« Quel est l'objet de l'homme qui jouit, n'est-il pas de donner à ses sens toute l'irritation dont ils sont susceptibles, afin d'arriver mieux et plus chaudement, au moyen de cela, à la dernière crise. »
L’irritation est à son paroxysme, la prochaine crise approche à pas feutrés mais les « sens » sont malheureusement en berne, n’en déplaise à Donatien Alphonse François de Sade, Marquis du même nom.
Le « sadisme » est un néologisme créé à partir du nom de l’auteur de « Justine ou les Malheurs de la vertu », néologisme qui correspond pourtant parfaitement au capitalisme économique libéral que nous subissons depuis 1980, depuis près de 40 ans…
Un système sophistiqué qui « fabrique » beaucoup de pauvres de plus en plus pauvres et des riches de plus en plus riches.
L’Observatoire des inégalités avait publié une étude très détaillée qui démontre que ni la crise financière de 2008 ni les pressions fiscales ne parviennent à ralentir les inégalités, c’est même l’inverse : entre 1995 et 2015 - sur une période qui démarre 13 ans avant la crise de 2008 et se termine 7 ans après - le patrimoine des 10 plus grosses fortunes est passé de 23 milliards d’euros à 241 milliards, une progression de 1000 %.
Les dix dernières années sont les plus significatives…
En 2013 l’INSEE confirmait la croissance des inégalités « Sur la période 2009-2010, les 20% les plus pauvres ont vu leur revenu médian reculer de 1,3% .
Pour profiter pleinement d’une crise financière et boursière il est impératif de disposer d’une très grosse réserve de trésorerie si possible planquée dans des paradis fiscaux ayant pignon sur rue, c'est-à-dire dans le giron, notamment mais pas que, des places financières anglo-saxonnes : le Delaware aux USA, bientôt Londres suite au Brexit, une Grande-Bretagne dont on connait mieux maintenant le rôle joué depuis la publication des « Panama Papers », des milliers d’entreprises offshore en lien avec le Royaume-Uni dont l’obsession est de faire du business « à tout prix ». Les « capitaux », comme l’argent, n’ont pas d’odeur, n’ont pas de frontière, c’est bien connu : il fallait sortir de l’U.E.
L’objectif n° 1 d’une « bonne » crise économique est d’éliminer tous ses concurrents ou, faute de mieux, de les affaiblir sévèrement et durablement.
Les banques sont les premières visées pour une simple raison : il faut coûte que coûte pomper toutes leurs réserves de trésorerie, assécher leurs stocks (d’argent disponible) afin de les empêcher de financer ou de refinancer ces entreprises concurrentes.
Les ratios prudentiels en matière de fonds propres ont leur limite quand la bulle spéculative explose, hors de question de tout perdre, c’est ce qui « justifie » les paradis fiscaux car il faut se protéger… « or » de question.
Les banques sont des alliés en temps de paix, c'est-à-dire en temps de croissance mais deviennent vite des ennemis en temps de crise car elles pourraient aider-financer ceux que l’on veut faire disparaître. Comme nous le verrons plus loin les banques américaines ont cessé de soutenir les entreprises lors de la Grande récession de 1929, les super-riches en ont très largement profité au sens comptable du mot.
Les banques sont donc des « bouées de secours » qu’il faut percer avec une fourchette en argent massif (ça va plus vite) afin d’être certain de la noyade. Après c’est une question de temps…
Et la noyade doit être collective, il faut assurer ses arrières, « on » n’est jamais assez prudent…
Un moyen assez habile d’y arriver consiste à investir des sommes colossales sur des produits financiers extrêmement complexes avec des martingales sophistiquées et grâce à des outils informatiques surpuissants qui permettent de miser très gros et très vite ; qui permettent également de sortir immédiatement du jeu dès que les premiers craquements se font entendre : de cette façon ces petits malins engrangent de gigantesques bénéfices en même temps qu’ils créent les conditions d’un futur krach boursier auquel ils échapperont en grande partie. Et de toute façon « on ne fait pas d'omelettes sans casser des œufs » dit l’adage populaire : pour rafler la mise il faut savoir perdre un peu, c’est un investissement.
Tout un art.
Un système parfaitement pervers, totalement cynique.
La titrisation est un de ces produits sophistiqués utilisé lors de la crise des subprimes, il permet accessoirement de se désengager « just in time » et de transférer le risque à un tiers, à une assurance, à une firme ou à un Etat quand la « bombe » planétaire éclate comme ce fut le cas en 2008 : « too big to fail ».
C’est comme cela que les grandes compagnies d’assurance ont pris le bouillon dans le sillage des banques, par transfert de risque autant que par des liens économiques et juridiques.
La seule incertitude concerne le rôle des Etats aux USA et en Europe : vont-ils, peuvent-ils se ruiner pour stopper l’hémorragie et décourager les spéculateur fous ?
Jusqu’où peuvent-ils aller dans un contexte étouffant de dettes publiques ?
Les Etats sont coincés, les banques centrales font semblant en injectant des centaines de milliards d’euros pour soutenir l’activité mais les réserves ne sont pas intarissables.
Le FMI met son grain de sel pour renforcer le dispositif.
Cette question obsède tous les dirigeants du monde moderne, la crise de 2006-2008 à permis de tester les capacités de résistance de nos gouvernants, des gouvernants qui n’ont plus le Pouvoir.
La Chine qui dispose des plus grandes réserves de dollars au monde n’a plus le même rythme de croissance, mauvaise pioche ! aucun espoir de soutien de ce côté là...le voudraient-ils, d'ailleurs ?
