"La telaraña. La trama exterior del procés", Juan Pablo Cardenal.

Le journaliste espagnol Juan Pablo Cardenal a publié en 2020 un ouvrage sur le "procés", terme catalan qui désigne le défi séparatiste lancé par les nationalistes à l’encontre de l’État espagnol et de l’ensemble du pays. Cet ouvrage, "La Toile d’araignée : la trame extérieure du procés" , remarquablement documenté, montre la création d’une véritable machinerie de propagande.

     Le journaliste espagnol Juan Pablo Cardenal a publié l’an dernier un ouvrage sur le procés, terme catalan qui désigne le défi séparatiste lancé par les nationalistes à l’encontre de l’État espagnol et de l’ensemble du pays. Cet ouvrage, La Toile d’araignée : la trame extérieure du procés[1], remarquablement documenté, montre la création d’une machinerie de propagande qu’il compare à une toile d’araignée et que la Generalitat, le gouvernement catalan, a tissé patiemment depuis des décennies et développe encore aujourd’hui à grand renfort de publicité et de dépense d’argent public (malversation, corruption).

[1] Juan Pablo Cardenal, La telaraña. La trama exterior del procès, Ariel, Barcelona, 2020.

NOTES.

 

 (p.8)

  • 1-O 2017 : parallélisme avec le coup d’État de Tejero en 1981.
  • El País en anglais fut relancé au lendemain du 1-O afin de contrecarrer la propagande séparatiste. En effet, il y eut une absence sidérante de réaction de la part du gouvernement espagnol, sous prétexte qu’il considérait avoir raison et que la loi était de son côté.
  • Bien souvent, la presse étrangère a préféré s’en tenir aux images plutôt que de s’engager dans des analyses de fond.
  • Il y eut un petit renversement de la tendance avec le discours du roi et la manifestation constitutionnelle du 8 octobre (8-O).
  • Ce fut Zapatero qui réveilla la question territoriale alors que les Catalans n’avaient pas de demande particulière, et que les partisans de l’indépendance représentaient entre 12 et 17% de la population dans la région dans les années 2000.

(p.17)

  • Les amendements retenus pour le Statut de Catalogne (la constitution régionale) sont faussement présentés comme le facteur déclencheur du processus indépendantiste.
  • Le livre cherche à démontrer que le récit séparatiste qui présente le procés comme une réaction spontanée à « l’oppression » de Madrid est totalement faux. La Generalitat de Catalogne a promu pendant des années un récit et une véritable croisade politique illégale à l’étranger, plus particulièrement à partir de 2012. Mais les conditions, le « bouillon de culture » furent créés bien avant (le plan 2000 de Pujol date de bien avant, des années 80).
  • Certaines des institutions, des lobbies, des réseaux clientélistes créés par l’indépendantisme remontent à plusieurs décennies. L’un des plus puissants, Omnium Cultural, est né en plein franquisme sans être inquiété le moins du monde par le pouvoir dont il était parfaitement connu.

Ces organismes ont été financés avec de l’argent public, payés par l’argent des contribuables détourné par la Generalitat.

(p.18)

  • “(…) todo esto no surge por generación espontánea, sino que se planeó a conciencia y se ejecutó meticulosamente? Tiene nombre el Programa 2000 – una maquina de catalanización por la fuerza (…)”
  • L’objectif premier n’était pas l’indépendance, mais la perpétuation d’une stratification sociale propre à la société catalane : en haut de l’échelle, une élite nationaliste d’origine catalane équivalente à une aristocratie ; viendrait ensuite une fonction publique, assimilable à un clergé, vouée également à la cause ; enfin, un tiers-état constitué par la population originaire des autres régions, la plèbe espagnole. C’est bien sûr dans les deux premiers corps que l’on retrouve des noms de famille autochtones. Ce qui montre que tout cela est avant tout une affaire de pouvoir.
  • Entre 2011 et 2017, le montant du financement par la Generalitat de sa politique extérieure s’est élevé à 417 millions d’euros, en grande partie destinés à promouvoir l’indépendance. Le Tribunal des Comptes a d’ailleurs le plus grand mal à récupérer les documents qui attestent cela.

(p.20)

  • Mécanismes et machinerie de lobbying et agitprop au travers d’institutions qui font partie de l’exécutif catalan : le Département d’Action Extérieure, les délégations ouvertes dans douze pays, et le DiploCat, un consortium public-privé qui est alimenté presqu’exclusivement par des fonds publics.

Les actions menées par ces organismes avaient pour but la légitimation du coup d’État et l’appui d’universitaires, de journalistes, de politiciens, d’hommes d’État à l’étranger. Elles visaient la reconnaissance de la souveraineté du gouvernement régional contre la souveraineté espagnole, mais sans doute davantage encore à légitimer auprès des masses de la région les activités illégales menées par les dirigeants catalans.

  • Les casals catalans (Maisons des Associations) sont dorénavant totalement acquises au nationalisme.

(p.22)

  • Financement par la Generalitat de toutes les actions diplomatiques à l’étranger : 45 voyages internationaux d’Artur Mas, Puigdemont, et d’autres conseillers pour faire la promotion du procés (mouvement d’indépendance).

+ production de rapports juridiques, de documents et projets éditoriaux ou audiovisuels, d’événements, d’initiatives directement en rapport avec la promotion de la cause.

Diplocat à lui tout seul a organisé 751 manifestations et activités, dont des centaines de débats, des séminaires et conférences dans des institutions académiques du monde entier.

  • Des contrats furent passés avec des entreprises de lobbying, chargées de promouvoir pendant des années les objectifs politiques du séparatisme dans toutes les capitales européennes et aux États-Unis.
  • À elle toute seule, l’ANC compte 37 antennes internationales, chargées de faire de l’agitprop au niveau local. Les sympathisants ou membres de l’ANC constituent une communauté furieusement indépendantiste.
  • Les casales catalanes ou Maisons d’Association sont un autre pôle de propagande.
  • Un autre pôle d’activisme à l’étranger : les chercheurs et enseignants / intellectuels qui enseignent dans certaines des plus prestigieuses institutions académiques anglo-saxonnes. On trouve ce prosélytisme militant dans des universités telles que Georgetown, les Universités de New York, Stanford, Cambridge ou la London School of Economics. Les activités ainsi organisées débouchent fréquemment sur des bacchanales de haine anti-espagnole, nous dit l’auteur.
  • Ils profitent de leur aura académique pour faire passer un discours révisionniste sur les faits et l’histoire. C’est vrai en particulier dans le domaine des Sciences politiques. Nombre de ces intellectuels sont issus du modèle éducatif promu par Pujol, depuis la crèche jusqu’à l’Université Pompeu Fabra, qui favorise les élites catalanophones et s’avère discriminatoire à l’égard des hispanophones.
  • Ces manifestations ont fréquemment été organisées grâce à un financement officiel du royaume d’Espagne. De même, un certain nombre de départements d’enseignement de l’espagnol ont été « cannibalisés ».
  • Parmi les partisans de l’indépendance, l’auteur place quantité de fans étrangers qui ignorent tout de l’Espagne et ont recours à des stéréotypes éculés pour justifier leur adhésion à la cause. Ils ne risquent pas grand-chose à s’engager dans ce combat romantique, n’en subiront jamais les conséquences humaines, économiques ou judiciaires.

(p.25)

  • La défense de l’indépendance a pour pendant indissociable le dénigrement de tout ce qui est espagnol, le Spanish bashing.
  • Il est étrange de présenter l’une des régions les plus prospères d’Europe, qui jouit d’une très ample autonomie et où la langue régionale est protégée par la Constitution, comme une région victime de l’oppression de l’État.
  • Le gouvernement de Rajoy a renoncé à livrer la bataille du récit. Ce n’est pas très étonnant vu la pauvreté dialectique et idéologique du PP. Nul doute que cela a encouragé un certain nombre de personnes à adhérer au séparatisme. Seul Josep Borrell s’est engagé dans ce combat.
  • Le manque de connaissances précises et approfondies sur la Catalogne, ainsi que la complexité du problème, facilite le travail de désinformation des sécessionnistes. Le discours de l’indépendantisme se construit ainsi sur une base où se mêlent mensonge et approche sentimentale. C’est ce discours qu’ils tentent de vendre en organisant des « débats » (la plupart du temps sans partie adverse) et des conférences dans les universités étrangères.

