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Billet de blog 6 février 2017

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L'ennemi public N° 1, le capitalisme : lire ou relire Jean-Claude Michéa

Le bric-à-brac politique et culturel ne doit pas nous éloigner d'un enjeu fondamental : il s'agit de combattre le capitalisme et son avatar, le libéralisme, il faut lutter contre l'encerclement !

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Nous vivons et évoluons dans un supermarché politique et culturel qui propose toute sorte de choses, un bric-à-brac idéologique « alimentaire » où se croisent indifféremment Fillon, Macron, Le Pen, Drucker, Finkielkraut, Kim Kardashian et Lionel Messi, sous l’œil goguenard de la Fée Crochue qui prend les traits d’Agnès Verdier-Molinié sponsorisée par un Vincent Bolloré dont la hardiesse n’a plus de limite.

L’illusion est double : il s’agit de faire croire qu’on va y trouver « à boire et à manger » et, surtout, qu’il n’y a pas d’autre choix.

On aime ou on n’aime pas, on est pour ou contre, on a même le droit de proposer une alternative « réformiste », les anorexiques du Sud engagent un dialogue passionné et nerveux contre les boulimiques du Nord dont la surcharge pondérale risque de leur être fatale, si j’en crois Michel Onfray.

Les maigres contre les gros, les grands contre les petits, les blancs contre les noirs, les cathos contre les musulmans, les riches contre les pauvres, les hétéros contre les homos, les anti IVG contre les pro IVG, les pro Messi contre les pro Ronaldo  etc.

Un manichéisme qui se résume à une question simple : êtes-vous pour ou pour le libéralisme économique ?

Effectivement soit on est pour, soit on est pour, l’émotion est telle, le suspens est tel, la mise en scène est telle que les « pour » en viennent aux mains contre les « pour » : Fillon contre Macron, Le Pen contre Fillon, Juppé contre Macron, Messi contre Ronaldo, Kim Kardashian contre Paris Hilton, Mélenchon contre Hamon, Drucker contre Calvi…

Face à ces multiples manipulations libérales, face à ce vide sidéral et contrairement à ce qu’on essaye de nous faire croire il y a « autre chose » que le débat Onfray-Finkielkraut.

D’abord il convient de s’arrêter et de faire une pause : il est urgent de prendre son temps ! il est urgent de se désintoxiquer de tous ces faux débats, les émotions véhiculées sont nos pires ennemis, un piège, laissons Fillon là où il est, dans sa merde qui, quoi que nous fassions,  ne sera jamais la nôtre !

Il faut faire l’effort de se plonger dans la lecture d’une pensée intransigeante, celle de Jean-Claude Michéa, prof de Philo à Montpellier, à la retraite maintenant, dont la plume est aussi précise que ses apparitions médiatiques sont rares, un (bon) signe qui ne trompe pas, pour une fois !

Son dernier bouquin paru il y a un mois s’intitule « Notre ennemi, le capital » : il revient sur les liens étroits qui unissent le libéralisme économique et le libéralisme politique et culturel.

Jean-Claude Michéa est sans aucun doute celui qui est allé le plus loin dans la contestation du capitalisme, ses arguments sont incontournables.

Il explique notamment que la progression du FN résulte de l’abandon par la gauche de toute critique cohérente du capital, l’abandon des classes populaires en découle directement.

Il fait un focus sur ce qu’il appelle le « common decency » un concept emprunté à George Orwell dont il est un grand spécialiste, il parle « des valeur d’entraides populaires »  qu’il décrit dans une interview à l’Obs en ces termes :

« Quant à ces valeurs d’entraide populaires dont vous vous demandez naïvement, et de façon très parisienne, si elles ont jamais existé, il serait bon que vous vous posiez au moins une fois la question suivante : par quel miracle, en effet, les gens ordinaires – dont la plus grande partie ne gagne même pas 2 000 € par mois – pourraient-ils faire face aux inévitables aléas de la vie quotidienne – perte d’emploi ou chute dans la précarité, dégât des eaux, déménagement imposé, cambriolage, problème de santé, etc. – sans cette pratique traditionnelle de l’entraide et du «coup de main» entre parents, voisins, amis ou collègues, qui constitue justement le principe de toute common decency? J’ai chaque jour, quant à moi, la réponse concrète sous les yeux. »

Supporter de PODEMOS et soutien des partisans de la décroissance, Jean-Claude Michéa est un des rares philosophes à s’inspirer encore de Marx ce qui, à mes yeux en tout cas, reste déterminant.

Faites un détour par Michéa, vous ne le regretterez pas !

« Notre ennemi, le capital » chez FLAMMARION, Collection « Climats »

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