Romain Bouteille, ad vitam æternam

Romain Bouteille, fondateur avec Coluche du Café de la gare, s’en est allé au paradis des artistes indépendants, libres et anarchistes, hier à l’âge de 84 ans. Tu vas nous manquer, mon pote !

Romain Bouteille, fondateur avec Coluche du Café de la gare, s’en est allé au paradis des artistes indépendants, libres et anarchistes, hier à l’âge de 84 ans.

Un théâtre dont il dira « premier et dernier théâtre en anarchie réelle ». Non, pas le dernier, il lui donnera une suite, plus confidentielle, plus intimiste avec sa femme Saïda.

Acteur, metteur en scène, chanteur, humoriste, auteur de théâtre – 30 pièces – il avait tous les talents.

Généreux, créatif et fécond.

Une voix inimitable, profonde, rocailleuse, un sourire qui avait du sens, la désobéissance, l’indépendance à tout prix.

Un esprit libertaire comme on n’en voit plus …un prince de l'absurde.

« Ma vocation artistique s’est dessinée vers 1955 sous l’angle : trouver un job qui permette de se lever à n’importe quelle heure et ne suppose ni diplôme, ni réel travail, ni obéissance, ».

Il a su rassembler autour de lui Miche Colucci, bien sûr, mais aussi Sylvette Herry, dite Miou-Miou, Gérard Lanvin, Renaud, Anémone, Josiane Balasko, Patrick Dewaere ou encore Michel Blanc et Gérard Jugnot.

Romain Bouteille était le précurseur d’un humour décapant, engagé et libre de toute contrainte, de quoi nous faire rêver à l’ère Macron-Darmanin, quand la police règne, quand l’état d’urgence nous emprisonne, quand l'oxygène se raréfie.

Il avait tourné quelques scènes pour Les raisins verts de Jean-Christophe Averty.

« Ce qu’il ne m’a pas appris, je le lui ai piqué. » disait (de lui) Coluche après avoir quitté le Café de la gare pour entreprendre la carrière qu’on lui connait.

Avec sa femme, Saïda Churchill, il avait créé un petit théâtre, une sorte de cabaret, de 50 places, baptisé « Les grands solistes » à Étampes, citons quelques perles : La Dame au slip rouge, Tragédies au Radar, Impasse des morts, La Conscience nationale des faisans d’élevage, On achète bien les veaux, Misère intellectuelle, Les Droits des hommes courbes, L'Ordinateur occidental, des titres qui parlent !

Tu vas nous manquer, mon pote.

Beaucoup, énormément.

Trop !

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.