Confinés dans leur maison avec une mygale géante !

Dans le couloir, juste avant la porte qui donne accès à la cuisine, Pierre tombe nez à nez avec une énorme araignée noire et velue qui se dresse sur ses pattes arrière en le voyant arriver, elle le fixe, immobile, elle semble prête à bondir. Elle est géante...

Il est 7h15, ce jeudi matin 5 novembre, nous sommes dans le Vaucluse, à Grillon, chez Michele et Pierre qui viennent de se réveiller.

Comme tous les matins, Pierre va préparer le petit déjeuner.

Toujours vêtu de son pyjama, il descend l’escalier, tourne à gauche dans le couloir, au rez-de-chaussée, pour se rendre à la cuisine : un thé pour Michèle, un chocolat chaud pour lui, le plateau a été préparé la veille par sa femme.

Dans le couloir, juste avant la porte – toujours scrupuleusement fermée par ses soins, après la télé – qui donne accès à la cuisine, il tombe nez à nez avec une énorme araignée noire et velue qui se dresse sur ses pattes arrière en le voyant arriver, elle le fixe, immobile, elle semble prête à bondir. Elle est géante.

Elle l’attendait…ses bruits de pas dans l’escalier, sans doute…

Il est tétanisé par la taille de l’araignée, par ses pattes, par tous ses petits yeux ronds, sa peur est instinctive, primaire, atavique.

Quatre paires d’yeux…comme autant de petites billes noires de tourmaline qui luisent dans la pénombre, rien ne peut lui échapper, elle est sur la défensive.

Il ne parle pas, ne bouge pas, ne respire pas…le rythme de ses pulsations cardiaques s’emballe, il est glacé, mais de la sueur perle déjà sur son front dégarni, ses mains tremblent, ses jambes se dérobent sous lui…

Pierre fait face à l’une des plus grandes mygales d’Europe, la mygale Macrothele calpeiana dont le corps mesure environ dix centimètres.

Cette mygale est dangereuse, elle mord !

Une semaine vient de s’écouler, la première semaine d’un reconfinement auquel le couple s’est résigné, bon gré, mal gré, comme beaucoup de Français.

Un reconfinement, oui, mais en compagnie d’une gigantesque araignée…qui est peut-être venue pour pondre ses œufs…quoi de pire ? Un cauchemar, en vérité, même si on n’est pas arachnophobe.

La mygale Macrothele calpeiana appartient à la redoutable famille des mygales Macrontélé Emmanuella caïpirinha qui a élu domicile en France au printemps 2017 : il s'agit sans aucun doute d'une des mygales européennes les plus toxiques. Elle aurait migré du sud de l’Espagne, en Andalousie, pour s’installer en France.

À Paris d’abord puis, apparemment, dans le Vaucluse, à Grillon, là où vit le couple…

Pierre et Michèle appellent les pompiers, la police, la mairie, des vétérinaires, la SPA, ils contactent la ferme aux crocodiles de Pierrelatte – plus connue sous le nom de MEDEF – mais personne ne veut les aider…ne peut les aider…

Qui aurait pu prévoir que la Macrontélé Emmanuella caïpirinha allait élire domicile en France ? Elle a bénéficié d’un concours de circonstances tragi-comique qui étonne encore, la main du diable, peut-être…

Elle ne connait pas son nouveau territoire, elle ignore les coutumes locales et tourne son dos velu à l’histoire : elle ne s’adapte pas à son écosystème, elle adapte l’écosystème à son mode de vie.

Elle se caractérise par un appétit glouton, à la fois féroce et sélectif : elle avale presque tout, les retraités, les étudiants, les chômeurs et les pauvres malgré leur maigreur.

Son tube digestif lui permet de régurgiter tout ce dont elle n’a pas besoin, les vêtements, les montres, les chaussures, les chaussettes, les chapeaux, les gants, les chemises, les imperméables (utiles quand il pleut !) et même les sous-vêtements : chômeurs et retraités sont nus, entièrement nus, il ne leur reste plus que la pudeur pour se protéger, l’araignée se délecte des chairs, elle n’a pas de temps à perdre dans de vains stripteases.

Mais elle est allergique aux riches, aux très riches et aux hyper riches, raison pour laquelle elle les laisse prospérer tranquillement. Ils prospèrent d’autant plus vite que l’araignée leur fait cadeau de ses restes : le spectacle est tellement insupportable qu’aucune chaîne de télévision normalement constituée – LCI, CNEWS – n’ose diffuser les images, spectacle « véritablement insoutenable » d’après Pascal Praud, l’autocensure a du bon, cher Pascal.

Macrontélé Emmanuella caïpirinha zigzague, pire, elle titube : ses origines probablement brésiliennes ajoutées à cette curieuse démarche concentrique, de la gauche vers la droite, puis de la droite vers l’extrême droite, est à l’origine de son nom, « caïpirinha » : la caïpirinha est un cocktail brésilien préparé à base de cachaça, de sucre de canne et de citron vert, à trop en consommer elle rend fou ; son principe actif ultra concentré, l’Ethyle-Nucléo-Acidifié, ou ENA, est parmi les venins les plus puissants du règne libéral, comparé à lui, le venin du black mamba est du lait de brebis demi-écrémé, c’est dire !

Revenons à Pierre et Michelle, prisonniers du reconfinement, sous la menace d’une mygale géante.

En désespoir de cause, ils ont fait appel à une société privée qui leur a proposé d’intervenir pour la modique somme de 1000 euros, ce qui représente tout de même près de 60 % de leur revenu mensuel…leur banque refuse de leur faire crédit.

Macrothele calpeiana, de la famille des Macrontélé Emmanuella caïpirinha, est une espèce protégée, il est strictement interdit de la tuer, interdiction valable sur tout le territoire de l’Union européenne !

Coincés entre un sale petit virus et une gigantesque mygale, assignés à résidence, Michèle et Pierre ont appelé au secours Donald Trump en personne, par téléphone…est-ce bien le bon moment, je pose la question, tout de même !

En prenant un peu de recul, on est forcé de constater que ce couple n’a vraiment pas beaucoup de chance…c’est à croire que le sort s’acharne sur eux…

Michelle, Pierre, posez-vous des questions, il y a bien un moment où vous avez lamentablement merdé, il n’y a pas d’autre mot, vous avez merdé quelque part !

Reprenons depuis le début : vous étiez où les dimanches 23 avril et 7 mai 2017 ? Vous faisiez quoi au juste ?

C’est quand même un peu trop fastoche de dire que « non, je ne me souviens pas…je ne sais plus… »

Il faut assumer, maintenant !

 

P.-S. – Billet librement inspiré d’un fait divers consultable ici :

https://www.midilibre.fr/2020/11/06/une-araignee-geante-dans-sa-maison-un-couple-de-vaucluse-en-panique-demande-de-laide-9185808.php

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