Bruno Painvin
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Billet de blog 6 oct. 2021

L’œil était dans la tombe et ne voyait plus rien !

J'ai passé un été avec un nouveau compagnon : un cancer. De l’œil. Il paraît que c'est très rare et grave...le regard des autres est pénible, voire culpabilisant, comme une faute, comme un crime. Oui, le regard des autres est accusateur, je suis devenu un monstre, une bête de foire le temps que l'on me pose une prothèse. Et la connerie continue sa route, cahin-caha...

Bruno Painvin
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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

J’ai passé d’excellentes vacances !

Un peu longues, il est vrai, sous un ciel maussade, la pluie, le vent et les chaleurs étouffantes se disputaient la vedette, la pluie est sortie gagnante, plus entêtée, plus constante, plus convaincante.

J’avais décidé de rester chez moi avec ma femme, Nathalie, j’attendais des amis, Jordi et Marta qui venaient de Barcelone ; François, Jacques et Denys qui venaient des quatre coins de la France, des vacances prometteuses, on allait rire, déconner, faire du VTT, picoler, parler politique ; des Catalans et des Français, de Carlos Puigdemont et de Macron en cas d’inactivité forcée ou morbide.

Quand on n'a rien à foutre d'intéressant, on parle de Macron, Macron est devenu le point Godwin de la connerie politique ; avec Zemmour en guest-star ! Soit dit entre nous, Zemmour est une aubaine pour Macron !

Je devais me faire opérer du cœur, une petite intervention, la seconde du genre à cause d’une arythmie récalcitrante.

Le chirurgien m’explique que cette fois il va utiliser la cryothérapie, il était intervenu 3 ans plus tôt, jour pour jour, en utilisant la radiofréquence.

« Non, ça ne fait pas mal, enfin...ça dépend des gens », m’explique-t-il pour me rassurer…je suis très rassuré, merci docteur !

Ça vous fait une belle jambe cette deuxième intervention, à moi aussi à une petite différence près : sous anesthésie générale pour la première opération, en radiofréquence, je n’avais rien ressenti, mais là… « Ben oui, monsieur, je carbonise une partie de votre muscle cardiaque, vous avez des douleurs comparables à celles de quelqu’un qui fait un infarctus, c'est la même logique ». « Non ! à quatre infarctus », il m’a cramé quatre fois, le salaud !

Une douleur épouvantable.

Les médecins ont un rapport étrangement distant avec la douleur, surtout en France, ils ne savent pas de quoi ils parlent contrairement, par exemple, aux curés qui eux savent de quoi ils parlent quand il s’agit d’enfants abusés, de pédophilie, mais ils n’en parlent jamais, c’est ce qui les différencie.

Nous sommes fin juin, l’opération est terminée, j’ai vite oublié les douleurs, j’organise l’arrivée de mes potes avec joie : je vais réserver un hôtel pour mes amis Catalans, des VTT électriques, je fais des parcours, je teste ; je fais du repérage, je réserve des petits restos sympas, typiques des environs pour les Français, on visitera le château de la Roche, la petite chapelle Saint-Sulpice au-dessus de la maison, nous irons nous balader dans les Monts de la Madeleine, je vais leur faire découvrir la Loire qui court 370 mètres plus bas et la moyenne montagne, en plein été c'est magnifique !

 Nous avons un lac, artificiel, bon, mais un beau lac. Le soir au coucher du soleil c'est vraiment beau, nous sommes entourés de montagnes.

Je vais passer d’excellentes vacances.

Je me gratte l’œil, le gauche, probablement une allergie, rien.

Le 13 juillet je lis des passages de l’interview de Macron : pas de vaccin obligatoire, mais généralisation du pass sanitaire…c’est la même chose en plus faux-cul, il veut pourrir la vie de ceux qui résistent au vaccin.

Je lis ce qu’en disent Mediapart et le Canard, les deux seules feuilles auxquelles je me suis abonné, j’ai un peu de mal à lire Mediapart, encore plus de mal à lire le Canard. C'est passager, surement.

Nathalie remarque que mon œil gauche est rouge…elle veut que j’aille consulter mon ophtalmo qui me soigne un début prometteur de DMLA  dans l’œil droit ; mon œil gauche est mon œil directeur, ma vue est, d’habitude, excellente de ce côté-là.