Censés investiguer en quête de la vérité des faits, les médias se sont souvent laissés happer par ce récit biaisé. Le renoncement du gouvernement espagnol à communiquer sur les événements et à les expliquer a aidé à la diffusion de la propagande séparatiste.

(p.28)

  • Ignorance très fréquente chez les étrangers convaincus par la propagande séparatiste, des événements des journées 6 et 7 septembre 2017 pendant lesquelles le parlement catalan aux mains des séparatistes (47% du corps électoral), faisant fi de l’opposition, abolit arbitrairement l’ordre constitutionnel espagnol en votant des lois de « déconnexion ».

Ignorance également du fait que la Catalogne a sa propre constitution (Statut).

  • En revanche, les références à Franco et les clichés sur l’Espagne noire firent florès.

(p.30)

  • En 2019, à la fin de l’application de l’article 155, Diplocat et les délégations de la Generalitat (pseudo-ambassades) ont repris leurs activités tout à fait normalement.
  • Nombre de personnes, en particulier au PSOE, sont persuadées que le sécessionnisme a perdu. Or, Juan Pablo Cardenal pense que le coup d’État se poursuit.
  • Début de l’attention des médias à la question catalane :

- rupture du dialogue entre Rajoy et Mas, en 2012.

- le succès de la Diade de 2012. À cette occasion, furent contactées de nombreuses rédactions à l’étranger. En prenant prétexte de cet événement encore anodin mais fort symboliquement, les ponts furent jetés avec la presse étrangère.

Mas déclare sur TV3 (la chaîne du régime, totalement acquise au séparatisme mais financée avec de l’argent public) que la Catalogne a suscité plus d’intérêt international depuis quatre semaines qu’en 30 ans.

À ce moment-là, la Generalitat commence à récolter les fruits de sa stratégie de communication organisée de façon artisanale tout d’abord, puis de façon parfaitement coordonnée. La victoire sur l’État dans la bataille de l’opinion publique internationale est écrasante. Il aurait pourtant suffi un minimum d’information pour démonter la plupart des arguments nationalistes (prospérité fomentée par l’État même à l’époque franquiste, protection des langues régionales garantie par la Constitution, explication des falsifications historiques, en particulier autour de la date de 1714, etc.).

(p.34)

  • Utilisation de figures intellectuelles, par exemple Andreu Mas-Colell. C’est lui qui eut l’idée d’internationaliser la question catalane et de diffuser les revendications indépendantistes à l’étranger, sous l’étiquette du « droit à décider ». Ces personnalités utilisent leur prestige académique à des fins politiques. Elles ont également tiré profit des circonstances de la crise de 2008.

(p.37)

  • Précédent du programme Eugeni Xammar : le Collectif Emma ; fondé en 2009 (Salvador García Ruiz). Il fut fondé par des « patriotes » pour corriger ce qui était, selon eux, une vision peu objective de la Catalogne dans les médias internationaux. C’était un réseau d’antennes déployé dans plusieurs pays, qui comptait sur la collaboration de 15 à 50 volontaires ; ceux-ci identifiaient les articles jugés déplaisants et y répondaient dans des courriers adressés aux journalistes et aux directeurs de journaux. Ils ne laissaient rien passer.

La cible de ce collectif fut essentiellement la presse anglo-saxonne, considérée comme la plus influente. Mais il s’intéressait également à des médias beaucoup moins influents, par exemple la télévision de la Macédoine ou de Thaïlande.

(p.40)

  • Au cours des semaines précédant le référendum illégal de 2017, Puigdemont accordait une interview par jour à la presse internationale.
  • Joan Maria Piqué, ex-responsable de presse d’Artur Mas : personne très manipulatrice et fanatique. Lui et d’autres hauts responsables organisent des lynchages sur Twitter. Il a été l’objet d’un rapport de Reporters Sans Frontières en octobre 2017.
  • Cela a infléchi la presse internationale qui au lieu de centrer ses reportages sur le contexte de crise économique, a fait sien le langage séparatiste et s’est mise à parler de « droit à décider » (euphémisme sans aucune valeur juridique pour « droit à l’autodétermination », qui a les bonnes grâces de la presse internationale), de la force et de la bonne organisation de la société civile.
  • En 2011, Mas, contraint de se rendre en hélicoptère au Parlement catalan en raison du mécontentement populaire, eut la bonne idée d’attribuer les effets négatifs de ses coupes budgétaires à « Madrid » (« Madrid nos roba »). Ce fut le grand slogan de la Diade 2012.
  • Lorsque Montilla, PSC, fut élu président de la Generalitat, Zapatero se rendit au Palais de la Generalitat. C’est ce que tente de rééditer Sánchez. ERC fut accusé de trahison par la droite de CiU.
  • La nouvelle génération des jeunes loups de l’indépendantisme dont faisait partie le fils de Jordi Pujol, Oriol Pujol. Ce sont les enfants de la classe dirigeante, décomplexés, élevés dans la pureté idéologique nationaliste, qui n’ont pas connu la guerre, ses dangers et ses conséquences. Certains ont mené la campagne de Freedom for Catalonia, à l’occasion des jeux olympiques de 1992.

(p.49)

  • De 2012 à 2016, selon le Tribunal des Comptes, Mas, Puigdemont, Homs et Romeva (les deux responsables de l’Action Extérieure pendant cette période) réalisèrent 98 voyages à l’étranger, dont 31 directement liés au processus sécessionniste. 2016 et 2017 n’ont pas été inclus dans l’investigation.
  • La toile d’araignée indépendantiste (institutions converties à l’indépendantisme, réseau clientéliste et société civile) préalablement et patiemment élaborée fut « activée » au moment du 1-O 2017. Sur le plan international, elle visait la reconnaissance des autres États et de leur opinion publique.

(p.49)

  • SAEUE: Secrétariat d’Action Extérieure et de l’Union Européenne dont dépendent les délégations à l’étranger. De multiples activités furent développées : réunions avec des consuls, des ambassadeurs et des premiers ministres ; l’assistance à des conférences ; des visites à l’étranger ; des réunions avec des parlementaires étrangers ; des mises en relation avec les médias et avec le monde académique ; etc. Entre 2013 et 2015, d’après le tribunal des Comptes, au moins 166 de ces réunions eurent pour but de fomenter l’appui au mouvement d’indépendance.

Il convient de préciser que les communautés autonomes se sont vu attribuer des compétences d’action extérieure (ouverture d’« ambassades », en particulier) par le Tribunal Constitutionnel à l’issue d’une sentence rendue en 1994 concernant le Pays Basque. Dès l’adoption du nouveau Statut catalan en 2006, la Catalogne a entamé son expansion diplomatique (2008). Pourtant, il semblerait que l’attribution de ce droit entre en conflit avec la Constitution espagnole qui stipule que les relations internationales sont une compétence exclusive de l’État.

Le président de la Generalitat d’alors, le socialiste Montilla, ne réalisa pas le caractère éminemment politique donné à ces organismes. Ce furent des personnalités provenant de la sphère indépendantiste qui furent nommées à leur tête.

Ces organismes sont devenus les têtes de pont de l’indépendantisme sur le plan international.

(p.52)

  • De même, le Tribunal des Comptes comptabilise au moins 456 activités réalisées par les délégations ainsi ouvertes par la Generalitat à l’étranger (bien plus en fait), entre 2013 et 2016. Le profil des délégués placés à leur tête est en général fortement idéologisé tandis que leur « pedigree » intellectuel, leur reconnaissance académique est faible. Dans la série des perles exprimées, on retiendra celle d’Eric Hauck, directeur de la délégation de Croatie pour laquelle la lutte pour l’indépendance de la Catalogne est « la lutte entre le fascisme et la démocratie ».

