. Une d’elle, l’UBS, s’apprête même à publier ses résultats en USD au lieu du CHF. Nonobstant, son PDG, le tessinois Sergio Ermotti, se croit toujours autorisé à donner de bons conseils en matière de politique monétaire à la direction de notre Banque Nationale, en violation du principe d’indépendance, pourtant défendu jadis bec et ongle par ses semblables. Tempi passati ?

Disposant déjà de réseaux et de structures d’institutions financières publiques, la création de « banques du peuple », telles que la ville de Los Angeles et tant d’autres villes américaines projettent de créer, de nombreux pays européens pourraient se trouver déjà à l’avant-garde de tels projets d’utilité publique, représentants du coup de vrais contre- pouvoirs face à la toute puissance de la finance mondiale. L’abolition de l’intérêt sur le capital, un gaspillage inutile d’énergies pour l’économie réelle, pourrait se réaliser ainsi localement sans passer par la case révolution.

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