David S, mon ophtalmo, qui est devenu un assez bon copain en deux ans de soins, me prend à 9 heures en urgence, regarde mon œil, je le vois blêmir, il s’exclame « merde, je suis passé à côté ! ». Je m’entends lui demander bêtement, spontanément, naïvement « Passé à côté, mais à côté de quoi ? », il ne dit rien, triture ses instruments puis se lève « Bruno, il faut que tu ailles aux urgences ophtalmologiques de l’hôpital Nord de Saint-Étienne, tu as une masse ».

« Une masse, mais une masse de quoi ? » Je n’y suis pas, pas encore.

« C’est le mot que nous employons pour…pour… », il hésite.

« Une tumeur ? »

« Oui » me dit-il dans un souffle. Il ajoute, « assez grosse… »

« Aujourd’hui ? », j’ai encore des choses à faire pour mes amis Catalans, ils vont arriver dans quinze jours. Et les Français ? Denys, François, Jacques ?

« Tu y vas tout de suite ! maintenant ! »

J’arrive donc aux urgences au CHU de Saint-Étienne, Nathalie est avec moi, je redoute un mélanome uvéal, un cancer de l’œil, j’ai eu le temps de consulter plusieurs sites, Nathalie était sous sa douche quand je suis arrivé à la maison après ma visite au cabinet de David S, ils décrivent des symptômes qui ressemblent aux miens, je ne dis rien à ma femme, j’ai un peu la trouille, mais je veux lui épargner la peur, le stress, le mot cancer fait toujours peur, je veux la protéger…encore quelques heures.

Nous arrivons au CHU de Saint-Étienne vers 11 heures du matin, nous allons attendre 3 heures et demie, un jeune interne me prend, Nathalie est avec moi, il commence ses examens et je m’entends lui dire « C’est probablement un mélanome uvéal », je veux conjurer le sort, éviter la menace.

« Monsieur, nous avons à peine commencé l’examen, s’il vous plait ! ».

Deux heures après, le jeune interne appelle au secours son chef de service qui m’explique vouloir recommencer tous les examens, car « Effectivement, nous suspectons un mélanome, d’ailleurs assez volumineux ».

Le ton des médecins a changé, ils sont doux, calmes, pédagogiques, patients, compatissants, je suis en train d’entrer dans les statistiques, il n’y a que 600 mélanomes de l’œil par an en France, qui sait, je vais peut-être devenir une vedette ? Certains internes poussés par une saine curiosité professionnelle viennent voir les clichés, les infirmières me regardent discrètement, en l'espace de trois heures je ne suis plus le même homme. Aux yeux des autres.

« Ce n'est pas tous les jours qu'on voit un mélanome de l’œil, c'est mon premier ! », l'interne ne boude pas son plaisir, il va me demander un autographe, c'est certain.

Nous sommes jeudi soir, je dois annoncer à mes enfants que j’ai un cancer de l’œil, pas facile.

Le lundi j’ai rendez-vous au CHU avec une ophtalmo qui est formée au diagnostic de ce type de mélanome, elle a fait sa formation à Curie, à Paris, le premier centre européen de traitement de ce type de cancer.

Elle confirme, la bougresse !

Quelques jours plus tard, Curie confirme à son tour ! Il faut deux avis convergeant pour le diagnostic d'un cancer de l’œil, on ne peut pas faire de biopsie de l’œil.

Je demande au chirurgien de Curie qui vient de confirmer « Quel protocole thérapeutique pour moi ? » : « Énucléation, monsieur, la tumeur est trop grosse pour une autre approche ».

Bon, bon…

Dans mon dos, Nathalie éclate en sanglots devant le chirurgien, devant l’interne, devant les infirmières, je suis ému, je n’aime pas voir ma femme pleurer, mais alors pas du tout ! Je pense à elle, aux enfants.

« Madame pleure, mais de toute façon l’œil de votre mari était perdu, on ne peut plus rien faire d’autre, c’est dangereux un mélanome, le pire des cancers »

De quoi envisager l'avenir avec sérénité.

L'imparfait, mon œil est déjà mort...

Elle me donne l’adresse d’un oculariste qui « fait de très belles prothèses oculaires à Lyon, l’un des meilleurs que nous avons sélectionné ».

Je vais avoir du mal à faire du VTT, à me balader, je n’aurais pas le temps, je crois. Mes potes Catalans, les François, les Denys, les Jacques, il va falloir que je les prévienne.

Fait chier ce cancer !

Je vais vivre comme un monstre pendant six semaines, comme une bête de foire, un montreur d'ours le temps que la cicatrisation soit suffisante pour supporter une prothèse.

