L’IGPN atteinte de surmenage aggravé, le nervous breakdown semble inévitable

La santé des enquêteurs de l’Inspection Générale de la Police Nationale, l’IGPN, est en jeu, l’heure est extrêmement grave, la situation devient de plus en plus préoccupante. À la date du 26 avril dernier, cette noble institution qui fait l’orgueil de toute la Nation était chargée de 220 enquêtes, beaucoup plus aujourd’hui...pas un jour, pas une intervention sans une enquête !

La santé des enquêteurs de l’Inspection Générale de la Police Nationale, l’IGPN, est en jeu, l’heure est extrêmement grave, la situation devient de plus en plus préoccupante.

À la date du 26 avril dernier, cette noble institution qui fait l’orgueil de toute la Nation était chargée de 220 enquêtes.

Noble institution, car la démocratie française, la République, a su se doter d’un contre-pouvoir vigilant et pointilleux qui ne laisse rien au hasard, nous y reviendrons.

Bon, soyons sérieux maintenant.

Pas un jour ne passe sans que l’IGPN ne soit saisie, elle doit faire la lumière sur les conditions d’interventions de ses collègues lors de barrages routiers ou de blocages de ronds-points, lors de manifestations, lors de…en fait dès que la police entre en action, et quelques soient les motifs, il y a enquête, pour résumer une situation quelque peu tendue en ce moment.

Au moindre saignement, au moindre petit bobo, une enquête.

Une vieille dame âgée de 73 ans se fait écraser par une brigade de la BAC : enquête.

Un petit groupe de manifestants écolos assis sur le pont de Sully se fait asperger de gaz lacrymogène à bout portant : enquête.

Steve, âgé de vingt-quatre ans, disparait dans la Loire après une charge de police : enquête.

Une main arrachée, un pied sectionné, un œil crevé, des traumatismes crâniens en veux-tu en voilà, l’IGPN doit mobiliser sur-le-champ ses meilleurs limiers pour comprendre comment on a pu en arriver là.

Ce n’est pas toujours facile-facile de comprendre le fonctionnement interne, pour ne pas dire intime des policiers, c’est un boulot ingrat, compliqué, très compliqué, personne n'est mieux qualifié qu'un policier pour enquêter sur un autre policier, ils ont leur langage et leurs petits secrets.

La tâche est immense, il faut parfois un an, deux ans, dix ans d’enquête pour répondre aux questions posées par leurs conditions d'interventions. On ne compte plus les « cold case ». Les mauvaises langues - la France Insoumise, bien sûr - affirment qu'il y aurait autant de « cold case »  qu'il y a de victimes, mais faut-il accorder du crédit à la FI ?

Comme dit un peu plus haut, les policiers de l’IGPN sont minutieux, leur peigne est très fin, rien n’est laissé au hasard, c’est pourquoi une enquête dure en moyenne deux ans et demi.

Il n’y a pas plus chronophage qu’une enquête menée par l’IGPN !

La lumière sur toutes ces affaires sera donc faite en 2519, peut-être 2520, mieux vaut tard que jamais.

Ce matin encore, en Savoie, une famille se fait expulser manu militari par la police qui en avait reçu l’ordre de la justice, bilan un mort, un papa cardiaque qui a claqué devant sa petite fille qui hurlait que son père était fragile, les voisins décrivent une scène violente, certains d’entre eux avaient également averti la police des malaises à répétition de ce jeune papa porteur d'un pacemaker dont le petit dernier, nouveau-né, est en couveuse à l’hôpital, il ne connaîtra jamais son père.

Ne larmoyons pas, ne nous attendrissons pas trop, après tout quand on est cardiaque on paye son loyer comme les autres, c’est le b.a.-ba du locataire. Les contrats de location devraient d’ailleurs rappeler aux cardiaques, aux cancéreux en phase 4, aux diabétiques et aux tétraplégiques que leur maladie ne les dispense pas de régler leur loyer en temps et en heure ; je propose même d’inclure une clause avec un coefficient de risque qui augmenterait le loyer afin de mieux couvrir les frais d’expulsion, un tétraplégique peut coûter très cher à la collectivité s’il faut le brancarder du 8e étage de sa HLM, le jour de l’expulsion. Ce n’est pas plus compliqué que cela, merde !