Les dépenses totales des 12 délégations s’est élevé, entre 2011 et 2017, au minimum à 27,2 millions d’euros. Le rapport du TC relève une gestion aberrante : des paiements injustifiés, des contrats illégaux, saucissonnés, une absence d’appel à la concurrence, etc., tout cela avec l’argent public. On relève dans les dépenses des inscriptions à des clubs privés, des dépenses personnelles, etc.

(p.55)

  • En plus de la SAEUE, l’autre grand protagoniste de l’internationalisation du procés a été et continue d’être le Conseil de la Diplomatie Publique de Catalogne, le Diplocat (constitué en 2012), dont les dépenses se sont élevées, entre 2011 et 2017, à 15,8 millions d’euros.

En réalité, Diplocat n’est pas né ex nihilo. L’organisme a regroupé toute une myriade d’organisations, d’entités associatives et d’ONG subventionnées par la Generalitat nées sous l’impulsion du Programme 2000 de Jordi Pujol. La Generalitat a réactivé l’entité fermée du fait de l’application de l’article 155 et la finance à hauteur de 90% de son budget. Son efficacité est dupliquée du fait qu’elle échappe au contrôle de l’administration.

  • La première initiative de cet organisme fut de financer pour 1,5 millions d’euros une entreprise de lobbying international (ID: Independent Diplomat), afin de diffuser la narration indépendantiste. ID a vendu à Diplocat un modèle de diffusion oscillant entre le modèle diplomatique traditionnel et de nouvelles techniques de diplomatie digitale pour court-circuiter les structures hiérarchiques existantes et favoriser la participation d’acteurs plus divers sur la scène internationale.

(p.62)

  • Le Secrétariat d’État à la Communication espagnol refusa de répondre à toutes les sollicitations des correspondants étrangers.

Il faut dire que le PP était alors englué dans les affaires de corruption.

Le correspondant du Guardian à Madrid se souvient d’avoir rencontré de nombreuses fois Puigdemont alors qu’il ne put voir Rajoy qu’à la télévision.

De surcroît, tous ces événements intervenaient alors que les moyens de communication nationaux avaient subi en 2011 des coupes budgétaires drastiques : la direction générale de communication internationale avait été supprimée, fusionnée avec la structure nationale. L’outil de communication qui en résultait était extrêmement archaïque avec des fonctionnaires bien souvent incapables de communiquer en anglais. D’ailleurs, la secrétaire d’État à la communication Martinez Castro affirmait elle-même se soucier fort peu de la presse internationale.

  • Quant à la sphère diplomatique, se sentant l’alliée de l’Espagne, ses membres s’étonnaient du manque de communication sur le sujet.
  • En guise d’explication des événements, l’Officine d’Information Diplomatique (OID) qui gère la communication avec les ambassades étrangères à partir du Ministère des Affaires Étrangères envoyait des pensums de 18 pages saturées de considérations juridiques qui ne pouvaient avoir aucun impact au niveau de la communication.
  • La stratégie de communication brilla tout autant par son absence en Catalogne même où le chant des sirènes indépendantistes cherchait à séduire les foules, confirmant ainsi le désinvestissement de l’État dans cette région.
  • Les chiffres mensongers concernant les « violences policières » du 1-O ne furent démentis que le lendemain par le gouvernement. De même, les images montrant la violence des foules « pacifiques », enregistrées par la police nationale et la garde civile, ne furent jamais diffusées. Il y a un flou sur ce qu’elles sont devenues. Les images des affrontements à l’occasion du référendum illégal ont disparu.
  • Ce fut la mobilisation de la société civile le 8 octobre qui donna enfin une visibilité à la Catalogne constitutionnaliste et vint contredire le discours indépendantiste.
  • Le gouvernement espagnol opte pour un changement radical de tactique et la transparence à partir de 2016.

(p.88)

  • La délégation catalane de Bruxelles, dirigée par Amadeu Alfataj, devient un centre de propagande politique impressionnant. Il maîtrise un certain nombre de langues, évolue avec aisance dans le petit monde de Bruxelles et fait le lien avec les leaders du processus indépendantiste, enrobant les relations dans des discours positifs, pro-européens et pro-démocratiques. Cependant, ses efforts pour que la Commission fasse pression sur l’Espagne pour mener à bien une négociation furent vains.
  • Certains députés indépendantistes ont mené une campagne anti-espagnole acharnée. Par exemple, Ramón Tremosa qui a abordé des questions très diverses pour contester le caractère démocratique de l’Espagne contemporaine.
  • Ces personnalités cherchent à s’allier la complaisance de collègues eurodéputés, par exemple Ivo Vajgl (slovène) ou encore Boriss Cilevics (letton), qui ne connaissait pas la Catalogne avant 2017, et qui se sont illustrés par des jugements particulièrement hostiles à l’égard de l’Espagne. Il a avalé tout rond toute la propagande séparatiste.
  • À la suite de la diffusion des images de la « répression » du 1-O, les partisans de l’indépendantisme firent pression sur la Commission pour obtenir un débat sur le référendum au Parlement européen (une session plénière devait se tenir le 4 octobre), ce qui aurait donné un extraordinaire écho à leur cause.
  • Action de Peter Collecott, ancien ambassadeur britannique au Brésil. Co-président de The Ambassador Partnership, une société de conseil constituée d’ex-ambassadeurs, qui déploie son réseau sur une centaine de pays. Elle capitalise les contacts et l’expérience de ses associés pour mener à bien ses affaires. Il avait déjà travaillé pour ID (Independant Diplomat), qui avait prêté ses services à partir de 2013 à la Generalitat de Catalogne. Il se consacra corps et âme à sa nouvelle mission pendant trois ans. Elle consistait à informer les différents gouvernements européens sur la situation en Catalogne, et devait en retour informer le gouvernement de Catalogne de la réaction des différents pays. Il rencontra ainsi des législateurs et des think tanks. L’effort portait également sur le monde journalistique. Malgré ce travail de lobbying, il affirme ne pas avoir d’opinion sur l’indépendance …
  • Déjà en juin 2017, à l’époque même où il fut décidé de convoquer le référendum du 1-O, l’une des tâches de Collecott fut de sonder les chancelleries européennes pour savoir quelle serait leur réaction en cas de déclaration d’indépendance. Il est donc faux de prétendre que celle-ci ne fut que la conséquence de la fermeture de Rajoy, en particulier sur la question du Pacte Fiscal.
  • Independant Diplomat fut fondé en 2004 par Carne Ross, un ancien diplomate britannique déçu par son gouvernement et la diplomatie au moment de l’intervention du RU en Irak. Ses pratiques sont celles d’un mercenaire de la diplomatie prêt à vanter même les mérites de l’anarchisme révolutionnaire ; la nature, le contenu des causes lui est indifférente.

Par rapport à l’autodétermination, Carne Ross considère qu’il n’y a pas de légalité qui tienne. Seuls comptent les faits, la réussite de l’objectif. On peut dire que ID a accepté de conseiller et prêter ses services pour des activités dont le but était illégal en Espagne.

L’entreprise de Carne Ross qui se prétend libre de tout appât du gain a pourtant reçu la coquette somme de 1 485 142 euros de la part de la Generalitat.

L’offre de ID fut signée le 4 octobre 2012, seulement 14 jours après la réunion entre Rajoy et Mas, présentée comme le point de départ de la rébellion de la région. On a du mal à croire à une telle impulsivité, sans préméditation.

Le travail commence essentiellement dans la sphère de l’UE. À partir de juin 2013, ID reçoit de Diplocat 54 000 euros mensuels en paiement de ses services. Un autre contrat signé en septembre concernant les États-Unis implique un paiement de 7 800 euros mensuels.

En 2014, la Generalitat et Diplocat versèrent 722 790 euros à l’organisme, 21,8% du chiffre d’affaire de l’organisme.

Entre 2013 et 2015, le seul client prospère, libre et sans menace de guerre d’ID était la Catalogne de Mas. Une fois connue l’existence de ces contrats, la Generalitat de Mas nia toute implication du lobby à des fins de sécession.

