Hier matin, 10h05, je viens de me faire injecter ma première dose d’AstraZeneca …

Les effets secondaires du vaccin AstraZeneca ne sont pas forcément ceux dont on parle le plus, ni les plus nocifs ...

J’attends patiemment un quart d’heure dans la salle attenante à celle où je viens de me faire injecter ma première dose d’AstraZeneca, au cas où je ferais « un choc anaphylactique » me dit l’infirmière qui m’a piqué, « c’est le protocole, monsieur » ajoute-t-elle d’un ton qui ne souffre pas la moindre contestation.

Le choc en question se fait attendre …je n’ai pas mal au point d’injection, mais je sais pour l’avoir lu sur la brochure que l’on ma remise en arrivant que je risque d’avoir de la fièvre, des courbatures et peut-être des migraines.

Des migraines ? Merde alors ! Tout ce que je déteste, j’ai horreur des migraines !

L’œil rivé à ma montre, je décide de rentrer chez moi, seize ou dix-sept minutes après l’injection, il est 10h22, 23 …

En descendant je me demande ce qui pourrait bien se passer si jamais, par malheur, je fais un choc anaphylactique dans l’ascenseur qui descend du 3e au rez-de-chaussée, je suis seul dans ce fichu ascenseur …terriblement seul. Si jamais cette saloperie d’ascenseur se bloque entre deux étages au moment même où je fais un œdème de Quincke

On me retrouvera mort le temps que les pompiers interviennent, avec de la bave autour des lèvres, un spectacle épouvantable en perspective, une mort atroce, tout cela parce que je n’ai pas attendu un petit peu plus …

Et cette migraine qui menace de me tordre les méninges …

J’en suis là de mes réflexions à imaginer l’abominable week-end qui m’attend, je traverse la rue qui me sépare de l’hôpital pour accéder au parking, mais je ne vois pas une petite camionnette de la Poste sur ma droite, je ne l’entends pas non plus, elle fonctionne à l’électricité, la conductrice freine brutalement et s’arrête à hauteur de mon tibia droit dans un crissement de pneus qui braque brutalement tous les regards sur moi, malades à la porte d’entrée de l’hôpital qui fument des cigarettes avec une seringue plantée dans le bras, badauds, nouveaux arrivants, ambulanciers …je m’excuse auprès de la gentille postière, je tente une petite blagounette en lui expliquant que de toute façon je n’étais pas loin des urgences, elle a l’air de ne pas trop gouter mon humour.

Je monte dans ma voiture, je m’approche du portail et de la borne, il y a un vieux monsieur au volant de sa voiture qui tente d’insérer sa carte dans la fente, mais la machine refuse et recrache obstinément ce foutu ticket de merde. Le bonhomme s’entête, il tourne le ticket, le retourne, le met à l’envers, mais rien n’y fait, la machine n’en veut pas, les voitures s’agglutinent derrière moi, trois voitures puis cinq, dix peut-être.

Derrière le pauvre homme, c'est-à-dire juste devant moi, un jeune type sort de sa voiture et commence à s’énerver, le ton monte ; je le vois ouvrir la portière du vieil homme qui a du mal à s’extirper de sa petite voiture, il est franchement obèse, il est peut-être venu se faire vacciner, je ne sais pas, il n’a pas d’âge, mais il respire mal, je décide donc de sortir pour calmer les choses, j’essaye de raisonner le jeune gars qui m’intime l’ordre de « fermer ma gueule » en me tutoyant.

Je fais semblant de ne pas l’entendre et j’explique au vieux monsieur qu’il peut reculer en serrant à gauche pour laisser les voitures sortir du parking, le temps d’aller voir l’hôtesse d’accueil de l’hôpital pour changer de ticket.

« Tu te crois plus intelligent que les autres, tu me prends pour un con, c’est ça ? », c’est à moi qu’il s’en prend maintenant.

Je ne dis rien, j’attends qu’il remonte dans sa voiture et qu’il parte.

Je vois le vieux bonhomme claudiquer péniblement vers l’hôpital, il a une jambe qui ne le soutient pas, il tangue de gauche à droite de son buste disproportionné qui fait contrepoids, il s’éloigne, il me fait un peu de peine.

Le jeune con démarre sur les chapeaux de roues, tous les gens se retournent et me regardent d’un air réprobateur …non ce n’est pas moi qui …je suis repéré me dis-je avec une pointe de paranoïa.

Décidément, ce n’est pas mon jour.

