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Billet de blog 13 nov. 2017

Des aveux tardifs

Après « What happened » le récit d’une amnésique, voilà « Hacks » les confessions d’une repentie. La présidente ad interim du Parti Démocrate américain, 28 juillet 2016 au 25 février 2017, Donna Brazile, publie à son tour son livre choc, et elle n’y va pas avec le dos de la cuillère.

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Le psychodrame de la descente aux enfers du Parti Démocrate américain suit son cours, malgré les récentes victoires à la Pyrrhus en Virginie et New Jersey.

Retour en arrière. En plein milieu de la campagne des primaires, le 24 juillet 2016, l’ancienne présidente du DNC (Democratic National Committee) Debbie Wasserman Schultz se voit soudainement contrainte de démissionner de son poste, suite à la révélation par l’organisation non gouvernementale Wikileaks d’une série d’emails (20'000), suggérant une violation flagrante du devoir de réserve de la part de la présidente.

En effet il s’était avéré que Mrs. Wasserman, une ardente supportrice de la candidate Clinton, s’était adonnée à un lobbying intense auprès les puissants « super délégués », au détriment de l’autre candidat, le sénateur du Vermont, Bernie Sanders. Les super délégués ou « super delegates », des sénateurs et des gouverneurs, sélectionnés par le comité, ne sont pas soumis au choix des militants mais peuvent choisir librement leur candidat.

Non contente de faire de la propagande en faveur du camp Clinton, elle s’était lancée dans une véritable campagne de dénigrement dirigée contre le candidat progressiste, comme l’attestent les fameux e-mails entre membres du DNC, rendus publics par Wikileaks. On pouvait y lire, entre autre, que le directeur des communications Luis Miranda, également démissionnaire dans l’affaire, suggérait la publication ciblée d’articles de presse présentant Sanders sous un jour défavorable. Un de ces articles, paru dans le New York Times le 17 mai 2016, prétendait entre autre que des supporteurs du camp Sanders auraient cassé des chaises lors d’une convention au Nevada et attaqué physiquement la présidente de la convention Roberta Lange, ce que les nombreuses vidéos publiées sur « youtube » démentirent. Un autre stratagème, proposé par le directeur financier du parti, consistait à suggérer que le sénateur serait athée, ce qui serait sans doute mal accepté par les électeurs baptistes des états du sud, qui préféreraient, à la limite, un juif , mais certainement pas un athée.

Le 28 juillet 2016, c’est donc Donna Brazile, directrice de campagne d’Al-Gore en 2000, qui prend le règne du parti, un parti au bord de la faillite, comme elle devait le constater rapidement.

En effet, la campagne présidentielle du candidat Barack Obama de 2012 l’avait laissé avec une ardoise de 24 mio USD dont 15 mio USD en prêts bancaires et 9 mio en factures ouvertes en faveur de divers prestataires, ardoise ensuite généreusement épongée par la candidate Clinton, à un déficit de 2 mio USD près, et à certaines conditions, cela va sans dire. Conditions stipulées dans un commun accord entre Hillary Clinton et le DNC en août 2015, quatre mois après l’annonce de sa candidature et trois mois après celle de Bernie Sanders.  

En échange de ce soutien financier généreux la candidate Clinton obtint le contrôle total sur les finances du parti, la collecte de fonds, le recrutement, la nomination du directeur de la communication etc. Une fois l’ardoise épongée, elle prit grand soin de garder le parti sous assistance respiratoire tout en l’approvisionnant du juste nécessaire pour lui permettre de faire face aux dépenses mensuelles et d’assurer sa survie. 

La débâcle du Parti Démocrate ne date cependant pas de 2016. En 2008, l’espoir de toute une génération, le sénateur Barack Obama, semblait vouloir amener un changement du mode de  financement de la vie politique à travers son concept novateur des petites contributions via internet et sa campagne « grassroot », « Obama for America ». Une fois élu toutefois, les bonnes résolutions furent vite oubliées. Le président prit grand soin de marginaliser son organisation, jusqu’à lui interdire tout activisme, dans le souci de ne pas contrarier les démocrates conservateurs (blue dog democrats) et leur puissants donateurs. (The Intercept)

Une preuve que le président se moquait éperdument de son parti agonisant fut la nomination, en 2010, de la présidente Debbie Wasserman Schultz qui, par ailleurs, il détestait copieusement, mais qu’il avait laissé en place tout de même pendant six ans L’incompétence de la dernière et le manque de soutien de la part du président ont fait le reste.