Je vais découvrir la honte d’être monstrueux, je pense à ces handicapés qu’on regarde comme des chiens galeux et je me dis « Pauvre con, il a fallu que tu perdes un œil pour t’en rendre compte ? ».

J’entre un lundi matin à Curie, vers 11 heures, ils m’enlèvent l’œil gauche à  13 heures sous anesthésie générale, bien sûr ; le lendemain je reviens chez moi en voiture avec Nathalie au volant, je souffre mille morts malgré le tramadol, le doliprane, malgré cinq injections de morphine après l’opération, en salle de réveil, malgré les antiinflammatoires que le chirurgien à injecté dans la cavité orbitale, malgré les antibiotiques : à chaque fois que je regarde à droite ou à gauche, mon cerveau donne l’ordre aux deux cavités orbitales d’utiliser leurs muscles pour faciliter la rotation…d’un œil qui n’est plus là, qui vient d’être enlevé, avec des muscles recousus pour aider la future prothèse à bouger, à suivre les mouvements de l’œil droit, un peu…c’est con un cerveau ! C’est autoritaire un cerveau ! C'est très têtu un cerveau ! Personne au-dessus pour dire non, fais gaffe, à gauche il n'a plus d’œil, ses muscles viennent tout juste d'être suturés...

Macron est un cerveau, rien qu’un cerveau !

Nous avons 540 kilomètres à faire, deux de mes cinq enfants m’attendent à Roanne, il va falloir que je fasse bonne figure, ne pas trop leur parler de la douleur, ne pas trop leur dire que j’ai la trouille avec cette saloperie de cancer, que j’ai des IRM à faire, que les métastases…mais pas de tabous non plus, il va falloir que je vise juste, je ne veux pas qu’ils souffrent, qu’ils aient peur pour moi.

Il faut que je montre que je suis lucide, mais déterminé à lutter.

J’ai peur, j’ai mal, je suis au fond d’un trou.

Je suis assommé par le tramadol, mais je ne veux pas dormir, fermer les yeux…faire la nuit totale avec un seul œil, mais que va faire mon cerveau avec ce vide atroce, là, à gauche ?

Je ferme les yeux, mon œil gauche me renvoie des marbrures mouvantes dont je ne soupçonnais pas l’existence, c’est beau, c’est terrifiant.

Le chirurgien m’avait prévenu, les membres fantômes, un cil dans l’œil, une démangeaison, des hallucinations visuelles sur un œil absent, mort, disparu… oui, il a eu raison de me prévenir !

J’ai peur de la nuit, peur du noir.

Mardi matin, je me lève, je découvre les joies d’une vision en 2D, j’ai toujours été en retrait avec la technologie, mais là…plus de relief, je dois avancer mes mains pour ajuster le tir, elles doivent m’aider à saisir un verre sinon, je vais verser l’eau à côté.

Mon équilibre est des plus instable, un trottoir me fait peur, je trébuche…

La douleur est têtue, le tramadol me soulage un peu, de mieux en mieux.

Au bout de cinq jours, j’arrête d’en prendre, reste le doliprane.

Je pense à Curie : ils me font arriver un lundi matin vers 10 heures ou 11 heures et m’opèrent à 13 heures pour me laisser repartir le lendemain matin vers 11 heures ! Mais j’ai un cancer, moi ! j’ai perdu un œil, moi !

Un peu de considération, tout de même !

Je l'aimais bien, mon œil !

J’aurais été opéré d’un ongle incarné, je pourrais comprendre, mais là...

En sortant de Curie, je prends un ascenseur, mais je ne vois pas une petite table basse, à ma gauche...je trébuche, Nathalie pousse un cri, je fais l'apprentissage de la vision monoculaire. Les médecins vont m'expliquer que la plasticité neuronale va élargir le champ de vision de mon œil droit, qu'il faut être patient...avec des bleus à la jambe gauche et des tasses de café renversées, la plasticité neuronale va se développer encore plus vite...

Je ne vais plus pouvoir conduire, je vais rester chez moi à vieillir, à pourrir sur pieds, mes enfants me regarderont avec un regard triste, ma femme finira par se lasser, je vais m’éteindre petit à petit.

Je glisse, je dévisse, la dépression frappe à ma porte, je la laisse entrer.

Elle est laide, elle sent mauvais, son haleine est celle d’un coyote, ses griffes qui essayent de s’accrocher à ma peau sont recourbées, sales et repoussantes, j’ai été opéré il y a une semaine jour pour jour, j’ai perdu un œil à cause de…à cause de …je ne sais pas, mais je suis en train de devenir une victime, je m’apitoie sur mon triste sort.