Une vieille dame dans le coma, un gamin disparu, un pied arraché, un œil crevé, un papa cardiaque qui meurt pour un loyer non payé et toujours la même question, une question lancinante, mais essentielle : la réponse des forces de l’ordre et les moyens employés étaient-ils proportionnels au délit ? Il y a plein de gens qui se posent encore la question, surtout à BFMTV et à LCI...

Une question essentielle, oui, d’accord, mais un peu tatillonne quand même.

Il faut vraiment avoir l’esprit mal tourné pour poser ce type de question, c’est du Mélenchon pur jus, je prends Melenchon au hasard, évidemment.

Quel salaud ce Mélenchon !

Madame Brigitte Julien, Directrice de l’IGPN depuis janvier dernier, s’insurge contre tous ceux qui dénoncent les « violences policières », pour elle, la notion de violence est, par nature, strictement incompatible avec la fonction de policier.

La police ne fait pas que crever un œil ou arracher une main ici ou là, la police transcende la violence. Oui, Madame ! Parfaitement, elle transcende, elle transcende beaucoup.

On ne peut tout de même pas reprocher à un requin de mordre, à un clébard d’aboyer, à Mireille Mathieu de chanter ou à Sarkozy et à Balkany d’aimer les billets de 500 €.

Mais où va-t-on ?

Elle n’a pas entièrement tort, Madame la Directrice : la vieille dame qui est venue agiter une pancarte sous le nez des policiers avec les gilets jaunes, Place Garibaldi, à Nice, Geneviève Legay, n’avait pas sa place dans une manifestation, elle était trop âgée, voilà tout. La question qu’il faut se poser n’est pas de savoir si la police est coupable d’avoir chargé puis écrasé Geneviève, non, la bonne question que pose Madame la Directrice de l’IGPN est : que faisait cette vieille dame ici, là, à l’heure précise, à la minute même où on a donné l’ordre aux policiers de charger. Elle s'est peut-être interposée. Elle s'est interposée, c'est évident !

Ça change tout ! C’est elle la coupable !

Si ce monsieur qui ne payait pas son loyer n’avait pas été cardiaque, il ne serait pas mort devant sa fille ce matin à Chambéry quand les policiers sont intervenus. Le fautif c’est ce cardiaque indélicat. Ou son cardiologue, éventuellement. Les voisins dénoncent une intervention musclée, oui, bon, d'accord, mais tout est relatif.

Ça change tout ! C’est lui le coupable !

Doublement coupable, cardiaque et pauvre ! Ah, l’ordure !

Quand on pense qu'il a osé se défendre et hurler devant ses enfants...quel spectacle ! quel exemple pour ces petits !

On ergote, on pinaille, on taille, on rogne, on disserte à l’infini, mais pendant ce temps-là, la police des polices est obligée d’enquêter pour un oui ou pour un non. Non ? Si ce n’est pas du gaspillage, ça y ressemble…

Avec Christophe Castaner aux opérations et Macron aux commandes, à ce régime-là, dans deux ans, il y aura dix fois plus d’enquêtes que d’enquêteurs…

Après on s’étonne que l’IGPN soit en situation de réel nervous breakdown…

Loin de moi l’idée de charger encore un peu plus la barque, mais quand même ! il serait peut-être temps d’enquêter aussi, dans la foulée, sur un taux de suicide anormalement élevé parmi les rangs de la police nationale, beaucoup plus élevé que dans d’autres professions. Il y a peut-être là, une relation de cause à effet, un lien, même indirect.

C’est sans doute le revers de la même médaille qui brille de mille éclats, médaille épinglée au veston de monsieur Castaner.  

Dans un beaucoup trop grand nombre de cas, un flic qui obéit aux ordres qu’il reçoit est, d’une certaine façon, lui aussi, mis en danger.

Il faut donc que l’IGPN enquête sur toute la chaîne de commandement de la police et de la gendarmerie.

Ne nous leurrons pas, cela ne va pas être facile, on s’en doute, non pas parce que le boulot de l’IGPN est précisément d’empêcher que l’on remonte à la source, politique notamment, non, bien sûr, mais parce que l’IGPN est surmenée, elle ne peut pas tout faire.

 

Billet dédié à Steve dont nous n'avons toujours aucune nouvelle et à cette petite fille qui a vu son papa mourir, ce matin, à Chambéry dans sa maison, car s'était sa maison.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.