Micheline a 66 ans, banquière à la retraite, elle a milité pour LaREM dès 2016 sans que l’on sache bien si le passé d’Emmanuel Macron à la banque Rothschild l’avait poussé à « marcher » de concert avec le sémillant jeune homme, alors simple candidat à la présidentielle.
L'oisiveté ou le hasard, nous allons y venir…
Depuis lundi, elle toussote, elle crachote, elle expectore, c’est pénible à voir ou à entendre, nous habitons juste en face.
Jean-Claude, son mari, était instituteur, fils d’instituteur et d’institutrice ; son père était Directeur de l’école communale, là où nous habitons, un « Monsieur » à ce que l’on dit dans le village, Nathalie et moi ne l’avons pas connu, il est mort le jour de l’élection de François Hollande, à cette époque nous habitions encore en Eure et Loir. C'est un détail.
Jean-Claude est un socialiste pur jus que rien ni personne ne peut décourager, il y en a encore…à 71 ans sa fibre socialiste est intacte, un véritable miracle !
Le dimanche 10 avril 2016, vers 9 heures, Micheline va acheter son pain à la boulangerie, juste à côté de l’église, comme elle le fait tous les dimanches matin, c’est ce jour-là que son destin a basculé. Et, accessoirement, celui de Jean-Claude, aussi.
Ce dimanche 10 avril, donc, Micheline entame une conversation des plus banales avec une Lyonnaise qui fait la queue à la boulangerie, juste devant elle, une certaine Agnès, qui passe ses week-ends ici, à côté de Roanne, nous sommes à 90 kilomètres de Lyon : Agnès est fonctionnaire municipale à la mairie de Lyon, elle travaille au même étage que le maire, Gérard Collomb…elles s'occupe des marchés publics de la métropole de Lyon et a pour mission d'enregistrer tous les appels d'offres et d'informer les heureux gagnants qui, généralement, savent bien avant elle qu'ils ont remporté le ou les marchés, cela crée des liens. Beaucoup de liens...
Au contact du maire « socialiste » de Lyon – qu’elle ne croise qu'une ou deux fois par an, au moment des fêtes de fin d’année, monsieur le maire est très généreux pour les étrennes, spécialement avec la direction des marchés publics, une vielle coutume – Agnès qui vient d'être titularisée se convertit au macronisme, auparavant elle se disait « plutôt sarkoziste tendance Raymond Barre », mais elle vient de changer de statut. Comme quoi un virus peut facilement en chasser un autre. Oui, l'opportunisme aussi, oui bien sûr, mais c'est humain.
Responsable de la cellule « Lyon 3 » pour LaREM, Agnès a réussi à convaincre Micheline de rejoindre les rangs du mouvement pestilentiel présidentiel encore naissant ; entre un bâtard « bien cuit », une baguette « moelleuse, juste à point » et un pain tordu « bien tordu », Agnès a réussi à retourner Micheline, en moins de cinq minutes…l’anecdote, m’explique Jean-Claude, veut que ce jour-là, Micheline oublie la baguette et le pain tordu (les pains préférés de son mari) elle est revenue avec le bâtard…trop cuit ! Reconnaissons avec Jean-Claude qu'un vieux bâtard trop cuit est indigeste.
C’est ainsi que Micheline est devenue secrétaire de section de LaREM dans notre circonscription. Au grand damne de son mari qui a vécu cela comme une trahison, pas qu’amoureuse.
Le maire de notre commune – LR, ex-sarkoziste, ex-filloniste, proche du RN – a très mal pris les choses. Macron est arrivé en tête des présidentielles, ici, chez nous !
Depuis, le couple bat de l’aile.
Aujourd’hui le diagnostic est clairement posé, Micheline est atteinte par le coronavirus Covid-19, elle est confinée chez elle et doit porter un masque en permanence, Jean-Claude aussi.
Ils ne s'adressent plus la paroles, font chambre à part et ne prennent plus jamais les repas ensemble.
Une question me taraude : si Micheline ne s’était pas accidentellement convertie au macronisme, aurait-elle échappé au coronavirus ? Ou mieux résister, peut-être ?
Puis d'autres questions se bousculent...
Le couple formé par Jean-Claude et Micheline aurait-il succombé au macronisme ? Ou au coronavirus ? Ou aux deux à la fois, la trop fameuse double peine ??
Les électeurs de Macron sont -ils tous aussi friables que Micheline, aussi influençables qu'elle ?
Le bâtard a-t-il été fatal au couple ?
Que se serait-il passé si elle était revenue avec une baguette moelleuse juste à point et un pain tordu, bien tordu, mais sans le bâtard trop cuit ?
Ces questions essentielles, et néanmoins existentielles n’intéressent que moi et Nathalie, Micheline et Jean-Claude viennent de décider de divorcer, la rupture est consommée après 45 ans de vie commune !
Quand on y pense, le hasard fait mal les choses...faire la queue à une boulangerie un dimanche matin d'avril peut s'avérer extrêmement risqué voire dangereux pour la santé. Et pour les couples !
Je ne veux pas être trop alarmiste ni créer d'inutiles paniques, mais souvenons-nous tout de même qu'Emmanuel Macron a passé le premier tour des présidentielles avec 18 % des inscrits, c'est peu sur le plan politique, c'est vrai, mais c'est colossal sur le plan épidémiologique, cela représente un réservoir de 8 280 000 porteurs sains du coronavirus (sur 46 millions d'électeurs), porteurs sains, porteurs sains...c'est très vite dit, restons prudents, certains sont très infectés, regardez Benjamin Griveaux, le pauvre. Mais combien au juste sont malades ? Très malades ? Irrécupérables ?
Il est temps de se poser les vraies questions parce que, entre vous et moi, quand ça veut pas, ça veut pas !