Un milliardaire français sur cinq ne mange pas à sa faim

« Manger à sa faim » est une expression populaire qu’il faut prendre avec des pincettes, comme tout ce qui est populaire, d’ailleurs. La notion de faim est consubstantielle au sentiment de satiété, or rien n’est plus subjectif, et relatif, que le sentiment de satiété...les riches aussi, ont faim...

« Manger à sa faim » est une expression populaire qu’il faut prendre avec des pincettes, comme tout ce qui est populaire, d’ailleurs.

La notion de faim est consubstantielle au sentiment de satiété, or rien n’est plus subjectif, et relatif, que le sentiment de satiété.

Donc la faim est un concept trop flou, elle aussi, trop fragile pour bâtir une théorie économique et politique vraiment consistante.

Le sentiment de satiété peut varier d’un individu - homme ou femme - très riche à un autre dans des proportions étonnantes voire insoupçonnables. C’est d’autant plus remarquable que nous sommes entrés dans l’ère du libéralisme absolu depuis quelques décennies, les chiffres s’affolent et donnent le tournis, il est par exemple impossible de comparer un patrimoine de 85 milliards d’euros avec un patrimoine de 5 « petits » milliards d’euros.

Chez certains individus le sentiment de satiété arrive dès le premier milliard d’euros avalé. Repu, apaisé et serein, ce milliardaire se contente de peu, une villa à Sainte Maxime dans le var, un chalet à Megève et un tout petit 6 pièces à Paris, dans le 1.6, franchement pas de quoi pavoiser. Mais c'est une exception, 1 milliardaire sur 5 est rassasié, les 4 autres (milliardaires) ont toujours faim.

À l’autre bout du spectre, l’inénarrable et indéboulonnable Bernard Arnault qui caracole en tête du hit parade des personnalités les plus riches du monde depuis une dizaine d’années.

Et bien, contre toute attente, Bernard Arnault est notoirement insatiable : plus il en a et plus il en veut ! Plus il en veut et plus il en redemande !

Il a toujours faim, de plus en plus faim, il repousse les frontières de la digestion financière aux limites de l’entendement humain et géographique : il est obligé d’ouvrir d’autres frontières au Luxembourg, aux Bahamas ou à Trinidad et Tobago pour étancher sa soif et son appétit de pognon.

Il se met au régime fiscal « sec » grâce aux ordonnances du bon Docteur Macron : évitement fiscal au déjeuner dans un bon restaurant de l’avenue Montaigne à Paris, le soir évasion fiscale au dîner/souper, à Luxembourg.  

En l’observant d’un peu plus près, on notera qu’il est étrangement maigre, grand, sec, il semble n’avoir que la peau sur les os.

Antoine et Delphine, ses enfants,  ont eu un joli petit cadeau de Noël, l'année dernière, trois fois rien : un peu plus de 366 millions d’euros au total sous forme d’actions du groupe LVMH.

Chez les Arnault, la faim est génétique, la maigreur aussi, Antoine et Delphine s’impliquent dans le développement du groupe de papa. Ils sont maigres, mais maigres…

Autre exemple de famille riche insatiable, les Mulliez :  chacun des cinq enfants/héritiers aurait découvert dans son sabot, sous le sapin, 74 millions d’euros, 370 millions au total, qui dit mieux ?

Joyeux Noël à tous !

La faim a donc une dimension génétique, c’est dans ce sens qu’il faut prendre le mot « héritier ».

L’accumulation est le principe de base du milliardaire insatiable, il transmet ses gènes à sa progéniture qui à son tour devient insatiable.

La faim est l’essence même du capitalisme moderne, le libéralisme financier.

Autre paradoxe dont l’excellent ALBERSTEIN ne parle pas dans son remarquable billet, pas des moindres : nous sommes riches de pauvres et assez pauvres en nombre de riches ce qui prouve bien que l’économie française ne fonctionne pas encore à plein « régime » malgré les efforts de Macron : dans 4 ans les riches seront encore plus riches et les pauvres, beaucoup plus nombreux et de plus en plus pauvres.

Dernier paradoxe : les pauvres, quand ils bouffent, bouffent très mal, ils sont gras, bedonnant, toujours à la limite de l’infarctus et de l’AVC. Ils y mettent beaucoup de mauvaise volonté.

Qu’il me soit donc permis de donner un conseil à tous ces pauvres et aux plus démunis d’entre eux :  c’est en mangeant que vient l’appétit.

Ils manquent vraiment d’ambition, ces pauvres !

 

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