  • Au plus fort de la crise, donc, alors que la région connaissait des coupes budgétaires drastiques, les institutions catalanes dépensaient l’argent public pour financer le processus d’autodétermination.
  • Les travaux d’ID ont :

- empiété sur les compétences réservées à l’État.

- enfreint le principe de loyauté constitutionnelle.

- supposaient l’élaboration d’un récit visant le discrédit de l’Espagne.

  • Un exemple de tâche accomplie par ID : la préparation de la visite d’Artur Mas aux États-Unis, avec une table ronde au Carnegie Council, une conférence à l’Université de Columbia, un petit-déjeuner/colloque au siège de la société de conseil Eurasia Group, la rédaction des discours et la programmation d’interviews et rencontres avec les médias.
  • ID fournissait des listes de journalistes et de députés du Parlement européen, de Westminster et d’autres pays pour que Diplocat puisse les faire participer à son programme destiné à des visiteurs internationaux.
  • Son aide en conseil diplomatique concernait toutes les délégations : Berlin, Bruxelles, Londres, Vienne, Rome, Paris et Washington.
  • ID a confectionné une vingtaine de mémorandums et d’argumentaires qui abordaient les différents aspects du procés, destinés à contrecarrer les critiques internationales et provenant de Madrid, ainsi que 33 versions différentes d’un document incluant des articles d’opinion pour Diplocat. Il a utilisé son carnet d’adresse pour diffuser de multiples articles signés par des leaders politiques et des personnalités catalanes. Un bel exemple de ce qui fut présenté à la population catalane comme un appui spontané des médias étrangers fut un article publié dans The Independent, quelques jours avant le 9-N, intitulé « Donnez à la catalogne le droit de voter », signé par pep Guardiola, Josep Carreras et Xavier Sala i Martin.

(p.109)

  • Aux EU, appui du membre du Congrès américain Dana Rohrabacher proche du Tea Party qui prend la parole en tant que président du sous-comité aux Affaires européennes et prononce ces mots : « Qu’y a-t-il de mal à changer les frontières créées par des monarques il y a des siècles ? ». Et d’ajouter : « Un changement en Catalogne à travers la politique et le vote est préférable de beaucoup à la violence et au terrorisme. La plupart du temps, l’obstination persistante d’une majorité ethnique dominante alimente les frustrations qui conduisent non seulement à l’instabilité, mais aussi au chaos, à la haine et à la violence. »

Deux remarques personnelles sur ces propos : on ne sait pas très bien à quelle majorité ethnique fait référence R. La question ne se pose pas en termes d’ethnie en Espagne, mis à part pour les nationalistes basques et catalans pour lesquels ce genre de critère et de langage est pertinent. La lecture de R. est décalée culturellement ; il importe, pour évaluer une situation en Europe, des critères propres à son pays.

Ce personnage d’extrême droite est présenté avec fierté à la télé du régime catalane, TV3, et considéré comme un allié, vanté, par des membres de la soi-disant gauche catalane d’ERC.

Le journaliste Juan Pablo Cardénal pose la question d’un possible appui de R. à la cause catalane en échange d’un appui financier au moment de sa campagne électorale et affirme la nécessité d’une enquête.

  • Parmi les appuis à la cause catalane aux EU, certains n’ont rien à voir avec elle, et leurs prises de position peuvent être liées par exemple à la rancœur, celle de certains membres du Congrès d’origine cubaine qui reprochent à l’Espagne, depuis l’époque de Zapatero, sa trop grande complaisance à l’égard du régime cubain. On retrouve aussi des appuis du côté du lobby gibraltarien.

Dans la liste des personnalités dont l’engagement pro indépendantiste est lié à des opinions personnelles n’ayant rien à voir avec la Catalogne, on peut inclure Alfred de Zayas, expert « indépendant » des Nations Unies et grand hispanophobe pourfendeur de l’ex-Empire espagnol réduit à une prison des peuples, symbole du colonialisme, du catholicisme et du pouvoir patriarcal. De Zayas est citoyen des EU, d’origine cubaine, avec des sympathies castristes. Il défend pleinement le rapport intitulé Le droit légitime à décider de la Catalogne élaboré, selon lui, par une commission d’experts internationaux, financé en fait par la Generalitat de Catalogne, un document, rappelons-le, auquel l’expert de l’ONU qu’il est attribue étonnamment une validité juridique qu’il n’a pas.

La note émise par le Comité qu’il dirigeait à l’ONU et réclamant la mise en liberté des « prisonniers politiques », fut du pain béni pour la cause indépendantiste et sa machinerie d’agitprop pendant les journées les plus dramatiques de la confrontation. Celle-ci présenta la note issue de l’ONU comme un appui explicite légitimant la rébellion. De Zayas n’hésita pas à faire la critique de la légalité au journaliste ayant mené cette enquête (JPC) en lui rappelant la « légalité » de l’Apartheid, de la torture à Guantánamo ou les lois racistes de Nuremberg. On voit qu’aucun détour, même les plus hardis, ne font peur à l’illustre expert en Droits Humains … Ce genre d’expert n’a aucun pouvoir exécutif réel, mais a une totale autonomie, et ses dénonciations servent à mettre sous pression les supposés infracteurs. Ses écrits n’engagent que lui cependant et non l’institution.

Mais le plus étonnant est de voir de Zayas défendre un référendum à l’occasion duquel ne pourraient voter que les Catalans authentiques, genuine. Les propos profondément inquiétants de l’expert en question invoquent comme critère pour accéder au droit de vote à un éventuel référendum d’autodétermination, la pureté ethnoculturelle.

L’expert, par ailleurs, n’est pas au courant que les députés rebelles ont enfreint leur propre Constitution, le Statut catalan, et réduit au silence les 6 et 7 septembre 2017 l’ensemble de l’opposition constitutionnaliste au moment du vote des « lois de déconnexion » vis-à-vis de l’État espagnol.

  • Rappelons que le gouvernement de Puigdemont fit une donation de 100 000 euros à l’Office du Haut-Commissariat aux droits de l’Homme des Nations Unies. Ce genre de donation vous fait pénétrer dans le monde des donateurs qui gravitent autour des institutions et participent à des événements, etc.
  • Tentative d’instrumentalisation également à l’occasion d’un événement organisé à Atlanta à la Fondation Carter. Puigdemont s’obstina mais n’obtint pas une photo aux côtés de l’ancien président J. Carter.
  • Période frénétique d’échanges et de voyages juste avant le référendum illégal en 2017. Un groupe de membres du Congrès américain voyagea à Barcelone, invités par la Generalitat. Ils rencontrèrent des représentants de l’opposition constitutionnaliste, dont Teresa Freixes (Sociedad Civil Catalana, SCC) et Susana Beltrán. Ceux-ci purent constater la pauvreté des connaissances qu’ils avaient sur le système constitutionnel espagnol, ce qui expliquait qu’ils avaient gobé de façon acritique tous les arguments nationalistes sur la répression de l’État, etc. Ils avaient par ailleurs été « briffés » par la délégation catalane des EU. Ils ignoraient par exemple que les compétences sanitaires, l’éducation, la gestion des prisons, la TVA et 40% de l’IRPF (impôt sur le revenu) faisaient partie des compétences du gouvernement régional, et que celui-ci peut compter sur un budget s’élevant à des milliers de millions d’euros.

Cela explique les dépenses exorbitantes faites par la Generalitat pour livrer la bataille de l’opinion. Il est normal qu’un État de droit ne puisse et ne souhaite pas se situer sur le même terrain.

  • En août 2017, une seconde entreprise de lobbying fut contactée, SGR à Washington. Ses uniques clients internationaux étaient à ce moment-là l’Arabie Saoudite, le Maroc, la Qatar et l’Éthiopie. Elle devait contribuer aux efforts de communication au plus fort de la crise pour une somme de 60 000 dollars (52 554 euros). JPC fait un bilan de l’action débridée de SGR dont le nombre de démarches effectuées s’élèvent à 601 : bombardement de mails, d’appels téléphoniques, de réunions, avec des journalistes, des chefs de cabinet et autres personnels du Congrès, etc.

