La fin des partis politiques

Sommes-nous en train de vivre la « destruction créatrice » des partis politiques ? Par opportunisme, toute une flopée d’actuels et anciens responsables politiques socialistes est en train de se ruer vers le mouvement néolibéral « En Marche ». Le grand gagnant de ce marasme à gauche est le candidat indépendant Jean-Luc Mélenchon qui avait prévu ce scénario avec une précision horlogère.

Ca y est ! Elu avec le score « stalinien »  de 100% des votes, le désormais ancien président du parlement européen, Martin Schulz, est le nouveau chef du Parti Social Démocrate allemand SPD et candidat à la succession de la chancelière Angela Merkel. Vive la démocratie !

Dans une récente interview dans le quotidien allemand «  Bild », « saint Martin » annonce la couleur, sans ménagement: « pas de baisse d’impôts, égalité salariale entre hommes et femmes, parité hommes – femmes au gouvernement, une politique favorable aux travailleurs, renforcement des contrats de travail à durée indéterminée, investissement dans les métiers de la santé, augmentation limitée du budget de l’armée, meilleure contribution allemande à la maitrise de la crise en Europe. »  Et, pour couronner le tout, l’heureux élu réservera un poste de ministre à son prédécesseur Sigmar Gabriel, le champion de l’impopularité, contraint à abandonner la présidence du parti, sous la pression des membres. C’est le supermarché Schulz, un peu pour tout le monde. Non, Martin Schulz n’a pas de projet, ni le SPD. Il veut être élu.

Plutôt que de faire du parlement européen un contre poids à la toute puissante « Commission Européenne »,  Martin Schulz a préféré utiliser son mandat pour jouer les alliances des puissants. A l’instar du parlement allemand, qui est gouverné depuis des lustres par une alliance entre la gauche et la droite (CDU/CSU/SPD), il a réussi à prescrire la même recette au parlement européen. Le Groupe du Parti Populaire Européen, un condensé des partis européens de droite, et l’Alliance Progressiste des Socialistes, l’ensemble des partis socialistes européens, contrôlent 406 des 751 sièges à Strasbourg. Il n’y a pas mieux pour faire le jeu de la toute puissante Commission, en tuant ainsi dans l’œuf tout débat contradictoire, et pour cimenter le statu quo de l’Europe de la rigueur budgétaire, si chère à Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des finances, et son obsession avec les déficits et la dette des moutons noirs.

Les récentes élections parlementaires au land de la Sarre ont démontré qu’il faut un peu plus que de la rhétorique au parti de l’« Agenda 2010 » et  « Hartz IV » pour convaincre les petites gens. A l’instar du candidat à la présidentielle du Parti Socialiste français, Benoit Hamon, Martin Schulz aura du mal à faire oublier le « flirt » des siens avec le néolibéralisme.

Le candidat du PS français, ou ce qui en reste, en fait actuellement les frais. Par opportunisme, toute une flopée d’actuels et anciens responsables politiques socialistes est en train de se ruer vers le mouvement néolibéral « En Marche » d’Emmanuel Macron, une communauté d’intérêts particuliers plutôt qu’un parti politique, marquant ainsi le début de la fin du parti socialiste français. Le grand gagnant de ce marasme à gauche est le candidat indépendant Jean-Luc Mélenchon qui avait prévu ce scénario avec une précision horlogère.

En Grande Bretagne, les « Tories » nagent dans le flou le plus total, après le vote sur la sortie du Royaume de l’Union Européenne. En ce qui concerne la gauche, à l’instar de Benoit Hamon, Jeremy Corbyn, pourtant élu haut la main à la présidence de « Labour » à deux reprises par la base, est détesté copieusement par l’establishment du parti et ostensiblement boudé par la presse. (Danger pour la démocratie / étude de la « London School of Economics »)  Les nostalgiques guettent en arrière plan. Dans une récente interview, l’ancien Secrétaire d’Etat du gouvernement de Gordon Brown, David Miliband, frère du malheureux candidat au poste de Premier Ministre Ed Miliband, espère un retour de la politique de Tony Blair, puisant son espoir dans les succès d’Emmanuel Macron en France.

Aux Etats-Unis, le Parti Démocrate, toujours à la botte des grands donateurs, n’est plus que l’ombre de lui-même. Après la défaite à la présidentielle, provoquée par sa propre cupidité, il continue à bouder le mouvement « Our Revolution » du sénateur Bernie Sanders. Questionné récemment par la chaîne de télévision CBS au sujet du futur du Parti Démocrate, celui-ci répond : « Il (le parti) est en train de se noyer comme le Titanic et pourtant tout le monde se bat pour un siège en première classe. »

Le Parti Républicain, n’est pas en reste. Pourtant au pouvoir depuis à peine quelques semaines il produit bourde après bourde. Sous la pression des frères « Koch » généreux donateurs au parti, les élus républicains ont contribué à faire couler la réforme du système de santé de leur président. Dans une initiative, qu’on qualifierait en temps normal de corruption, les frères Koch avaient annoncé, avant le vote, l’ouverture d’un fonds de capital considérable, destiné à la réélection des élus républicains, mais accessible uniquement aux élus, opposés à la réforme. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, il ne s’agit pas là d’un sursaut philanthropique des frères Koch. Non, pour eux, le projet de coupes dans les dépenses de santé ne va pas assez loin.

Sommes-nous en train de vivre la « destruction créatrice » ou le « darwinisme social » des partis politiques, des concepts, après tout, si chers au néolibéralisme. 

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