Historique

Même les occupants du strapontin ne tiennent plus en place. « 1'800 milliards d’euros d’aides consacrés au sauvetage de l’économie européenne » titre un grand quotidien suisse « un paquet de relance colossal, destiné aux pays les plus touchés par la crise ». On retient son souffle.

En fait non, pas tout à fait. Le budget de l’Union Européenne entre 2021 et 2027 de 1'075 milliards d’euros, à peine 154 milliards d’euros par année, déjà sérieusement raboté pour l’occasion, n’a rien à voir avec le sauvetage « corona », et le « plan de sauvetage solidaire » s’élève finalement à 390 milliards d’euros, un pet dans l’eau. Mais, bon, tout est question de définition, et puisque la majorité des lecteurs se contente de lire les manchettes, c’est toujours ça de pris.

Pourtant, le principe de subsidiarité et de solidarité intercantonale la Confédération suisse le connaît bien, cela s’appelle péréquation financière et ça marche plutôt pas mal. Mais, ce n’est pas la solidarité la préoccupation principale de l’establishment et son bras armé, les médias, c’est la peur de l’instabilité du marché commun, et instabilité il y aura, malgré cette « feuille de vigne » ou plutôt à cause.

Basé sur le principe de l’économie de l’offre, la Commission européenne sera donc autorisée, après approbation par le Parlement européen, à emprunter 750 milliards d’euros sur les marchés financiers, plutôt que directement auprès de la Banque Centrale européenne, ce que les traités interdisent, au nom des pays membres, ce qui représente à peine 5% du PIB de l’Union, mais qui s’ajouteront aux dettes souveraines déjà à la limite du supportable pour certains pays, et, surtout, remboursables rubis sur l’ongle, encore par l’austérité. Car, côté recettes, c’est plutôt compliqué.

La même Commission européenne vient d’être désavouée par la justice européenne au sujet d’un remboursement d’avantages fiscaux, supposément octroyés à tort par l’état irlandais à la firme américaine « Apple », avantages qu’elle avait pourtant elle-même contribué à créer, 13 milliards d’euros en l’occurrence. Tim Cook appelle cela une « foutaise politique ». Il n’a pas tort.

Mais bon, on se servira chez le consommateur, dont le pouvoir d’achat est déjà sérieusement amoché par des décennies d’une « politique de la stagnation des salaires » au nom du dogme de la « concurrence libre et non faussée », sous la houlette des gouvernements successifs d’Allemagne, remplacé par l’aide sociale (Hartz IV). Seulement, celui-ci ne risque pas de sortir son porte-monnaie si vite, vu les suppressions d’emplois encore dans « la pipeline » dès la rentrée, suppressions encore une fois faute de pouvoir d’achat. C’est le serpent qui se mord la queue.

Des « stimuli conjoncturels » sous forme d’une taxe sur le plastique et le Co2 viennent donc à point nommé. En ce qui concerne le serpent de mer de la taxe sur les transactions financières, on peut toujours rêver. Le défunt lauréat du prix Nobel d’économie, James Tobin, l’avait proposé une première fois en 1972, c’est dire.

Si on prend comme exemple l’effet concret, à ce stade, des 3'000 milliards USD injectés dans l’économie par le gouvernement américain via l’endettement en faveur des entreprises, 15% de son PIB, et non en faveur des travailleurs et consommateurs, ou trop peu, ainsi que les 4'000 milliards USD par l’assouplissement quantitatif de la Réserve Fédérale par l’achat de titres commerciaux pourris, sur l’économie réelle, pendant que l’indice Dow Jones atteint des records historiques, on peut donc légitimement supposer que peu de ces 750 milliards d’euros y trouveront  leur chemin.

Ainsi, au niveau des états membres, les 327 milliards d’euros, débloqués, par l’Allemagne, le moteur de l’économie européenne, pour l’amortissement temporaire de la crise, 14% de son PIB, certes en bonne partie en faveur des travailleurs, mais limités dans le temps, risque de finir en feu de paille face aux acheteurs de berlines teutons, en panne de pouvoir d’achat à leur tour. La France consacre à peine 6% de son PIB à l’amortissement de la crise, l’Italie 5% et l’Espagne 3,2%. La consommation par l’endettement a ses limites, mêmes pour des états souverains.

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