La métaphore du panda

Les sociétés les plus barbares et les plus "modernes" se parent des plumes du paon pour nous séduire, pour nous manipuler, pour nous attirer, l'aberration au sens psychanalytique du mot est institutionnalisée. Et ça marche !

Tellement mignon !

Une boule de poils noirs et blancs, plus rond que grand, inoffensif carnivore curieusement spécialisé dans l’épluchage des feuilles de bambous dont il se gave à longueur de temps.

La gourmandise est un péché mignon, le panda nous ressemble.

Plus herbivore que carnivore, c’est plutôt rassurant pour nous, humains, le panda renvoie une image apaisante, pleine de sérénité, sa vie est simple, binaire comme sa robe est binaire, la nôtre est beaucoup plus compliquée, trop compliquée…

Mais il ne dédaigne pas les petits rongeurs, à l’occasion seulement, très exceptionnellement, il est donc pardonné.

Aucune menace, aucun danger.

Tellement mignon !

Repu il s’endort dans la position qu’il avait juste avant d’avaler goulument sa dernière poignée de feuilles comme un bébé qui plonge le nez dans son assiette de tapioca, le ventre rond assis sur sa chaise haute, le dos courbé sous le poids d’une tête insouciante des us et coutumes.

La narcolepsie du panda rappelle celle de nos petits chérubins.

Tellement mignon !

Le panda est un ursidé, la comparaison avec ses cousins, le grizzli ou le kodiak, confirme par contraste tout le bien qu’on doit penser de lui : une boule d’amour noire et blanche qui donne envie de jouer, de s’amuser et de rire ; le grizzli, lui, est effrayant, il mesure près de 3 mètres, ses griffes peuvent trancher la tête d’un orignal ou d’un wapiti d’un seul coup de patte, des cervidés qui, pourtant, dépassent la demi tonne…mieux vaut éviter de le croiser.

Tout le contraire du panda.

Tellement mignon !

Il ne ferait pas de mal à une mouche.

La Chine en a fait son porte-drapeau, son porte-étendard, son symbole, on parle de la diplomatie du panda.

Il s’agit d’offrir ou de prêter un petit panda, ou un couple de panda, en échange d’une relation diplomatique officielle que l’on veut créer ou renforcer.

Cette Chine qui plonge les chiens et les chats vivant dans de l’eau bouillante, qui dépèce ces animaux vivant sous des hurlements de douleurs absolument atroces.

Ils font même la fête autour de cette barbarie, la « fête de la tête de chien », comme à Yulin.

Quand aux ours, les autres, on les emprisonne à vie dans des cages étroites, on les éventre afin de récupérer leur bile, un cathéter planté dans la vésicule biliaire…20 ans, 30 ans d’emprisonnement et de torture.

Médecine traditionnelle ou barbarie traditionnelle ?

Les chats, les chiens sont des cailloux dépourvus de toute sensibilité, ils ne connaissent pas la douleur…La Chine fait semblant d’ignorer que ces animaux ont, comme nous, comme eux, un système nerveux central, une sensibilité, des émotions, des peurs et des joies…

Comme eux ?

La sauvagerie se généralise, elle s’est institutionnalisée au fil du temps, on parle de culture…

Il fallait trouver une contrepartie, un antidote, un remède contre ces images insupportables d’horreur et d’une toxicité politique certaine : le panda est arrivé, il est mis en scène et fait l’objet d’un troc diplomatique, politique et moral parfaitement abjecte, parfaitement cynique.

Le panda…

Tellement mignon !

Tout le contraire de ces chiens et de ces chats plongés vivant dans des cuves d’eau bouillante.

Et ça marche !

Le zoo de Beauval est un de ceux qui utilise le mieux l’image rassurante du panda, sa notoriété et son succès commercial reposent sur l’utilisation marketing qu’il en fait, les arbres de Beauval cachent la forêt chinoise comparable à un coupe-gorge, comparable à un gigantesque camp d’extermination animale qui fait de la torture un argument écologique…le chat plongé vivant dans la marmite bouillante est tellement plus naturel, tellement meilleur au gout…

Et ça marche !

Je vois, j’entends tous ces gens qui s’émerveillent devant le spectacle merveilleux et rassurant de ce petit panda qui vient de naître.

Tellement mignon !

Voilà comment on devient complice d’une barbarie, sans le vouloir vraiment, passivement mais surement.

Nous vivons dans une société qui passe son temps à inventer des barbaries et des aberrations pour nous les faire avaler.

Tout cru.

Et ça marche !

Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft, Yahoo, Twitter, Linkedin, les GAFAM, les BATX (Chinois), les NATU sont les artisans de cette aberration technologique et néanmoins politique, une autre barbarie, moins sanglante, plus discrète.

Nous avons plein d’amis, plein de gens qui nous veulent du bien, que du bien…

Une petite goutte d’algorithme en plus et le tour est joué, le plat est prêt pour une dégustation collective, une dégustation qui devient vite frénétique, obsessionnelle, orgiaque, démesurée.

Ils se gavent de pognon comme le panda se gave de feuilles de bambou, ils connaissent tout de notre vie et se revendent nos informations personnelles entre eux, au plus offrant, l’argent coule à flot.

Et ça marche !

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Oui, ça marche ! Panurge aime les panda, lui aussi mais préfère les moutons...

Mes ami(e)s ne soyons pas dupes, résistons, ne nous laissons pas abuser plus longtemps.

Le panda n’est pas seulement mignon, c’est une arme, un subterfuge, une illusion destinée à nous faire avaler les politiques les plus toxiques.

C'est la métaphore du panda.

J'en ai marre du panda !

Cela étant c’est vrai qu’il est mignon mais ce n’est pas une raison…

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