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Billet de blog 7 février 2020

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Accusé de pourrir la vie de ses voisins en vantant les mérites d’Emmanuel Macron…

Le parcours chaotique et pitoyable d'un marcheur de la première heure...

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Joseph Sangleboeuf est un marcheur de la première heure, socialiste hollandais dès juin 2012, après avoir été successivement mitterrandiste, fabiusien et rocardien, mais jamais chevènementiste, il prend sa carte LaREM en juillet 2016.

D’aucuns qualifieraient son parcours d’erratique, né le 4 octobre 1958, le jour de l’entrée en vigueur de la Ve République, Joseph Sangleboeuf, alors à peine âgé de 10 ans, est hospitalisé à la suite d’un pavé reçu en pleine figure, un pavé maladroitement lancé par un manifestant – jeune étudiant contestataire, ami très proche de sa jeune mère fraichement divorcée, NDLR – placé à l’arrière de la barricade sur laquelle il se trouvait, le 13 mai 1968, Boulevard Saint-Germain, vers 16 heures.

Le jeune Joseph était malheureusement positionné sur la trajectoire mal ajustée du projectile normalement destiné aux forces de l’ordre : son destin était tracé, il en porterait les stigmates pour le restant de ses jours.

En mai 1974, Joseph qui vient de terminer une puberté atone autant qu’insipide se déclare giscardien, il suit des cours d’accordéon à la salle polyvalente de Bougival, dans les Yvelines, sans grand talent, mais avec assiduité. Il fera partie de l’orchestre municipal du 14 juillet 1978, jour de fête nationale et de liesse populaire, son jour de gloire.

Sa soudaine notoriété le place sur le devant de la scène, son visage disgracieux, pour tout dire effrayant, y contribue, il rencontre Paulette, une des quatre secrétaires de mairie, avec laquelle il fondera une famille composée d’un garçon, Francis, l’ainé, et d’une fille, Caroline, la petite dernière, Paulette étant déjà plusieurs fois mère avant ce remariage.

En se rendant à un meeting organisé à Bougival en l’honneur de Michel Poniatowski, ministre de l’Intérieur, dans la perspective des prochaines élections présidentielles, Joseph est violemment percuté par un car de police ; transporté aux urgences de l'hôpital André Mignot, à Versailles, Joseph sera amputé de la jambe droite.

Il s’inscrit donc au Parti socialiste, en guise de représailles ou par dépit, nul ne le sait, « dans la foulée » disent ses anciens amis giscardiens, décidément bien ingrats et dont l'humour n'est pas toujours de très bon goût.

Joseph a du pif puisque François Mitterrand est élu en 81, un pif abimé, il est vrai.

Les années passent, Paulette demande le divorce et obtient la garde ses deux enfants, ses deux derniers ; pour se consoler Joseph s’adonne à la boisson, il est toujours socialiste, tendance Jospin, cette fois, c’est dire si l’alcool n’est pas toujours bon conseiller…

Nous sommes maintenant en juin 1995, Jacques Chirac vient d’être élu, Joseph est chiraquien, « pour le bonhomme » s’excuse-t-il entre deux petits jaunes, l’œil humide, les mains tremblantes, l’haleine chargée.

Il croisera la route du nouveau président en 2005, il a 47 ans, Jacques Chirac lui serre la main lors d’un meeting en Corrèze, en lui adressant cette phrase devenue célèbre « C’est beau, mais c’est loin ».

Il décide de ne plus jamais se laver la main serrée par le Grand Jacques, Joseph est un sentimental.

Le sort s'acharne et balbutie, quelques mois plus tard il sera amputé de la main droite après un début de septicémie dû à un staphylocoque doré très agressif. Par manque d'hygiène, est-ce utile de le préciser ?

Le pauvre bonhomme, décidément malchanceux, s’en va fêter l’évènement avec ses nouveaux amis corréziens au « Balto » un bar pour poivrots situé à Tulle, à côté de la gare. C’est en sortant du bistrot, un peu éméché, que Joseph trébuche sur un trottoir, il fait une chute anodine, mais on lui diagnostique une hémiplégie (droite) résultant d’un AVC, cause probable de sa chute.

En 2007 Joseph Sangleboeuf se découvre soudainement « plus sarkoziste que chiraquien », c’est une expression qu’il emploie systématiquement lorsqu’il se fait de nouveaux amis autour d’une bonne table, bien arrosée.

Ses amis se moquent de lui, son visage déformé, bien sûr, son hémiplégie, peut-être, le fait qu’il soit unijambiste dans un contexte politique personnel aussi fluctuant n’est sans doute pas étranger à toutes ces railleries finalement plutôt bienveillantes, le rire l’emporte toujours sur la méchanceté.

En apparence rien de grave ne se passe sous le quinquennat hollandais, en apparence seulement… Joseph tombe littéralement sous le charme de la très pulpeuse (?) Valérie Trierweiler, compagne du nouveau président de la République. Une véritable obsession.

À l’annonce de la rupture du couple présidentiel, Joseph commence une dépression qui s’accéléra brutalement suite aux rumeurs d’une liaison entre François Hollande et Julie Gayet, c’en est trop pour ce cœur simple qui vit seul depuis des années.

Après quatre longues années passées dans une clinique psychiatrique, Joseph sort enfin la tête de l’eau, mais il voue une haine féroce autant que tenace à François Hollande.

C'est un homme diminué : le 13 mai 2016, soit exactement 48 ans, jour pour jour, après sa douloureuse expérience sur les barricades de mai 68, Joseph Sangleboeuf devient « marcheur » !

Un « jeune » marcheur de 58 ans !

Enfin…marcheur…paralysé d’un côté, unijambiste…aphasique...sans main droite...ce n’est pas facile facile tous les jours.

Puisqu’il ne peut plus participer à des meetings, qu’il ne peut pas, non plus, coller d’affiches et que son AVC le fait trébucher sur chaque mot, Joseph décide de faire le tour de ses voisins, tous les dimanches matin, pour prêcher la bonne parole, avec, sur le porte-bagage de son fauteuil électrique, plusieurs exemplaires non dédicacés de « Révolution », le bouquin-programme d’Emmanuel Macron dont Capital et BFMTV ont vanté les mérites.

Nous sommes en février 2020, les voisins, au début bienveillants (terme macronien) et compatissants (terme à la con) finissent par se lasser de voir déambuler rouler ce pauvre Joseph dans leur rue depuis près de trois ans maintenant, hivers comme étés.

Ils se font héler, haranguer, harceler dès 7h30, parfois jusqu’à l’heure de l’apéro, vers 10 heures...

Les enfants ont peur.

Une plainte est déposée, puis deux, puis dix…

Le maire LR d’Anet (Eure-et-Loir, 28) où réside le malheureux Joseph depuis 2017, décide de saisir les affaires sanitaires et sociales du département : Joseph sera bientôt interné dans une maison de repos dont il ne pourra plus ressortir.

La morale de cette triste et pitoyable histoire est assez simple pour qui veut se donner la peine de comprendre le parcours chaotique, et assez dramatique, reconnaissons-le, de Joseph Sangleboeuf, macronard de la première heure : on ne peut pas faire confiance à ces gens-là, c'est ce que se disent aujourd'hui 65 % des Français. Dont une grande majorité a voté pour lui !

Ah ! les cons !

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