(p.117)

  • Tout cela a été entrepris grâce à de l’argent public. Or, la Generalitat s’étant refusée à fournir des informations précises en la matière, le Tribunal des Comptes est condamné à rester dans le flou pour certaines questions. Mais la délégation catalane des EU déclare avoir reçu 3 022 025 dollars entre 2014 et 2017. Pour la même période, les sommes dépensées pour ses activités de lobbying s’élèvent à 1 414 808 dollars, répartis en plusieurs institutions : Institut Ramón Llull, Acció, et une petite dernière arrivée en 2018, le Catalonia America Council (CAC) dont le directeur exécutif est Andrew David. Elle prétend que son but n’est autre que celui de rassembler la diaspora catalane aux États-Unis. Mais dans d’autres déclarations, il lui est arrivé de caresser le rêve de transformer les 15 000 catalans des EU, chiffre grossi par les seconde et troisième générations, en un lobby aussi puissant que le lobby des judéo-américains ou des arméniens dont il admire la capacité à diffuser un récit. Andrew David assure que son action ne relève pas d’un éventuel soutien à l’indépendance, mais exclusivement de la défense des Droits de l’Homme, ce qu’il est bien difficile de croire lorsqu’on analyse ses interventions sur les réseaux sociaux.

(p.132)

  • La visite à Barcelone de Fernand de Varennes, rapporteur spécial de l’ONU, en janvier 2019 est un autre exemple flagrant de partialité, l’expert se limitant à rencontrer des associations de la société civile exclusivement indépendantistes et se refusant à rencontrer les associations constitutionnalistes et de défense de l’espagnol. Justification de M. de Varennes : « Les hispanophones ne sont pas une minorité dans l’ensemble de l’État espagnol, et par conséquent ils ne concernent pas mon mandat. » Que la population hispanophone de Catalogne soit soumise à un processus d’ingénierie sociale et à une acculturation / réethnicisation forcée au profit du catalan ne fait pas partie, donc, des préoccupations de M. de Varennes. À ce propos, justement, le 8 juin, le Tribunal Supérieur de Justice de Catalogne vient de rendre obligatoire le libre choix de la langue dans laquelle les élèves passant le PAU (examen d’entrée à l’Université) veulent composer. Le gouvernement catalan a aussitôt annoncé qu’il ne respecterait pas la décision judiciaire.
  1. de Varennes a reçu en 2004 le prix international Linguapax qui œuvre pour la pluralité linguistique. Le siège de cette association est aujourd’hui à Barcelone ; elle dépend de Unescocat et exclusivement des subventions de la Generalitat, 116 483 euros en 2017. C’est une association dirigée par des militants mais qui est présentée comme une société civile. Pour la commémoration des 30 ans de l’association, célébrée quelques semaines après le référendum illégal, deux grands rubans jaunes furent exhibés. M. de Varennes fait partie du conseil consultatif de Linguapax.
  • Unescocat naquit en 1984 dans le but de promouvoir les idéaux de l’ONU en Catalogne et … d’intensifier la présence de la langue et de la culture catalanes à l’UNESCO. L’un de ses dirigeants a été Agustí Colomines, le père infortuné de la phrase : « Sans morts, l’indépendance de la Catalogne sera plus longue à venir. »
  • Il est clair que le nationalisme catalan a compris qu’il pouvait utiliser des institutions internationales à des fins de propagande. L’ONU est devenu un des hauts lieux de ce lobbyisme.
  • Une autre voie royale pour exercer une influence idéologique est le monde des ONG qui gravitent autour de l’ONU, en particulier les ONG avec un statut consultatif au Conseil Économique et Social (Ecosoc). Leur voie est entendue au Conseil des Droits humains. Par exemple, l’ONG srilankaise Tamil Uzhagam, dont on ne doute pas qu’elle a des connaissances approfondies et de première main sur l’Espagne et la Catalogne, cautionna un communiqué dirigé au CDH intitulé La lutte de la Catalogne soumise aux brutalités de l’État espagnol. Les liens entre l’indépendantisme catalan et l’ONG tamoule basée en France se sont tissés autour de la notion d’autodétermination. Une cause commune qui repose manifestement sur un quiproquo, renvoie à des réalités qui sont à des années-lumière. À noter que les organisations tamoules ont été également des clients du lobby ID.
  • Le journal catalan El Nacional vendit le rapport de l’ONG tamoule sur l’oppression de l’État espagnol comme « un rapport accablant du Comité des Droits Humains de l’ONU contre le jugement du Tribunal Suprême espagnol. »
  • JPC détaille par le menu les tentatives de noyautage et de prosélytisme auprès des institutions faisant partie de l’ONU, par exemple le GTDA, Groupe de Travail sur la Détention Arbitraire, institutions qui ne font qu’émettre des opinions sur des questions qu’ils connaissent parfois très superficiellement. Preuve en est la requête émise par l’organisme auprès de l’État espagnol à qui il demande de prendre des mesures qui incombent en fait au pouvoir judiciaire … Elisenda Paluzie, présidente de l’ANC (Assemblée Nationale Catalane) a reconnu que son entité pouvait être derrière toutes ces tentatives d’internationalisation du procés.
  • Les tentatives d’assaut du CEDH se sont soldées en revanche par des échecs systématiques.
  • Genève est devenu l’épicentre de l’indépendantisme catalan. Gens de bonne compagnie qui croient avoir trouvé dans la cause catalane le combat du siècle, juristes en vue, entre autres, qui ont entrepris l’assaut aux institutions, les médias, l’Université, le monde politique. Pour l’instant, ils tirent des balles à blanc à l’ONU, mais ce qu’ils visent c’est Strasbourg et faire appel de la sentence du Tribunal Suprême.
  • Le soutien à l’indépendantisme catalan à Genève semble plutôt avoir la fibre progressiste, soucieux de défendre les droits des peuples opprimés. Il rassemble des gens de bonne compagnie autour de repas fins et qui discutent autodétermination autour d’un bon verre de Pouilly Fumé, ironise JPC, sans guère se soucier des conséquences désastreuses du nationalisme pour une société désormais coupée en deux et qui a frisé le conflit armé en 2017.
  • Un bon exemple de ces partisans, le must du séparatisme, est le très chic couple Riand qui organise régulièrement des agapes à Sion, capitale du canton suisse du Valais, où les élites forment une grande famille. Madame Riand, d’origine catalane, éditrice de la revue l’1Dex censée promouvoir un Valais « critique et libertaire » (p.164), mène croisade en faveur de l’indépendantisme. Cinq des huit députés nationaux élus dans le canton du Valais pour la période 2015-2019 font désormais partie du fan-club de l’indépendantisme catalan.
  • Ou encore on relève l’appui au mouvement de Nicolas Levrat, directeur du Global Studies Institute (GSI), le centre d’études de relations internationales de l’Université de Genève. Il reconnaît ne pas être un spécialiste de la Catalogne ni de l’Espagne, ni du droit constitutionnel espagnol. Son travail sur le régionalisme européen l’a conduit à s’intéresser à l’Écosse dans les années 80 et à la Catalogne à partir de 2010. C’est lui qui a fait entrer le thème dans les universités suisses prestigieuses. Levrat est devenu la référence universitaire sur le sujet à la suite de la publication d’un rapport collectif intitulé Le légitime droit à décider de la catalogne : chemins vers l’autodétermination. Selon lui, « il n’y a aucune restriction légale internationale qui interdise à une entité sub-étatique de décider de son propre destin ». Il ajoute que la législation de l’UE reconnaît le droit à décider, ce qui est assez étonnant puisque le Parlement européen s’est prononcé il y a peu sur la question (le droit à l’autodétermination) et le résultat du vote a été un rejet sans ambigüité. Levrat parle également de choc entre l’État de droit et la légitimité démocratique. Le but de l’étude est clairement de rechercher au niveau international des dispositions qui cautionnent le processus indépendantiste. Levrat fut l’un des 14 universitaires en Sciences Politiques qui fut invité par Diplocat pour participer à un projet d’une durée de 17 mois intitulé Frontières, souveraineté et autodétermination nationale dans l’UE auquel participèrent les Universités de Louvain, d’Édimbourg et l’Institut de Barcelone des Études Internationales. Les frais de l’événement furent pris en charge exclusivement par Diplocat et s’élevèrent à 202 696 euros. Un rapport pour légitimer le référendum du 1-O fut commandé par la Generalitat. Il fut publié le mois précédent celui-ci, le 1er

