Bruno Hubacher
blogueur progressiste
Abonné·e de Mediapart

130 Billets

0 Édition

Billet de blog 10 août 2016

Privatiser l’eau, l’air, la santé et l’argent ?

Bruno Hubacher
blogueur progressiste
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

L’état c’est moi affirma Louis XIV, le roi soleil, aujourd’hui remplacé par le pouvoir économique. Mais, qu’est-ce que c’est que ce pouvoir économique ? Une entité abstraite et insaisissable ? Non, des hommes et des femmes en chair et en os, des citoyens, taxables et justiciables.  

Quand l’ancien patron de Nestlé, un citoyen de son pays lui aussi, estime que, pour une meilleure gestion des ressources, l’eau potable doit avoir un prix économique, c’est un simple citoyen qui s'exprime, citoyen dont l'opinion vaut celle de n'importe qui d'autre. 

La raison d’être de l’économie est la maximisation du profit et celle de la politique l’intérêt public. C’est très bien ainsi. Il ne faut pas mélanger les deux. 

Derrière le souci philanthrope de Nestlé se cache une quête, vieille comme le monde, la quête du pouvoir, habilement dissimulée derrière une ruse, celle de la mission désintéressée de la gestion de l’eau par Nestlé pour le bien de l’humanité, un mélange des genres dangereux que nous connaissons dans de nombreux autres domaines, santé, service public, éducation.

Le droit de polluer, ou taxe carbone, une invention des adeptes du libre marché, bien ficelée, est vendue aux principaux chefs d’états de la planète et avalisée, avec le protocole de Kyoto, en 1997. L’objectif est louable, la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Le principe est simple. Les entreprises qui polluent peu ont le droit de monnayer leur « droit de polluer » en le vendant à des entreprises qui polluent beaucoup. La sacro-sainte incitation pécuniaire, si chère aux réformes sociales et au libre marché, à l’instar de la réforme Hartz IV en Allemagne qui a permis la création des emplois à 1 euro l’heure ou le crédit impôt compétitivité, le CICE, à la faveur des entreprises du CAC 40, qui a coûté la somme de 45 mia EUR à l’état français. Crédit impôt, faut-il le rappeler, instauré pour inciter les entreprises à créer des emplois. Un vœu pieux, et les actionnaires sont aux anges.  

Pour revenir à la taxe carbone. La crédulité des pouvoirs publiques face à l’omnipotence d’une logique mercantile a mené à la casse du siècle (Mediapart), la fraude au Co2. Il se trouve que les droits de polluer sont négociés, comme des actions, à travers la bourse du carbone « Europeen Union Emissions Trading Scheme », fondée en 2005. Seulement, dans certains pays, européens, ces droits sont sujets à la TVA, dans d’autres pas. Ainsi des petits malins ont trouvé un truc, pour acheter, à travers des sociétés « offshore », encore elles, des droits hors TVA pour les revendre avec TVA, faisant disparaître les profits dans des comptes, détenus par des sociétés « offshore », décidément. Les pouvoirs publics regrettent et le procès est en cours. 

La confiance au libre marché a coûté à l’Union Européenne la somme de 5 mia EU et 1,8 mia EU à l’état français. 

En ce qui concerne le marché de la santé, là c’est la sacro-sainte compétition qui sauve le système. Ainsi, les assureurs se battent férocement contre la concurrence pour gagner les faveurs des clients dans le « libre marché » sans intervention de l’état. Ceci pour la théorie. 

Quand des prestations, telle que l’assurance maladie, sont obligatoires, le client n’a pas le choix. Quand le vendeur de chaussures essaie de vendre ses chaussures, le client a le choix. La compagnie d’assurances, soumise aux règles de l’économie de marché, la maximisation du profit, reçoit, à l’instar de l’industrie pharmaceutique, de la collectivité une denrée dont le marchand de chaussures ne peut que rêver, des clients, forcés d’acheter, ou, dans notre cas contracter une police d’assurance ou consommer des médicaments. Certes, les conditions sont réglées par le législateur et l’assureur n’est pas censé faire du bénéfice avec la LAMAL. Faisons-lui donc confiance !

Contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, l’argent est un bien public, à l’instar de l’eau et de l’air. Ce n’est pas l’avis de Jens Weidmann, président de la Bundesbank, membre du système des banques centrales européennes. 

Ainsi il déclare, lors d’une interview avec le quotidien allemand « Die Zeit », que la création monétaire doit s’éloigner encore davantage de l’influence des pouvoirs publics. Voilà l’affirmation d’un émissaire du gotha de la finance qui n’a décidément rien appris de la crise de 2008. C’est comme avec la religion, on n’en change pas. 

Ceux qui s’intéressent un peu aux rubriques économiques de la presse, ont pu constater récemment que nous sommes, une fois de plus, à l’aube d’une crise financière majeure. On commence à avoir l’habitude. 

