Petit à petit, je me suis laissé envahir puis absorber par la connerie ambiante…

Ma modestie dut-elle en souffrir, il s’agit d’une authentique métamorphose. Tragique. Enfin, tragique, tout est relatif… il se passe des choses bien plus graves, en France...

Ma modestie dut-elle en souffrir, il s’agit d’une authentique métamorphose.

Tragique.

Enfin, tragique, tout est relatif…il se passe des choses bien plus graves, en France...

Tel Gregor Samsa, un représentant de commerce (remarquablement imaginé par Frantz Kafka) qui se découvre un beau matin transformé en un monstrueux insecte, je me suis réveillé dans la peau du parfait con...mais alors, vraiment con !

Con à faire peur, je ne peux pas mieux dire.

Ce drame remonte à quelques semaines, presque un mois maintenant, c’est la raison pour laquelle j’ai pris mes distances avec Médiapart, je suis devenu un lecteur assidu, pour ne pas dire compulsif, du Figaro et de Valeurs actuelles. Et occasionnellement de l’Équipe.

Sans m’en rendre compte.

Et pourtant, pour être honnête, des signes avant-coureurs frappaient discrètement à ma porte depuis assez longtemps ; des symptômes et de nombreux signaux auraient dû m’alerter, ma femme, Nathalie, me regardait en biais, mes chiens jappaient nerveusement sur mon passage, mes poules me tournaient le dos en s’enfuyant à grands coups d’ailes, mon adorable chatte, Jazy, m'a déjà griffé trois fois…

Voilà maintenant trois semaines que je chante du Mireille Mathieu à tue-tête, du soir au matin, tout son répertoire y passe, « Mille colombes », « La Paloma adieu », « La vie en rose », tout, absolument tout.

Pour aller encore plus au fond des choses, je me suis pris d’une passion pour Michel Sardou, j’ai commencé mon initiation par « Ne m’appelez plus jamais France », j’ai prolongé l’expérience par « Musulmanes », j’ai terminé par « Être une femme ».

C’est fantastique, essayez, vous allez voir, on ne s’en remet pas.

Les blagues de Jean-Marie Bigard me font mourir de rire, en particulier celle sur le viol d’une femme par un médecin, entendu chez Cyril Hanouna, m’a plié en deux.

Cyril Hanouna, quel génie !

J’ai écouté Édouard Philippe pendant 2 heures et demie, il était tellement bon, j’étais tellement excité que je me le suis retapé vers 3 heures du matin, en replay sur LCI, seul sur mon canapé afin de ne pas réveiller Nathalie qui, de toute façon est incapable de comprendre notre Premier ministre, c’est triste à dire.

Quant à Macron, n’en parlons pas, il en est à son sixième ou septième meeting, six, sept, huit heures de discussions avec des maires pas faciles-faciles, j’ai tout vu, tout ! en léger décalage entre BFMTV, LCI et CNews, cinq secondes environ, grâce à Dieu comme dirait Monseigneur Barbarin, de cette façon j’ai eu l’impression de mieux le comprendre, je zappais d’une chaîne à l’autre toutes les cinq secondes, j’entendais ce qu’il disait trois fois ! Sans compter le replay et les excellentes analyses de David Pujadas et de Laurence Ferrari.

Ça fait mal au doigt, mais c'est efficace.

J’en suis à 267 heures passées devant mon écran, j’ai les yeux rouges qui clignotent, j'ai chopé une conjonctivite, mais ça valait le coup, j’ai enfin compris : nous ne méritons pas un tel homme, un tel prophète, oui, un prophète.

On est injuste envers Macron, voilà un homme qui sait de quoi il parle, il nous embarque tout droit vers le bonheur, ça se voit à son petit sourire dès qu’on l’interroge sur les GJ, par exemple.

Parlons-en des gilets jaunes, mais pour qui se prennent-ils, tous ces Jojos déguisés en poussins ?

Je ne sais pas si vous avez compris l’argumentation de Macron à propos de la violence et des gilets jaunes, moi j’ai pigé, c’est génial : il commence par dénoncer la violence, ensuite il amalgame la violence aux gilets jaunes, enfin, il généralise en assimilant tous les manifestants aux gilets jaunes, de cette façon il prouve par A + B que tous les manifestants sont de très violents et de très dangereux criminels. CQFD !

C’est ce qui explique les nouvelles lois présentées par Castaner, il faut les emplafonner encadrer les manifestants, impossible de faire autrement.

Ils ont raison, pour les manifestations, il ne faut pas en abuser. On ne peut pas passer sa vie à manifester, tout de même, mais où va-t-on ? Et nos touristes russes et chinois ? Et nos commerçants ? On en fait quoi, merde ?

Quant à ceux qui viennent pleurnicher devant les micros pour un œil, pour une main ou pour un pied, on a plutôt envie de leur répondre que c’est celui qui dit qui l’est, un point c’est tout. Des chichiteux, des chichiteuses frustrées, voilà ce qu’ils sont en réalités ces manifestants. Des chichiteux et des chochottes, voilà ce qu'ils sont !

Et de toute façon zavaient qu’à faire des études comme tout le monde. Quoi ? Leurs parents n’avaient pas les moyens ? C’est bien la preuve que c’est génétique, la pauvreté, ce n’est pas « politique » comme on veut bien nous le faire croire.

Et cette histoire de tag nazi sur les photos de Simone Veil, franchement, faut pas pousser mémère dans les orties, ce n’est pas un drame national, n’exagérons rien, il y a des choses bien plus graves en France, l’immigration des négros et des bicots, la vague des pédés et des gouines, l’écologie dont les gilets jaunes, curieusement, ne parlent jamais, les salauds ! tous des bâtards !

De toute façon, c’est vrai qu’il y a beaucoup trop de juifs en France, un peu, ça va, mais trop c’est trop comme disait quelqu’un dont j’ai oublié le nom.

Je me sens beaucoup mieux dans ma peau de con, c’est une question d’ambiance, l’osmose entre la connerie et moi ne fait que commencer, la preuve, je suis macronien et j’en suis fier, pas macroniste, je dis bien macronien, j'imite mon idole. Nathalie me fait la gueule, mais je m'en fout !

Je suis en harmonie avec mon temps, full con-patible.

Un dernier exemple, le procès intenté par Denis Baupin à ces six femmes qu’il a caressées gentiment dans le sens du poil : enfin ! voilà un homme courageux qui a fait dignement face à six femelles en chaleur alors même qu’il avait été acquitté pour cause de prescription des délits…il n'était pas obligé, et on vient lui reprocher d’être absent le jour de son procès, je dis bien de « son » procès, il a quand même le droit de ne pas venir, c’est son choix, c'est « son » procès, rien qu'à lui. Mais où va-t-on ?

Et ce Plenel qui vient plastronner devant ces femmes pitoyables et ridées, il cherche quoi, le frêle, le chétif moustachu, quelqu’un peut me le dire, il veut pécho, le Plenel, oui, parfaitement, il veut pécho, c’est tout.

Non, franchement, ça fait du bien de se sentir français en ce si joli beau mois de février, un mois de février ensoleillé où il fait bon vivre, chez nous, par exemple, dans la Loire, il faisait 19°, cet après-midi.

Et ne venez pas me parler de réchauffement climatique, bande de dégénérés.

Finalement, quand on y réfléchit bien, c’est vous les cons.

Pas moi.

Vive la France !

 

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