En arrivant, Nathalie, ma femme, me demande si tout c'est bien passé, si j’ai mal, non je n’ai pas mal, non je n’ai pas attendu, oui tout va bien.

Je lui explique les effets indésirables, le choc anaphylactique, la migraine, la postière qui a failli m’écraser et ce jeune con qui a agressé le pauvre gros pépère sur le parking.

Et là, Nathalie entre dans une colère noire « Un jour tu vas recevoir un mauvais coup à force de t’interposer comme ça, tu n’as plus l’âge de … »

  • Et alors, il faut laisser un pauvre homme se faire agresser devant toi sans rien dire, dans l’indifférence ?
  • Mais tu sais que tu as 80 ans moins 13 ans ?

L’attaque est frontale, rude, brutale, j’ai 67 ans, en effet …80 moins 13 ! je ne m’en étais pas rendu compte, je suis un vieillard, je vais bientôt décéder, si ce n’est pas du coronavirus ou des effets secondaires de cette saloperie de vaccin, ce sera d’autres choses, mes jours sont comptés.

C’est la première fois que nous nous nous aboyons dessus depuis …depuis des années !

Décidément, ce n’est pas mon jour.

Je pars bouder dans mon bureau.

En allumant mon écran d’ordinateur, je pense aux infirmiers, au personnel soignant qui refuse de se faire inoculer l’AstraZeneca, certains invoquent le risque de se faire injecter une micropuce par Microsoft ou par Google …quels cons !

J’ouvre Médiapart et je tombe sur un article signé de Lise Barnéoud « Pfizer ou Moderna, plutôt qu’Astrazeneca ? » avec un sous-titre qui en dit long « Les pièges d’une vaccination à la carte ».

Je commence à lire l’article, je me sens encore plus concerné, évidemment, en plein milieu du premier paragraphe mon ordinateur s’éteint …écran noir, plus rien ! L’unité centrale s’éteint.

Plantage total.

Cela ne m’était jamais arrivé …

Mais alors ?

Je serais pucé ?

Décidément, ce n’est pas mon jour.

Ma fille, Victoria, psychologue clinicienne à l'Hôpital universitaire Bellvitge de Barcelone, l’équivalent de nos CHU, m’appelle, je lui explique que je viens de me faire vacciner …

  • Avec quel vaccin ? me demande-t-elle immédiatement, à sa voix je devine son inquiétude.
  • Astra …je n’ai pas le temps de continuer, elle m’explique que c’est le plus mauvais vaccin, personne n’en veut ici à l’hôpital, papa me dit-elle passablement inquiète…

Décidément, ce n’est pas mon jour.

Je sors pour prendre l’air, il fait frais, six petits degrés, je relève le courrier dans la boite aux lettres, je tombe sur une publicité des Pompes Funèbres Générales « Vous accompagner, bien au-delà … », ça tombe bien, j’ai déjà un pied dans la tombe, AstraZeneca, 80-13 ...

Sous la pression, avec ce liquide qui rampe dans mes veines et dont je ne sais rien, j’explose, je me mets à hurler que « Je n’ai pas eu le choix, bande de connards, c’est l’urgence sanitaire, je suis un pion, vous êtes tous des pions comme moi, vous me faites tous chier, merde ! »

Un jogger passait là, dans ma rue, un gros costaud, les cheveux rasés, des yeux enfoncés dans leurs orbites, le nez écrasé, il arrête net sa course et se rapproche de moi, l’air menaçant …

Il me demande si ça va, sa voix est rauque, mais douce, calme, posée, il me sourit, je lis sur son sweatshirt rose délavé « Gay Pride Paris 2021 ».

  • Ah, oui, vous êtes …vous croyez que vous allez pouvoir défiler ? Je bafouille …
  • Même si on n’a pas le droit, on défilera, on ne va pas se laisser enfermer indéfiniment. Vous devriez venir avec nous, c’est sympa me dit-il.

C’est décidé, j’irai défiler à la gay pride en juin à Paris, la résistance n’a pas de frontière, après tout.

D’ici là, il faut que je survive à ce satané vaccin, demain sera un autre jour.

Peut-être.

En rentrant dans la maison avec le courrier dans la main, Nathalie me voit, elle m’observe, je lui explique ma rencontre avec Christian, le jogger gay.

  • Ah bon, tu vas défiler avec les gays ?
  • Ben oui, pourquoi pas ?
  • Ça tombe bien, j’ai un casting au Lido, il parait que les femmes de 61 ans sont très recherchées

Quand ça veut pas, ça veut pas …

Saloperie de vaccin !

 

 

 

 

 

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