Lorsque l’on examine de près le rapport Levrat, on se rend compte que, malgré le prestige de ses auteurs, son argumentation est fallacieuse, partiale, car elle tente d’opposer légalité et légitimité et de faire de la question catalane une question politique et non de légalité. Les auteurs eux-mêmes, des juristes prestigieux, soulignent que leur propos n’est pas de donner une réponse juridique au problème. Ils tentent de se situer dans le camp de la philosophie politique. D’ailleurs, depuis, le juriste Guillaume Tusseau a reconnu plus ou moins explicitement l’instrumentalisation du projet, a reconnu avoir été dépassé par l’utilisation qui en a été faite.

Il convient de préciser encore, sur la question de l’autodétermination, qu’elle ne peut être envisagée que dans un contexte de colonisation, et que non seulement les Catalans ne sont pas discriminés mais ils participent activement à la gestion et au développement de leur région et de l’ensemble du pays. La revendication de l’autodétermination dans ce contexte relève de la lex ad hoc inventa.

Il est à noter que les universitaires qui se prêtent à ce genre de démarche ont souvent une image assez mythique, romantique de la Catalogne. De plus, ils se sont forgé leur opinion sur la base de récits et documents fournis par le gouvernement nationaliste catalan.

Le rapport fut publié dans l’une des revues juridiques les plus prestigieuses de droit international, le European Journal of International Law (EJIL).

  • Une centaine de groupes d’amitié et de soutien ont ainsi vu le jour en Suisse, soutien présenté comme spontané par la Generalitat alors qu’il est le fruit d’un travail d’entregent de longue haleine. Ces groupes dont font partie des élus portent régulièrement la question de la légitimité du sécessionnisme catalan devant le parlement du gouvernement helvétique. Sans que la portée de leur action soit conséquente, ces interventions sont vendues par la presse du régime à l’opinion publique catalane comme de fermes appuis émanant de nations sensibilisées à la cause.
  • La propagande indépendantiste a ses plus fervents alliés dans les milieux juridiques et universitaires. Dans les cas les plus caricaturaux, les événements organisés au niveau institutionnel virent à la bacchanale hispanophobe.
  • La qualité intellectuelle de personnalités appartenant à ce milieu et leur formation prestigieuse en font de redoutables diffuseurs des thèses de l’indépendantisme.
  • La propagande hispanophobe a un impact particulier depuis la grave crise de 2008, depuis laquelle nombre de Suisses voient en l’Espagne un pays paupérisé qui est susceptible d’exporter une population pauvre sur leur territoire et nourrissent donc un sentiment anti-immigration à leur égard.
  • La Suisse, fidèle au Swiss Style, prétendait être neutre dans le conflit qui opposait l’État espagnol aux nationalistes catalans, mais ouvrait généreusement la porte à une négociation internationale où elle aurait eu le beau rôle de médiateur, créant ainsi une étrange situation où un gouvernement régional en rébellion et ayant basculé dans la déloyauté et l’illégalité se serait retrouvé sur un pied d’égalité avec un État membre de la communauté européenne. Une totale impartialité, de la pure générosité humanitaire … Le pays est apparemment coutumier de cette pratique : Corée du Nord, ETA, Colombie, Kosovo, etc. Une pratique qu’ils considèrent légitimée par un sentiment indiscutable de supériorité morale que leur confère leur « démocratie directe ». L’État suisse évite bien sûr de mettre en avant que toute tentative de sécession de l’un des 26 cantons suisses est rendue quasiment impossible par le système constitutionnel en place en Suisse.
  • De 2012 à 2019, l’indépendantisme a organisé 32 événements ayant pour but de soutenir de façon explicite et publique la sécession.
  • Genève est le siège de 40 organisations internationales, de 750 ONG et de 79 missions diplomatiques, ce qui en fait une cible privilégiée.
  • The Hague center, un think tank hollandais, a financé les dépenses des observateurs internationaux du référendum illégal. Mais c’est surtout le gouvernement catalan qui a mis la main à la poche … du contribuable.

(p.171)

  • On retrouve une démarche et une configuration semblable au RU à travers l’existence d’un All-Party Parliamentary Group on Catalonia (APPG), à Westminster. Ces groupes peuvent se constituer autour de thématiques aussi différentes que le cricket, les allergies ou le jazz. En 2017, l’AAPG a été un relai précieux pour la diffusion du discours sécessionniste. Il faut dire qu’elle est dominée par les nationalistes écossais et gallois. Ces affinités reposent là encore sur des quiproquos : la nationalisme écossais n’est pas un nationalisme mené par les élites et n’a pas la même teneur ethnique. De plus, si les institutions britanniques envisagent la possibilité d’un référendum négocié avec Londres, celui-ci reste illégal pour la Catalogne selon la Constitution espagnole.
  • Également en Estonie et en Finlande.
  • À partir de 2013, la délégation catalane au RU a institutionnalisé des repas annuels avec la presse britannique et s’est faite l’écho du « désir unanime du peuple catalan de bénéficier d’une consultation sur l’avenir du pays ». Coût de ces repas pour le contribuable : 20 164 euros.
  • Des voyages sont également financés par la Generalitat aux frais du contribuable, par exemple en 2014, deux délégations de trois parlementaires britanniques chacune, pour 16 305 euros.
  • Diplocat a créé deux programmes destinés à faire découvrir la Catalogne et à établir des liens avec des parlementaires de tous les pays. L’un s’appelait « Action et sensibilisation internationales » pour expliquer la situation de la région aux parlementaires étrangers. Diplocat se présentait comme une entité plurielle et non gouvernementale pour éviter les réticences émises par les partis et les représentants étrangers. Les 25 activités de ce programma ont coûté 112 237 euros.

L’autre programme intitulé « Programme pour les visiteurs internationaux » s’adressait plutôt à des journalistes et des personnalités étrangères, des politiciens et délégations de députés qui se prêtèrent par la suite à défendre le processus de sécession, par exemple les intergroupes parlementaires d’amitié avec la Catalogne créés dans les parlements d’Estonie, de Finlande, d’Irlande, de suisse ou du RU. Les 32 activités de ce programme ont impliqué un coût de 543 014 euros aux finances publiques selon le tribunal des Comptes.

  • La délégation de la G, l’APPG et l’antenne de l’ANC à Londres, sont appelés la Saint Trinité de l’indépendantisme. L’ANC-England a une stratégie particulièrement agressive qui recourt à des « escraches » par exemple, dont fut victime le ministre Josep Borrell lors d’une visite à Londres, mais est surtout efficace sur les réseaux sociaux.
  • Les institutions et maisons de la culture catalanes à l’étranger ont été complètement phagocytées par le sécessionnisme et on s’y livre au dénigrement voire au harcèlement des membres qui n’adhèrent pas à la cause. Preuve en est que l’association constitutionnaliste SCC sollicita l’accueil de la maison de la culture catalane à Londres après le référendum illégal du 1-O. Celle-ci s’y refusa en prétextant qu’ils n’acceptaient que les événements organisés pour la défense du « droit à décider » (euphémisme pour droit à l’autodétermination), de la liberté d’expression et de la démocratie. Étrange déclaration de la part d’une maison de la culture accordant le monopole de la démocratie à un mouvement sécessionniste qui se situe en marge de la légalité.