Soudainement, en 2016 Obama commençait à s’intéresser à nouveau aux siens, en plaçant à la présidence du DNC son ancien secrétaire au travail, le malléable Tom Perez, contre le candidat progressiste Keith Ellison, soutenu par Bernie Sanders. (The Intercept)

Sous le règne Clinton, le parti était devenu par ailleurs une sorte de blanchisseuse d’argent, contournant la limite maximale des donations en faveur d’un candidat à un mandat politique, fixée à USD 2'700.00 par individu par la FEC (Federal Election Commission). Cette limite est toutefois beaucoup plus élevée pour des dons en faveur des partis politiques et leurs sections. Celui qui avait donc épuisé son quota en faveur de la candidate Clinton pouvait faire une contribution, plus généreuse, en faveur du parti dans son état, cumulant à volonté sa mise.

En temps normal, une importante partie de ces fonds aurait été retenue par les sections régionales en vue de la campagne présidentielle, une fois un candidat élu. Vu l’accord Clinton en vigueur, 99% de ces donations prirent le chemin direction le QG de la campagne Clinton à New York dans le quartier de Brooklyn.

Curieusement c’est précisément à Brooklyn, au mois d’avril, juste avant les élections primaires newyorkaises où le « New York City Board of Elections » avait supprimé, illégalement, comme vient de le constater le Département de Justice, les noms de 120’000 électeurs, New York où le sénateur Sanders disposait d’une des bases de supporteurs les plus importantes.

Sans doute, la fondation Clinton, une œuvre caritative, est restée totalement à l’écart de la vie politique d’Hillary Clinton, danger de conflit d’intérêt oblige. On se demande d’autant plus quelle mouche a piqué le Parti Républicain américain d’ouvrir une enquête parlementaire à l’encontre de l’ancien président Barack Obama et sa décision, en 2013, sans doute fort du soutien de sa Secrétaire d’Etat (21.01.2009 - 01.02.2013), d’approuver la vente du groupe minier canadien Uranium One à Rosatom, l’agence fédérale de l’énergie atomique russe. Peut-être parce que cette transaction donne aux russes l’accès à 20% des réserves américaines d’uranium. http://bhubacher.blog.tdg.ch/archive/2016/05/08/la-fondation-clinton-la-charite-et-l-uranium-kazakh-276004.html

Interrogés sur les révélations de Mrs. Brazile, l’establishment démocrate se cache derrière son petit doigt. Debbie Wasserman Schultz trouve qu’il y a des « problèmes plus urgents à régler », le directeur de campagne d’Hilary Clinton, Robby Mook ne s’intéresse pas « à ces événements du passé et préfère se tourner vers l’avenir », Nancy Pelosi, ancienne présidente démocrate de la chambre des représentants pense qu’il faut « se concentrer sur ce qui est vraiment important pour notre pays, tel que les élections de mi-mandat, se tourner vers l’avenir, et que, de toute façon, elle n’était pas impliquée dans le processus des élections primaires ». Chuck Schumer, chef des démocrates au sénat, « n’a pas suivi les événements de 2016 et n’a pas lu le livre de Donna Brazile ».

Si ce cas éclatant de corruption n’avait pas empêché l’élection d’un candidat, Bernie Sanders, capable de gagner les élections présidentielles, face à un adversaire qui est maintenant le président le plus dangereux que le monde ait connu à ce jour, on pourrait se contenter de simplement regretter ces événements.

Ce détachement des partis politiques de leurs électeurs on peut le constater également en Europe. Il est le prélude de leur inévitable dissolution. Ce qui viendra après, on ne le sait pas encore avec précision.  

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