60 millions de fichés « S », « S » comme « suspect ».

Sous la pression ultra sécuritaire et sous le coup d’une émotion envahissante qui impose sa dictature au même titre que la connerie que nous essayons de dénoncer ici, Hollande et Cazeneuve ambitionnent d’utiliser les ressources du cloud computing, du big data, du data mining et des algorithmes les plus sophistiqués pour ficher 60 millions de Français. La Grande Honte.

 

En 1940 déjà le gouvernement de Vichy en rêvait, les juifs, les communistes et les francs-maçons étaient dans le viseur.

En 1950 la Stasi fichait la quasi-totalité des allemands de l’Est, dissidents et contestataires en priorité.

Lavrenti Pavlovitch Béria alors chef du NKVD – entre 1938 et 1945 – fabriquait des fichiers « sur mesure » dès qu’il fallait éliminer un opposant, un « traître à la cause du peuple », des juifs aussi, Béria que Staline présentait, la bave aux lèvres,  comme le chef de sa Gestapo ou encore comme « notre Himmler » devant un Ribbentrop qui n’en demandait pas tant, devant un Roosevelt ébahi. 

Hier les juifs, les communistes, les dissidents, les francs-maçons, les Tsiganes européens, des génocides, des millions de morts, des millions de corps suppliciés.

Aujourd’hui les criminels, les terroristes, des musulmans parmi des musulmans, on ne sait pas encore qui exactement, des Salafistes disent les spécialistes, mais grâce au fichier, demain on saura…

Sous la pression ultra sécuritaire et sous le coup d’une émotion envahissante qui impose sa dictature au même titre que la connerie que nous essayons de dénoncer ici, Hollande et Cazeneuve ambitionnent d’utiliser les ressources du cloud computing, du big data, du data mining et des algorithmes les plus sophistiqués pour ficher les 60 millions de Français titulaires d’une carte d’identité et/ou d’un passeport biométrique.

Demain la totalité des Français, tous potentiellement supects.

Sans nuance, sans distinction et au risque de laisser entrouverte la porte aux hackers les plus fous, je parle de ces nouveaux dictateurs que sont les Etats qui disposent de tous les moyens et de toutes les compétences pour violer les firewalls les plus récalcitrants.

« Nouveaux » dictateurs, faut voir…

On le sait aujourd’hui beaucoup mieux qu’hier,  aucun système informatique ne peut résister aux attaques malveillantes  d’un Etat voyou et malheureusement la voyoucratie n’a pas de frontière, USA, Russie, Angleterre, France, Allemagne, tout ce petit monde maîtrise parfaitement les techniques d’espionnage informatique, nous en avons des preuves tous les jours, encore récemment, Poutine n’est pas le seul mais il a l’air plus coupable qu’Obama, c’est plus facile.

Ce fichier de la honte s’enrichira de données personnelles dont on trouvera les traces sur les réseaux sociaux, « y a plus qu’à se servir » rigolent déjà policiers, barbouzes et autres officines plus ou moins légales.

On objectera que l’exploitation commerciale des données personnelles est déjà largement acceptée par tous ceux qui utilisent un smartphone, un pc et qu’à partir d’une connexion IP (IPv6) on peut retracer chacun de nos « mouvements », au moindre clic, dès la première touche du clavier.

Loin d’être une objection recevable cela renforce mes craintes, la culture technique qui permet d’ajuster et d’adapter nos consultations par rapport à notre « profil » me fait craindre le pire et le pire est devant nous, les barbouzes et le marketing font le même métier, ils exploitent les mêmes données.

Hier soir, au beau milieu de la nuit je crois, j’ai fait un cauchemar : j’étais allongé sur un lit de camp dans une prison froide et humide, le bourreau m’obligeait à lire et à relire tous les billets rédigés par Vingtras, par Juliette Keating et par Victorayoli dans Médiapart depuis plusieurs années…jusque là j’ai nié mais une fois arrivé à mes propres billets j’ai dû avouer, tout avouer…

« Oui, Monsieur le bourreau, je lutte contre la connerie envahissante, contre vous »

 

P.S : La notion de torture est, ici, parfaitement subjective : si j'ai résisté en relisant les excellents billets de mes trois amis j'ai craqué en relisant les miens, je tiens à le préciser.

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