Mais ça va pas la tête ?

Tu te prends pour qui, mon pote ?

Je saute de mon lit, je m’habille, je demande à Nathalie de venir avec moi, je vais faire des courses ! Tout de suite, là, maintenant !

« Des courses, mais tu es fou !», elle est terrorisée.

« Non, je ne suis pas fou, mais je suis en train de me laisser aller, je baisse les bras, il en n'est pas question, tu vas te mettre à ma droite, à la place des grands brulés avec le bol qu’on a et tu me diras si je conduis bien, tu me corrigeras, tu me guideras, pas question de me laisser aller, il y a pire que moi »

Elle a peur, mais elle me sourit, elle connait la bête.

Trente bornes dans Roanne !

Sans aucun problème !

Je fais très attention, évidemment, j’ai peur de ne pas voir l’obstacle à gauche, le piéton que je vais écraser…par exemple, si jamais Zemmour traverse, là, devant moi...un malheur est si vite arrivé, monsieur l'agent, ce monsieur était dans l'angle mort...il est mort, vraiment ?

Le lendemain je reprends le sport sur les conseils de mon chirurgien de frère, cardiologue, il exerce à Toronto.

Je croise des inconnus, ici où là, dans un magasin, dans ma salle de sport, dans la salle d’attente de mon médecin traitant, chez mon coiffeur, certains n’hésitent pas à m’apostropher « Mais qu’est-ce qu’il a votre œil ? » « Mais qu’est-ce que vous avez fait à votre œil ? », « C’est comme un tic, à force de le mâchouiller comme un chewing-gum, je l'ai accidentellement gobé, comme un œuf  cru ! », la caissière me regarde, incrédule, les gens derrière moi sourient ou baissent les yeux pudiquement, il n’y a pas de demi-mesure.

Il faut dire que mon œil est brillant, vide, creux, sans relief, uniforme, sans couleur, pas d’iris, un peu rouge foncé encore, mais très brillant à cause d’un conformateur en plastic ajouré que le chirurgien à installé dans la cavité orbitale pour maintenir un espace afin que la future prothèse trouve de la place.

Les paupières sont entrouvertes, quand j'écarquille les yeux c'est un cauchemar.

Au club de sport, après une quinzaine d’interrogations de ce type en six semaines, fatigué et agacé de répondre à ces questions, un jeune gars accompagné de sa femme m’interpelle « Mais il a quoi votre œil ? », je lui ai répondu « J’ai eu un petit problème, les chirurgiens ont décidé de m’implanter un œil électronique, c’est pour cette raison qu’il est si brillant, je vois bien le jour, mais la nuit, ou dans la pénombre, sans lumière naturelle comme ici, je vois mieux que vous, par exemple là, je vois au travers de vos vêtements » et je fais semblant de déshabiller sa femme de mon œil bionique !

La gérante de la salle, Laura, se marre, elle connait mon esprit facétieux.

On ne se refait pas !

Je me suis rendu compte que lorsque je suis dans l'obscurité, sans lumière, la nuit, ma vision est très limitée, mais mon œil droit se rapproche très près de mon œil mort, il n'y a plus de différences entre l'un et l'autre, mon cerveau est content ; moi aussi.

Non, c'est le matin en se réveillant que c'est le plus pénible, une nouvelle journée monoculaire...au cas ou j'aurais oublié ; plus les heures passent et plus j'oublie mon œil.

Le cancer n’est pas honteux, le regard des autres sur une infirmité, sur un handicap, est culpabilisant, on a l’impression d’avoir fait une connerie, d’être un monstre. Les juifs hier, les musulmans aujourd’hui doivent ressentir cette culpabilité, ils sont « de trop », ils « dérangent ».

J’en suis.

Mais je ne suis pas mort, pas encore.

Mon meilleur pote, Pierre, un rien provocateur, me conseille de me faire poser une prothèse rose en signe de solidarité avec les gays ; mon beau-frère préférerait le bleu azur...il me reste un œil marron foncé, donc on se marre, forcément.

Hier chez l'oculariste pour la prise d'empreinte (silicone chaud), on mesure, on photographie, on va, on vient, Virginie qui est spécialisée en micro-peinture commence à peindre l'iris, elle vient 5 fois pour s'assurer que la couleur de la prothèse sera exactement celle de mon œil valide. Elle va même peindre des vaisseaux sanguins.