(p.193)

  • Le but de tout cela est de créer un bouillon de culture à l’échelle internationale, une « atmosphère », une opinion propice au sécessionnisme qui, le moment venu, fera pression sur le gouvernement espagnol, puisque les indépendantistes partent du principe que les Espagnols ne leur accorderont jamais l’indépendance.
  • À Paris, le coût de l’immeuble qui accueillait la délégation catalane s’élevait à 410 000 euros par an, fait tout à fait remarquable à une époque de coupes budgétaires drastiques, où les pays peinent à maintenir des délégations diplomatiques dans des sièges décents.

(p.200)

  • Méconnaissance en France de l’Espagne contemporaine. De surcroît, l’action de l’ambassadeur en place au moment du référendum illégal fut à peu près nulle.
  • Benoît Pellistrandi commente le grand succès qu’a eu la cause indépendantiste à Sciences Po Paris. Il l’explique par une certaine faiblesse qu’a l’institution parce qu’elle souhaite systématiquement se positionner comme une université d’avant-garde, moderne, et qu’elle a peur de rater le train de la nouveauté. Dans ce cas précis, cela l’empêcha d’évaluer correctement la gravité de ce qui était en jeu.

L’institution, bien que se défendant donc de donner son appui au séparatisme catalan, organisa des conférences où étaient invités des nationalistes catalans sans réel contradicteur. Ceux-ci, diplomates espagnols ou simples particuliers, étaient souvent condamnés à s’exprimer depuis le public, en tant que simples spectateurs. Ce scénario est, d’après JPC, extrêmement fréquent dans les événements organisés autour du sécessionnisme ; ils se transforment en célébrations en l’honneur et en faveur de cette idéologie, et en séances de Spanish bashing.

(p.229)

  • L’avocat de Clara Ponsatí, Aamer Anwar, ancien recteur de l’Université d’Édimbourg, pratique une hispanophobie particulièrement virulente. Après l’avoir invité pour une conférence (7 mars 2019), l’Université de Cambridge dut se désolidariser des propos tenus par ce monsieur. L’invitation avait été lancée par le club catalan de l’Université (Cambridge University catalan Society, CUCS). Anwar s’est jeté tout d’abord à corps perdu dans la défense de l’indépendantisme écossais, puis catalan. Il est une sorte de personnage médiatique. Pour sa part, Ponsatí est rentrée dans le rôle de la faible femme opprimée par l’État espagnol répresseur. Et le parallèle entre l’Irlande appauvrie et asservie par l’Angleterre et la riche Catalogne où les élites autochtones n’ont pourtant jamais connu de spoliation (bien au contraire, depuis la fin du XIXe siècle et la perte de Cuba où elles faisaient des affaires florissantes, elles sont rentrées dans une logique victimaire, de rancœur, de récrimination et de revendication à l’égard de l’État espagnol rendu responsable de la décadence), et bien ce parallèle est un cliché bien installé.
  • À noter que Clara Ponsatí a bénéficié de l’attribution d’une chaire en tant que titulaire du prix national Prince des Asturies, et a ainsi reçu 96 000 euros pour poursuivre sa recherche. L’un des seminaires qu’elle eut l’idée d’organiser s’intitulait « Nouveaux États dans l’UE ». Lorsque l’État espagnol décida de ne pas renouveler sa chaire, vu les intentions de Ponsatí d’utiliser son poste à Georgetown comme relai à son activisme, pour donner plus d’écho à sa propagande sécessionniste, elle dénonça l’injustice qui lui était faite en organisant un véritable tapage médiatique. D’ailleurs, un certain nombre d’autres chaires financées par le gouvernement espagnol ont connu la même tentative de détournement : chaire Juan Carlos I du King Juan Carlos Center de l’université de New York (chaire créée précisément pour pallier l’absence de connaissances sur l’Espagne). Le KJCC organisa en 2016 une conférence de deux jours sur la question catalane en invitant exclusivement des intervenants de sensibilité indépendantiste, et l’une des enseignantes de l’institution a fait de l’étude du franquisme son thème favori, la promotion du sécessionnisme catalan n’étant souvent que l’autre face d’une pièce qui véhicule une image négative et stéréotypée de l’Espagne, Francoland, la seule connue parfois d’un public peu renseigné (p.264).
  • C’est ce qui arriva à l’Association Américaine de Sciences Politiques (APSA) qui se trouva confrontée au discours univoque du séparatisme émis par des lobbys catalanistes (Boston, 2018 ; célébration de la réunion annuelle de l’APSA) et le cautionna sans aucune analyse critique. Le prestige de certaines institutions s’en est parfois ressenti. L’auteur note l’absence incompréhensible de réaction de l’association espagnole présente à l’événement. J’émets une hypothèse tout à fait personnelle. Une certaine gauche, malheureusement majoritaire en Espagne à l’heure actuelle, proche de Podemos mais aussi du PSOE cautionne la victimisation des minorités opprimées par l’État oppresseur espagnol. Elle sert leurs projets de fédéralisme voire de confédéralisme et est en accord avec son idéologie identitaire et sa haine de l’État.
  • On retrouve dans cette sphère hispanophobe des personnages comme John Lee Anderson qui sont devenus les hagiographes officiels d’une Espagne mythique, celle de la Seconde République, étrangement associée au nationalisme catalan, par une pratique totalement révisionniste de la recherche historique. Il rédigea au lendemain du 1-O, un article, véritable morceau de bravoure, en défense des sécessionnistes : « The Increasingly Tense Standoff Over Catalonia’s Independance Referendum », The New Yorker, du 4 octobre 2017, auquel l’écrivain Antonio Muñoz Molina fit une réponse magistrale dans son article paru dans El País, « En Francoland », du 13 octobre 2017.
  • Le réseau de l’indépendantisme est particulièrement fourni dans le monde anglo-saxon.
  • L’Institut Ramón Llull possède un réseau de professeur chargés d’enseigner la langue catalane dans une centaine d’universités du monde entier. L’institut assume tout ou partie des salaires versés aux enseignants. Pour promouvoir la demande d’enseignement du catalan, en 2018, l’IRL a déboursé 1 478 461 euros. Et pour financer le réseau universitaire international, l’IRL a accordé 10 203 674 euros.

(p.240)

  • 1983 : l’Université de New York est la première à proposer des cours en catalan.
  • Création du Collectif Wilson par cinq économistes et un politologue, formés dans les meilleures universités américaines. Ce collectif eut un rôle essentiel non pas pour diffuser le message indépendantiste, mais pour le légitimer et garantir sa viabilité. Le fait que des diplômés de Harvard, de Princeton, du Massachussetts Institute of Technology se mettent au service du souverainisme pesa lourd dans la balance pour vendre le fait que le séparatisme était appuyé par les élites universitaires.
  • Dans le cadre des universités, américaines en particulier, la mutation culturelle qui a converti les départements d’espagnol en départements d’études ibériques a ouvert la porte au prosélytisme du catalan, qui loin de se contenter de représenter une plus grande diversité au sein de la sphère ibérique se pose en concurrent de l’espagnol et nourrit souvent un sentiment d’hispanophobie en tentant de réduire la culture espagnole au franquisme. Stanford est un bon exemple de cette mutation.
  • La force du catalanisme qui se développe dans les institutions, c’est son caractère activiste.

(p.266)

  • Condescendance très répandue dans les milieux intellectuels de gauche anglo-saxons pour qui l’Espagne reste un pays déficient d’un point de vue démocratique. La réponse de l’État à la tentative de sécession est ainsi présentée comme la réponse du nationalisme espagnol à un autre nationalisme (à noter que c’est l’un des arguments-phare du nationalisme catalan).
  • Autre cas d’une institution colonisée, celui de la LSE, la London School of Economics, et du Centre Cañada Blanch qui en dépend, financé avec de l’argent espagnol. Débat houleux du 31 janvier 2019, de tonalité clairement hispanophobe, dans ce lieu prestigieux. L’une des invités était Clara Ponsatí.
  • En 2009, au cœur de ce centre culturel, avait déjà été créé un Observatoire Catalan, plateforme dont la vocation était avouée explicitement, celle d’« internationaliser la Catalogne de toutes les façons possibles », en réalité une machine à faire du Spanish bashing (ce que l’auteur nomme « la cannibalisation du récit »). L’investissement de la Generalitat fut de 200 000 euros pour l’occasion.

