Bruno Jaffré
Historien de la révolution du Burkina Faso (83 - 87), biographe du président Thomas Sankara, militant associatif, membre de SURVIE, journaliste occasionnel, ingénieur de recherche dans une grande entreprise, ancien professeur de mathématiques
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Billet de blog 26 août 2014

Nouvelle journée de manifestation d’ampleur à Ouagadougou pour le départ de Blaise Compaoré

Bruno Jaffré
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On entend peu parler du Burkina Faso par les temps qui courent.  Et pour cause, les images quotidiennes des guerres en Palestine et en Irak, occupent nos médias, tout comme elles nous préoccupent, quand elles ne nous révoltent pas, pour peu qu’on soit conscient de vivre sur la même terre. Au Burkina pourtant, comme nous l’avons souligné dans plusieurs articles précédents, la vie politique renait, le peuple se découvre de nouveau acteur de son avenir et se mobilise, l’opposition politique retrouve une seconde vie, et sa crédibilité, tandis que fleurissent de nombreuses associations citoyennes à l’initiative d’une nouvelle génération de jeunes entre 30 et 40 ans qui se méfient du jeu politique politicien, mais veut néanmoins s’engager.

La seule question à laquelle est suspendue pour l’instant la vie politique du pays et celle de savoir si Blaise Compaoré va de nouveau se présenter aux élections présidentielles prévues en 2015. Pour pouvoir le faire il doit organiser un référendum pour modifier l’article 37, qui limite le nombre de mandats à deux. Ses partisans l’y poussent en même temps que leurs rangs semblent s’éclaircir. En effet, certains anciens ténors de son parti, le CDP, Congrès pour la démocratie  et le progrès,  ont claqué la porte entrainant de nombreux militants avec eux pour créer leur propre parti le MPP, Mouvement du peuple pour le progrès, et rejoindre l’opposition.

Alors qu’elle était, il y a peu, dominée par la gauche, les sankaristes et le PDS/Metba, l’opposition se trouve désormais dominée par des partis dirigés par des anciens membres du CDP, anciens ministres et/ou collaborateurs de Blaise Compaoré.  

Les dernières élections ont désigné Zéphirin Diabré comme chef de file de l’opposition, puisque son parti avait de loin le nombre de députés le plus important parmi ceux de l’opposition. Pour l’instant elle est unie pour réclamer le départ de Blaise Compaoré. C’est ainsi qu’elle organise d’immenses manifestations qu’elle encadre parfaitement. Malheureusement le blocage politique actuel empêche tout débat de fond sur l’avenir du pays.

L’opposition a donc organisé une nouvelle manifestation monstre le 23 août 2014 à Ouagadougou. Elle a sans doute été motivée par des déclarations de Blaise Compaoré de plus en plus précises sur la nécessité d’organiser un référendum. Ainsi, le 6 août dernier, à la question de BBC Afrique - « Donc il y aura un referendum malgré la contestation de l’opposition ? », Compaoré répond : « C’est pour cela même qu’il faut un référendum, c’est ça qui doit justement départager les uns et les autres. (…) Nous sommes dans un débat démocratique normal, il y a ceux qui sont pour et ceux qui sont contre. Et je crois que la Constitution a prévu qu’il y ait des situations où le recours au référendum peut aider à solutionner ce genres de débats ou de contradictions à l’intérieur des citoyens. » voir http://www.bbc.co.uk/afrique/region/2014/08/140806_blaise_compaore_interview.shtm.

 

                                          Photo ©Amidou Kabré

 L’opposition se devait de réagir. Ce fut un grand succès. Pourtant deux jours avant le maire de Ouagadougou avait signifié l’interdiction de la manifestation, le parcours étant jugé trop risqué. Sans attendre celle-ci  a négocié un nouveau parcours et donné des assurances que les violences seraient évitées. Ce qui fut fait.

L’opposition a donc de nouveau réussi à rassembler des foules immenses, qui ont marché sur plus de 7 kilomètres. Peu de commentateurs se risquent à estimer le nombre de participants, mais le chiffre le plus couramment avancé est de plus de 100000 personnes. Cette démonstration de force fait suite aux manifestations du 18 janvier 2014, du 20 juillet et du 29 juin 2013. "Compaoré quitte le pouvoir !'', ‘'Après 27 ans de pouvoir, on ne veut plus de toi !'', ‘'Non au pouvoir à vie !'', ‘'Blaise Compaoré laisse la place à quelqu'un d'autre !'', "Libérez Kossyam" (le palais présidentiel), "Non au référendum", "Assez de la dictature de Compaoré" ou encore "Pas besoin d'un homme fort au Burkina", tels étaient les mots d’ordre les plus courants, scandés par les manifestants, les pancartes rivalisant d’humour brocardant Blaise Compoaré « le virus Ebola » du Burkina Faso. Zéphirin Diabré, le Chef de file de l’opposition a conclu la manifestation en déclarant qu’il s’agissait d’un avertissement et que l’opposition espérait être entendue.

Le CDP de son côté s’était risqué à vouloir faire comme l’opposition et remplir le stade du 4 aout à Ouagadougou le 21 juin 2014. L’objectif a apparemment été atteint… Mais seulement pendant les concerts de nombreux artistes sollicités pour attirer la foule puis la faire patienter… mais dès que le meeting a commencé, le stade s’est vidé petit à petit…

 

De nouveau, le 23 aout, les femmes du CDP  se sont rassemblées pour faire diversion. Elles ne furent au plus que 3000, à côté de l’immensité des foules rassemblées par l’opposition. Encore une fois, le CDP est de nouveau ridiculisé, d’autant plus qu’à chaque meeting, le parti organise des transports gratuits, distribue de la nourriture et des billets à tout va. Alors que lors des manifestations de l’opposition des pancartes aiment à rappeler que les gens se sont déplacés sans pourtant avoir reçu de billets. Le CDP parait bien affaibli.

Ainsi va le Burkina… Pour l’instant dans le calme… Mais que se passera-t-il si Blaise Compaoré annonce la tenue du référendum… Ce n’est pas sans inquiétude que chaque burkinabè et chaque ami de ce pays se pose la question.

Bruno Jaffré

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