La crise économique européenne de 2012 n’est pas encore terminée, loin de là, avec des créances douteuses pour 1000 milliards d’euros qui représentent 5.6 % du total des créances européennes contre 1.8 % aux USA et 1.6 % au Japon.
Le pourcentage de créances douteuses est compris entre 1 et (près) de 50 % à l’intérieur de la zone euro, des disparités qui fragilisent tout l’édifice, les pays « riches » risquant d’être entrainés au fond de la piscine par les « mauvais élèves ». La théorie des dominos.
Pour l’instant la solidarité joue son rôle et arrive à dissuader les requins de s’approcher trop près du rivage.
Pour l’instant…
L’Italie en particulier est au bord du précipice, l’UE et la BCE auront beaucoup de mal à soutenir un pays dont le PIB est en recul de près de 10 % par rapport à la crise de 2008 : pas d’espoir de reprise, pas d’espoir de nouvelles recette fiscales…les marges de manœuvres n’ont jamais été aussi étroites.
La crise Grecque sera vite oubliée…un simple divertissement pour ados attardés comparé à l’éventuelle faillite des banques italiennes, une seule banque Italienne suffirait à faire plonger le système bancaire italien d’abord et européen ensuite, nous n’en sommes plus très loin.
« Ayez peur, ayez très peur » disait déjà Jean-Claude Trichet à propos de la Grèce…
Cette éventualité est parfaitement connue des spéculateurs financiers, ils attendent que les planètes s’alignent pour lancer l’assaut final.
Les 45 pays les plus riches de la planète totalisent une dette de 165 000 milliards de dollars soit 240 % du PIB mondial…l’explosion est inévitable, plus on injecte de liquidités dans le système et plus l’effet de souffle sera destructeur.
Les spéculateurs attendent que les planètes s’alignent…attendent aussi que le rééchelonnement des dettes atteigne ses limites, ici ou là.
Des opportunistes et des profiteurs comme Andrew Carnegie, le roi de l’acier, ou comme John Rockefeller fondateur de la Standard Oil en 1929.
Leurs concurrents tombèrent les uns après les autres et se faisaient racheter pour une poignée de cacahuètes car ils n’avaient pas, eux, de réserves de trésorerie suffisantes, ils s’appuyaient sur des banques, les naïfs, avec des crédits autour du ventre… le scénario est toujours d’actualité, ce qui a fonctionné en 29 fonctionnera encore, comme Lehman Brothers et la cascade de faillites bancaires en 2008, le tout est de savoir quand cela se produira : en 2018, en 2020 ou en 2022, ou plus tard car ils sont patients, les bougres.
CQFD.
En France Total, VINCI, Sanofi, LVMH, une des premières capitalisations boursières, disposent de fonds propres à ne plus savoir qu’en faire. BNP Paribas et Crédit Agricole sont parmi les plus puissantes banques européennes.
Une douzaine d’entreprises gouvernent la France, toutes aux premières places du CAC 40. L’Etat français maintient ses positions auprès d’EDF (plus grosse réserve de cash) et de Renault mais n’a pas les moyens de s’opposer à leurs stratégies, un Etat qui, par la force des choses, devient complice ; un Etat qui tente de sauver les apparences quand il s’agit du salaire d’un PDG trop gourmand.
200 à 250 groupes dans le monde imposent leurs business model aux Etats et à leurs « administrés » qu’ils vont finir, tôt ou tard, par solliciter fiscalement parlant pour rembourser les dettes accumulées par ces voyous, par ces délinquants.
Socialisation des pertes contre privatisation des bénéfices, jamais le capitalisme financier n’avait été aussi loin dans le cynisme. Ils ne sont pas à une contradiction près...seul le résultat en bas de bilan compte.
Toutes ces entreprises ont délocalisé fiscalement une partie de leurs résultats, une cinquantaine d’entreprises nord-américaines ont dissimulé 1 600 milliards de dollars au fisc américain dans des paradis fiscaux…il faudra bien que tout cet argent serve à quelque chose un jour…
Le libéralisme rebat les cartes jusqu’au bout d’une logique dont il est le seul bénéficiaire, les plus gros prédateurs s’en sortent…et pour cause ! ils inventent les crises ! quand ils ne les inventent pas directement ils sont les premiers à se servir sur le cadavre de la bête, vous et moi.
Une vraie bonne grosse crise financière finira par pomper y compris nos propres épargnes… c’est à craindre.
Les Etats sont soumis et ne peuvent rien contre cette oligarchie hyper-puissante sauf à se mettre tous d’accord en même temps, sur une réglementation unique et une vraie transparence, ce dont les anglo-saxons, les Russes, le Japon et la Chine ne voudront jamais, la mondialisation s’arrête là où le libéralisme décide de lui imposer des limites.
Heureusement les planètes ne sont pas encore totalement alignées mais…
Le capitalisme économique libéral (et son corollaire la spéculation financière) est l’ennemi n° 1 des démocraties, l’ennemi n° de l’écologie, l’ennemi n° 1 de la planète.
Il est temps de sortir d’un individualisme généralisé, l’apathie et l’indifférence sont les meilleurs alliés du libéralisme.
Il est temps de s’organiser et de reprendre le pouvoir économique pour le mettre au service du Politique et du citoyen.
Ça urge !
« Il parait que la crise rend les riches plus riches et les pauvres plus pauvres. Je ne vois pas en quoi c’est une crise. Depuis que je suis petit c’est comme ça. » .
Coluche avait raison, il tenait ses propos dans les années 80…
Marre d'être pris pour des cons !
Marre d’être cocu !