L’Essentialisme est-il un humanisme ?

En opposant la France essentielle à la France non-essentielle, Emmanuel Macron s'en prend aux fondements même de la République, à sa devise et à ses promesses.

Ma copine Véronique tient un restaurant au bord du lac, elle avait eu du mal à faire vivre (survivre) son petit restaurant qu’elle tient avec son mari, Éric, elle en salle, lui aux fourneaux : le premier confinement avait complètement asséché sa trésorerie, elle vient de décider d’arrêter…c’est elle qui tient les comptes. Par pudeur pour Éric, et par amitié pour Véronique, je ne veux pas parler de sa réaction, je parle d’Éric, il se console…comme il peut…il a 38 ans, c’est dramatique !

Même chose pour un jeune couple qui venait de racheter la Capitainerie, à 250 mètres de Véronique, ils s’étaient endettés jusqu’au cou à la fin de l’été 2019, juste le temps de rénover la salle du restaurant, de refaire la carte, de réaménager la terrasse…le premier confinement les a mis à genoux, le second va les achever, Guillaume, le mari, est en dépression, ruiné. Jeune. Désespéré.

Christine, libraire, dans le petit village qui jouxte le mien : même cause, même effet, elle ferme la boutique avec un stock de bouquins sur le dos et les traites de son crédit qu’elle va devoir payer pendant au moins dix ans…elle est propriétaire des murs qu’elle avait fait construire…elle était juriste, elle s’était reconvertie dans ce métier qui la faisait rêver…

Il y a deux semaines j’avais pris la décision de ne plus critiquer la gestion catastrophique de la crise sanitaire par le gouvernement Macron en me disant que cela ne servait à rien, qu’il fallait faire front contre ce salopard de virus, tous ensemble, individuellement et collectivement.

Une petite musique tournait pourtant en boucle dans ma tête « ils se sont radicalement plantés depuis le début, la probabilité qu’ils se plantent encore est quand même très élevée », mais je m’en tenais à ma nouvelle résolution, j’allais me taire, il fallait que je me taise, je mettais mon masque par-dessus.

J’ai donc fait cet effort…mais là…comment dire ? J’ai envie de hurler !

La connerie vient de franchir une étape décisive dans sa course folle : elle vient de couper la France en deux !

À ma droite, la France essentielle, les hypermarchés, les grandes surfaces, Amazon et tous les gaffa, les gros, les grands, les gras, ceux qui se gavent de crises et de dividendes.

À ma gauche, la France « non essentielle », les théâtres, les cinémas, les librairies, les petits commerçants, les bars, les restaurants, les fleuristes, ceux qui crèvent ou qui vont crever. La culture en deuil, la convivialité en panne. La connerie en marche !

En cause la crise sanitaire, nous dit-on, cela mérite quand même une précision : l’urgence sanitaire en France est relative à l’état de la santé publique avec ses 5500 lits de réanimation pour une population qui tangente les 70 millions d’âmes ; chez nos voisins allemands, la notion d’urgence n’est pas la même que chez nous avec 25 000 lits…cela a des conséquences sur la gestion de tels évènements, sur la notion d’urgence qui est donc purement relative ; sans nier pour autant la gravité de l’épidémie.

En France c’est la crise du système de santé publique qui est devenu le facteur majeur d’aggravation de l’épidémie, nous ne savons pas comment faire face parce que nous ne pouvons pas faire face à cause d’une gestion financière catastrophique (de la santé publique, entre autres) depuis 20 ans. Avec Castex à la manœuvre dès 2007 !

Il faut « coute que coute » aligner le confinement sur nos carences sanitaires décidées, orchestrées, planifiées et magnifiées par des politiciens imprévoyants, c'est cela la réalité.

Alors, comme ça, il y a des gens qui décident de la vie et de la mort de Véronique, d’Éric, de Guillaume et de Christine ? Des politiciens qui osent leur dire que leur business n’est pas essentiel ? Qu’ils ne sont pas essentiels, parce que c’est cela que ça veut dire, ils ne servent donc à rien ? Leur vie n’est pas essentielle …

D’un côté il y a les gagnants, toujours les mêmes, les gros, de l’autre les petits qui ne survivront pas avec 1500 € d’aide.

Et comme un malheur n’arrive jamais seul, surtout avec cette bande de branquignols qui nous gouverne, nous sommes entrés dans un confinement à géométrie variable dont nous ne sortirons pas avant avril, mai ou juin 2021, avec deux ou trois vagues à venir, expliquent les épidémiologistes.

Ce confinement ne veut rien dire, c’est une aberration médicale, une injustice sociale et économique, un futur échec sanitaire, car 50 % des clusters parmi les plus actifs ne sont pas concernés, les lycées, les universités, mais surtout les entreprises privées et publiques.

Ma femme, Nathalie, est AESH dans un lycée, ne lui parlez pas de distanciation, ne lui parlez pas de mesures d’hygiène, ne lui parlez pas des masques…elle est au milieu de plusieurs centaines d’élèves dont le tiers environ ne porte pas de masques, le brassage est permanent. Sans le vouloir, elle me fait courir des risques, car je coche quatre critères de vulnérabilité, personne ne veut nous entendre, sa hiérarchie administrative fait la sourde oreille, mais Dieu merci, les syndicats nous filent un coup de main, ils sont très actifs comme en témoignent les grèves ici ou là.

L’Essentialisme n’est pas un humanisme, en plus d’être un non-sens complet, c’est une barbarie libérale, une de plus !

Puisque nous ne sommes pas très loin de Sartre, écoutons-le : « Toute destruction brouillonne affaiblit les faibles, enrichit les riches, accroît la puissance des puissants ». Dans Le diable et le bon dieu.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.