Ainsi, les banques italiennes ne sont pas solides, il paraît. Monsieur Weidmann, exclue cette fois toute intervention de l’état pour sauver les banques. Les investisseurs devront boire la tasse. Les investisseurs ? Il est impossible, en tant que citoyen de notre système capitaliste de fonctionner sans avoir un compte bancaire. Donc, nous sommes tous des investisseurs, protégés à hauteur de CHF 100'000 par tête, par l’état, et pour le reste…

Chaque citoyen est donc invité à évaluer la solidité de sa banque avant d’ouvrir un compte. C’est le libre marché. Quand on nous tient par la barbichette.

L’économie européenne stagne, les taux de chômage sont à leur apogée et les indices boursiers, qui ne reflètent plus la réalité économique, battent des records. Des sommes astronomiques continuent à chasser des sommes astronomiques dans un circuit fermé, gardant artificiellement l'hyperinflation sous vide. Un jeu à somme nulle, car l’argent ne rentre pas dans l’économie réelle, car les décisions d’investissement sont prises par des individus, dont le pouvoir échappe à l’intérêt public. La création monétaire continue à être une affaire privée. 

La semaine passée, le sénateur démocrate américain Barney Frank était l’invité de l’émission politique « Real Time with Bill Maher » du célèbre animateur de télévision du même nom, Pour mémoire, le sénateur Frank est à l’origine de la réforme bancaire de l’administration Obama, la « Dodd-Frank Wall Street Reform and Consumer Protection Act », une version archi-édulcorée d’une mini-réforme bancaire, fabriquée en réponse à la crise financière de 2008 et censée rassurer les marchés financiers, mais, surtout, les banques. Pour la petite histoire, Barney Frank avait vigoureusement saboté la campagne électorale du sénateur Sanders, ardent défenseur de la réintroduction du « Glass-Steagall Act », la bête noire de l’industrie.

Le passage intéressant de l’émission commence avec l’évocation des discours, grassement rémunérés, tenus devant des parterres de la finance new yorkaise par la candidate Hillary Clinton. Voilà ce que dit le sénateur Frank à ce sujet : Elle (Hillary Clinton) tient des discours à Wall Street. Oû est le problème ? Moi, je le fais aussi.  Bill Maher, ébahi par la confession : Vous, le concepteur de la régulation bancaire « Dodd Frank », vous vous faites payer par Wall Street ? Bien sûr répond Barney Frank. Ils me payent parce que je suis une personne intéressante. Jamais cela ne m’influencerait dans mes prises de décision politiques…

Quand le pouvoir pécuniaire se transforme en pouvoir politique ça devient dangereux. 

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Élisabeth Borne à Matignon : Macron choisit la facilité
Trois semaines après sa réélection, Emmanuel Macron a décidé de nommer Élisabeth Borne comme première ministre. À défaut d’élan ou de signal politique, le chef de l’État a opté pour un profil loyal, technique et discret, dans la veine de son premier quinquennat.
par Dan Israel et Ilyes Ramdani
Journal — Terrorisme
Le manifeste du tueur de Buffalo précise la menace terroriste d’extrême droite
Payton Gendron, le terroriste d’extrême droite qui a tué dix personnes à Buffalo (États-Unis) le 14 mai, a publié un manifeste qui mérite d’être comparé avec celui de Brenton Tarrant, auteur néo-zélandais de l’attentat de Christchurch. En s’inscrivant dans une continuité historique du suprémacisme blanc meurtrier, il appelle aussi à le prolonger.
par Nicolas Lebourg
Journal
Ultradroite : nos enquêtes
En France, six projets d’attentats attribués à l’ultradroite ont été déjoués depuis 2017.  La professionnalisation de ces groupes, leur facilité à s’armer et les profils hétéroclites des activistes inquiètent les services de renseignements.
par La rédaction de Mediapart
Journal
Le « grand remplacement », idéologie meurtrière
Attribué au principal suspect de l’attentat de Christchurch (Nouvelle-Zélande), un manifeste intitulé « Le grand remplacement », en référence au fantasme d’extrême droite du même nom, dénonce les « invasions étrangères » en Europe, et cite tout particulièrement le cas de la France.
par La rédaction de Mediapart

La sélection du Club

Billet de blog
Présenter le monde tel qu'il devrait être : contre la culture du viol
[Rediffusion] Dans les médias, au cinéma, sur les réseaux sociaux, dans les séries, de trop nombreuses voix continuent de romantiser et d'idéaliser les violences sexuelles. L'influence de ces contenus auprès des jeunes générations inquiète sur la meilleure
par daphne_rfd
Billet de blog
Procès Amber Heard - Johnny Depp : l'empire des hommes contre-attaque
Cette affaire délaissée par les médias généralistes en dit pourtant beaucoup sur la bataille culturelle qui se joue autour de #metoo.
par Préparez-vous pour la bagarre
Billet de blog
La condescendance
Je vais vous parler de la condescendance. De celle qui vous fait penser que vous ne savez pas ce que vous voulez. De celle qui vous fait penser que vous savez moins que les autres ce que vous ressentez. De celle qui veut nier votre volonté et qui vous dit de vous calmer et que « ça va bien s'passer » (comme le disait M. Darmanin à la journaliste Apolline de Malherbe le 8 février 2022).
par La Plume de Simone
Billet de blog
Picasso et la sorcière
[Rediffusion] Picasso, Dora Maar et la culture du viol
par Nina Innana