L’historien Paul Preston, sans être un pro-nationaliste, a fait preuve d’une certaine complaisance à son égard pour les mêmes raisons que la gauche espagnole fait preuve de complicité avec les nationalismes. Ils semblent incarner, de façon tout à fait illusoire, une opposition à la droite réactionnaire. Le conflit entre ces deux pôles ne relève pas, pourtant, d’une distinction droite/ gauche puisque les nationalismes basque et catalan comptent dans leurs rangs des forces tout aussi réactionnaires.

  • Couverture du procés très partiale et négative a priori à l’égard de l’Espagne de la part du New York Times.
  • À l’occasion du tricentenaire de la fin de la Guerre de Succession d’Espagne, la revue d’histoire Sàpiens publia une œuvre pour divulguer le récit révisionniste de la soumission de la Catalogne par l’Espagne en 1714. Il est à noter que cette revue d’histoire est élaborée non par des historiens mais par des journalistes.

Cette guerre fut en fait un conflit entre les Habsbourg et les Bourbon pour s’emparer du trône d’Espagne. La victoire du petit-fils de Louis XIV, Philippe d’Anjou, marqua un début d’acculturation des élites espagnoles et le début de la décadence pour le pays. La conquête de Barcelone par les troupes de Philippe d’Anjou n’est donc qu’un épiphénomène dans cette guerre européenne. Elle devient le centre, l’épisode clé d’un conflit imaginaire entre l’Espagne et la Catalogne dans le récit indépendantiste.

Le but de cette publication était de diffuser cette histoire revisitée auprès des personnalités les plus importantes du monde : Barack Obama, Bill Gates, Angela Merkel, Robert de Niro, Angelina Jolie, le Dalai Lama, et un long etcaetera … Elle a été traduite en quatre langues.

Cependant, trois des quatre historiens sollicités pour rédiger le petit livre se plaignirent d’avoir été instrumentalisés.

Quant à la maison d’édition qui édite la revue, elle a reçu entre 2012 et 2017 plus d’un million d’euros d’argent public, dont 83 771 euros pour la publication historique en 2013 et 2014. À sa tête, Oriol Soler fait partie de ce que l’on appelle « l’État-Major » du procès.

  • La version la plus grotesque de ce révisionnisme historique est fournie par l’Institut Nova Història. Grâce aux études qu’il publie, nous apprenons que Cervantès, Sainte Thérèse d’Avila, Christophe Colomb, Marco Polo, Magellan, Érasme, et même Léonard de Vinci, étaient … catalans.

Il a également participé à la production de la vidéo « Help Catalonia », commande de l’Association ou plutôt lobby indépendantiste Òmnium Cultural, vidéo de manipulation de l’opinion publique dénonçant la supposée oppression de la Catalogne par l’État fasciste espagnol, visionnée plus de deux millions de fois sur YouTube au lendemain du référendum illégal. Soler rencontra Julian Assange à Londres qui crut bon d’engager une sorte de croisade contre l’Espagne sur les réseaux sociaux.

  • C’est tout un pan de la sphère journalistique et éditoriale qui gravite maintenant autour du pouvoir sécessionniste.
  • L’indépendantisme compte également des partisans free lance, une sorte de fan-club qui se voue corps et âme à la promotion du séparatisme. Par exemple, Krystyna Schreiber, journaliste autrichienne, qui a reçu un prix de l’Institut des Régions d’Europe (IRE), une fondation privée fondée en 2004 dont le siège est à Salzbourg. La Generalitat subventionne chacun des événements. Grâce aux services rendus à l’indépendantisme catalan, Krystyna Schreiber occupe aujourd’hui une fonction « para-diplomatique » à Vienne, toujours dans le petit monde subventionné de l’indépendantisme catalan.
  • En 2018, le Tribunal des Comptes a condamné Artur Mas à rembourser les presque cinq millions d’euros dépensés pour organiser le premier référendum illégal du 9 novembre 2014.
  • L’agit-prop atteint également la France, Perpignan (mais dans une moindre mesure) où un autre livre a été présenté à l’initiative de la Casa de la Generalitat: Le choix de l’indépendance en Catalogne. Dans le même temps, des livres comme celui de Benoît Pellistrandi (historien, spécialiste de l’Espagne contemporaine et professeur en classes préparatoires), Le Labyrinthe catalan, ont été boycottés par les libraires de Perpignan.
  • JPC s’attarde peu sur la France, un pays jacobin, peu enclin à défendre les revendications identitaires et sécessionnistes. Le fait le plus marquant fut sans doute la tribune signée par 41 sénateurs français au début du jugement des leaders indépendantistes, qui se hasardaient à remettre en question l’État de droit en Espagne et à demander l’intercession de la France et de l’Europe. La pétition eut peu de retentissement en France où ces questions soulèvent peu d’intérêt mais apporta de l’eau au moulin du séparatisme catalan, comme il se doit … À ce document vint s’ajouter un autre manifeste, la tribune signée par 52 sénateurs français publiée par Le Journal du Dimanche, qui dénonçait la « répression des autorités espagnoles contre les politiciens catalans ». Une association constitutionnaliste espagnole répondit à cette publication en suggérant aux sénateurs français d’œuvrer pour que soient octroyés aux territoires français du Roussillon et de la Cerdagne autant d’autonomie que celle dont dispose la Catalogne espagnole. La réponse du berger à la bergère …
  • Derrière l’agit-prop dans la région se trouve Nicolas García, ancien maire d’Elne, lieu où furent stockées les urnes qui servirent au référendum illégal, actuellement vice-président du Conseil départemental. Son argumentation est sobre et concise : « L’obligation d’un communiste est de défendre la liberté d’expression dans le monde entier ». Il juge le mouvement indépendantiste tout à fait pacifique, par ailleurs. Il faut dire que la Generalitat a longuement travaillé les liens avec la classe politique locale, depuis des années. On entrevoit même en Catalogne nord, comme l’appellent les séparatistes catalans espagnols, la considérant déjà comme une partie du pays neuf qu’ils aspirent à créer (Països Catalans), le développement d’un mouvement de soutien aux « frères du sud ». L’État français ne prend pas encore trop au sérieux la menace nationaliste, même si M. Puigdemont ou encore la présidente actuelle du Parlement catalan, Laura Borras, arrivent déjà en terrain conquis sur le territoire français et que les lobbys de la langue catalane ont commencé à investir dans l’enseignement du catalan et la diffusion de la culture catalane dans la région. On note par exemple l’existence d’une Université Catalane d’Été, événement pseudo-universitaire qui a reçu de la Generalitat 435 000 euros entre 2014 et 2018.

De même, on trouve déjà à Paris, Montpellier ou Toulouse des antennes de l’ANC et des CDR. La cause a également trouvé des fans inconditionnels, Marie-Christine Jené ou Dominique Petitdemange, fonctionnaire du Sénat à la retraite.

  • JPC ironise sur l’excitation produite dans certains médias par l’éventuel démembrement d’un État européen. Certains correspondants rêvaient sans doute de vivre une révolution et de remporter le Pulitzer en rédigeant un livre sans, bien sûr, se salir les mains ou tacher leurs vêtements.
  • Le démantèlement du réseau de correspondants étrangers en Espagne, dû aux effets de la crise, aux coupes budgétaires, fut pour beaucoup dans l’amateurisme de la couverture des événements. Beaucoup de correspondants sont aujourd’hui free lance, ne connaissent pas suffisamment les pays dans lesquels ils interviennent ; la qualité de leurs écrits s’en ressent. Un certain opportunisme journalistique est également à mettre en cause.
  • Ce sont souvent des particuliers espagnols, depuis la société civile, qui ont pris en charge la défense du constitutionnalisme, par exemple RAS (Rapid Alert System) depuis Bruxelles.
  • Le séparatisme reste un mouvement aux accents totalitaires qui veut uniformiser une société plurielle.

 

 

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