Canardlapin, mon ami, merci de m’avoir tiré de ma torpeur.
Le 4 janvier dernier, j’ai perdu un de mes enfants, or rien n’est plus important à mes yeux, c’est-à-dire à mon cœur, que mes enfants, vos enfants, nos enfants, les enfants.
Mes reines, mes rois.
Je vivais pour lui, je vis pour eux, les trois derniers qui résistent tant bien que mal au désastre d’avoir perdu un grand frère.
La douleur est immense, la plaie est béante, quand on croit que le temps commence à produire ses effets, les saignements recommencent de plus belle. Je sais maintenant que l’hémorragie perd en intensité ce qu’elle gagne en obstination. Je ne sais pas ce que je préfère…
Des hauts pas très hauts, des bas très profonds, pieds nus dans cette montagne d’émotions, sans savoir vraiment où je vais, j’avance. Enfin, je crois que j’essaye d’avancer, mais le paysage défile lentement, trop lentement pour être honnête, sans bruit et sans fureur, artificiel et lunaire.
Le passé revient éclairé par une lumière blafarde, curieusement précis, sauvagement précis ; le futur est un outrage à sa mémoire. Le présent est à bout de souffle.
Le temps qui passe ne passe plus, ma pendule est détraquée.
J’ai cru un instant que la pudeur était bonne conseillère, j’étais en train de fabriquer un tabou, un monstre en fait, qui aurait pu prendre le masque de l’autocensure ou, pire, du déni.
Une fausse protection, un mauvais remède, un piège, le silence, là aussi, est un assassin qui somnole pour mieux vous surprendre, un traître.
Rien n’est tabou à mes yeux, je lui ferais un bien triste cadeau si, à cause de son départ, je me reniais.
Il mérite mieux, tellement mieux !
Non ! Pas de tabou !
Voilà pourquoi j’écris ces mots.
Voilà pourquoi je me taisais depuis quelques semaines.
A bientôt mes ami(e)s.
Nous avons encore du pain sur la planche, la connerie n'attend pas et se fait, chaque jour, plus menaçante.
Je me rends compte que vous m'avez manqué.