Nikita Mandryka s’en est allé

Immense tristesse à l’annonce de la mort de Nikita Mandryka, le père du « Concombre masqué », à l’âge de 80 printemps éternels et rayonnants. Avec d’autres, il était cocréateur de L’écho des savanes au beau milieu des années 1970, ma bible.

Immense tristesse à l’annonce de la mort de Nikita Mandryka, le père du « Concombre masqué », à l’âge de 80 printemps éternels et rayonnants.

Avec d’autres, il était cocréateur de L’écho des savanes au beau milieu des années 1970, ma bible.

En 2015, suite à l’attentat de Charlie hebdo, j’avais écrit un billet dans lequel je rendais hommage à cette bande de génies de la BD, Jean-Marc Reiser, Marcel Gottlieb, dit Gotlib, Wolinski, et lui, Nikita Mandryka pour lequel j’avais une affection toute particulière, sa dérision, son humour, son culte de l’absurde et du non-sens, son amour de la philosophie et du Zen.

Cabu, Hara-kiri, L’écho, Charlie …

Reiser, Gotlib et Mandryka, mes préférés …la BD atteignait des sommets artistiques et littéraires. Enfin !

J’expliquais tout ce que je devais à ces gars-là, à Bretécher aussi, des gens qui font partie de mon Panthéon perso.

Encore aujourd’hui, évidemment.

Je me souviens d'un dessin en particulier, un parmi des milliers, paru dans L’écho des savanes : on y voyait un homme jeune, âgé d’environ 25 ou 30 ans, fumant une cigarette dont la cendre interminable, plus du tout incandescente, recourbée, menaçait de tomber sur son col roulé noir, il était allongé sur son lit, les mains croisées derrière la tête, des cheveux longs, il regardait le ciel de Paris, les toits de Paris, les nuages de Paris, avec un air sereinement désabusé en expliquant, à lui-même, et à moi, je crois « ce n’est pas aujourd’hui que je vais devenir le maitre de l’univers ».

Un amoureux des mots qu'il savait travailler mieux que personne.

À  la parution de mon billet, donc, je reçois un mail de Médiapart sur ma messagerie personnelle qui m’explique qu’une personne souhaite communiquer avec moi, mais discrètement, c’est la femme de cet inconnu qui avait fait l’intermédiaire pour me joindre à travers Médiapart, « Apparemment, c’est un de vos lecteurs, discret, qui souhaite réagir à votre billet sur l’attentat de Charlie Hebdo ».

Ok, je donne l’autorisation à Médiapart de communiquer mon adresse personnelle à ce mystérieux personnage, je suis intrigué.

Voici le texte que j’ai reçu, très court, très percutant :

« Ils ne sont pas tous morts…

Amitiés,

Nikita Mandryka. »

Salut, mon pote, tu es et resteras le maître de mon univers, je ne t’oublierai jamais !

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