Je fais la blague de Pierre, l’œil rose, elle se marre, l'oculariste aussi, Nathalie intervient « Derrière la prothèse vous pouvez graver quelque chose ? », oui lui répond Virginie, Nathalie propose « Fuck you ! »

On se marre comme des bossus tous ensemble, Nathalie explique que des inconnus m'assaillent de questions sur l'apparence de mon œil, voilà la réponse qu'ils méritent, mais c'est vrai qu'on a quand même le droit de se marrer, merde !

Ma fille Victoria a mis au monde une petite Emma, ronde, potelée, elle porte déjà des jupes, des robes, elle a trois semaines à peine, elle regarde sa maman, ma fille, avec amour. Je vois dans ses yeux ce que je ressens pour chacun de mes bébés, cela me donne une force incroyable.

Nathalie est là, comme un rappel de ce que la vie propose de plus beau, de plus durable, de très fort.

Mes filles sont là, à côté de ma femme, en soutien.

Mon fils ne dit rien, mais il m’observe pour savoir si j’ai peur, si j’ai mal.

Mes amis m’appellent.

Je fais du sport.

Le vie est là, elle me tend les bras. Même avec un seul œil, je vais la saisir !

Zemmour arrive en même temps que je commence ma cicatrisation, curieuse coïncidence, il grimperait dans les sondages, les télés en raffolent ; Macron est en campagne, la droite est au sommet, la gauche s’enfonce, les verts sont présents, timides, maladroits, naïfs, mais utiles, si nécessaires, ils pourraient réinventer la gauche, mais ils ne savent pas encore comment.

J’entends des journalistes nous expliquer que Macron n'est pas le président des riches...les bras m'en tombent, déjà que je n'ai plus qu'un œil ...

Tapie mort fait l'unanimité...Sarkozy qui n'en loupe pas une sera de la messe, il aimait Tapie ! Très beaucoup cher ...avec l'argent des contribuables !

La France serait donc très majoritairement à droite, à l'extrême droite...Ciotti qui déclare à Zemmour « Je suis ton père, j'abordais les mêmes sujets, je disais les mêmes choses que toi bien avant ta naissance »

Et il en est fier, ce con !

Plus la droite se décomplexe et plus elle est monstrueuse, toxique, fascisante, il n'y a plus de limites !

Tous ces cons qui osent interpeller mon œil brillant sans pudeur, sans retenue, au risque de heurter la mienne, de pudeur, ma gène, ma honte involontaire, ne se rendent pas compte de la force qu’ils me donnent : la connerie n’a pas de limite ; ma combativité et mon espoir non plus !

Ceux qui m'interpellent votent-ils pour Zemmour ? Des fans de Tapie ? De Sarkozy ? de Macron ?

Il n'y a vraiment rien à dire d'autre sur Tapie ? Faut-il l'encenser à ce point ? Cette unanimité me donne des hauts le cœur.

Il parait que Joséphine Baker serait panthénoïsisée par Macron…et Mireille Mathieu alors ? Et Claude François ? Il les aime ses éloges funèbres le Macron !

Je me rends compte que mon petit cancer ne pèse pas grand-chose contre la connerie envahissante qui propulse Zemmour au zénith ; que la vie, l’amour et l’amitié l’emporteront toujours ; que je peux rester lucide avec un seul œil ; qu’il se passera ce qui doit se passer, nous en sommes tous là.

On me pose la prothèse oculaire lundi, nous irons à Barcelone voir Max et sa petite sœur, Emma qui vient de naître, nous resterons une semaine à Barcelone. J'ai hâte !

Dire que j’ai passé d’excellentes vacances serait excessif, déplacé, incongru, mais il y a là une vérité : je vais profiter du présent sans aucune retenue !

Je reste moi.

J’emmerde les cons.

J’emmerde les cancers ; dont Zemmour, Sarkozy et Macron.

Finalement, à la réflexion, il y a deux types de personnes : ceux qui désespèrent et se résignent et les autres.

J’appartiens aux « autres ».

Définitivement !

« Et la larme de l’œil rit du bruit de la bouche ». De Victor Hugo / Les Contemplations.

P.-S. – Merci à celles et à ceux qui m’ont interrogé sur mon silence depuis quelques semaines : je n’ai pas eu l’énergie de vous répondre, l'énergie ou le courage, je ne sais pas, j’ai mis du temps à trouver un équilibre entre la lucidité et la pudeur, entre l'impudeur et le déni, je compte sur votre indulgence. Y compris pour ce billet. Surtout pour ce billet !

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