Ma prévoyance santé me conseille d’anticiper mes obsèques, l’ambiance est morose !

En avril 2019 je recevais une pub pour un monte-escaliers, « pose gratuite, installation en 24 heures », mais aujourd’hui l’heure est beaucoup plus grave, mon État de santé semble s’être brutalement dégradé, ma mutuelle me conseille d’anticiper mes obsèques.

En avril 2019 je recevais une pub pour un monte-escaliers, « pose gratuite, installation en 24 heures », mais aujourd’hui l’heure est beaucoup plus grave, mon État de santé semble s’être brutalement dégradé, ma mutuelle me conseille d’anticiper mes obsèques.

Ils me proposent une solution qui « permet d’assister ma famille en organisant moi-même mes obsèques ».

Ma famille, les pauvres…et la patrie qui sera reconnaissante, j'en suis certain.

« En toute sérénité » ajoutent-ils, car oui, ce matin j’étais serein avant de recevoir ce mail…

« Plus de 40 % des Français anticipent leur mort en organisant le déroulement de la cérémonie funéraire dans les moindres détails » : à l’heure où nous parlons je fais partie du troupeau des imprévoyants qui se croient éternels, cette majorité silencieuse qui récite son Sarkozy la nuit et vote Macron les dimanches avant d’aller à la messe.

Moribond, agonisant et con ; comme si cela ne suffisait pas, en plus je suis un égoïste « Cette solution permet d’éviter des soucis à la famille. Le service aide à tout contrôler jusqu’au bout et évite les dettes aux enfants en payant soi-même les frais des pompes funèbres. »

Père indigne ! salaud ! j’étais sur le point de laisser une dette à ma progéniture, de l’ordre de 3000 €, voire de 4000 € « hors frais de concessions au cimetière » précise le mail, ils pensent à tous ces petits détails qui font la différence entre des obsèques réussies et des obsèques qui se barrent en sucettes.

Une dette de 4000 € c'est quand même moins que ce que vont couter nos retraites à nos enfants ; beaucoup moins que la dette publique qu'on va leur laisser comme disent les politiciens de gauche et de droite.

Pas la peine d'en rajouter.

Pas question que mon enterrement coute de l’argent à mes enfants, j’en culpabilise déjà ! Déjà que...

J’ai le choix entre plusieurs options, je peux cocher la case « prestations personnalisées », c’est plus onéreux, mais ça vaut le coup : « Inhumation crémation, cérémonie civile religieuse, lieu d’enterrement, modèles de monuments funéraires, lieu où l’on souhaite être enterré…la meilleure solution consiste à notifier par écrit les dernières volontés. Dans ce cas, on peut indiquer les grandes lignes ou apporter de nombreux détails comme le choix du cercueil, la rédaction du faire-part de décès, le choix des fleurs… »

Et la musique ?

Je veux du Mireille Mathieu et du Julien Doré pour mes enfants ; ou du Stromae, j’aime bien Stromae « Où t’es papa », ça irait bien.

Mais attention, cette option s’accompagne de conditions contractuelles très strictes, en tout cas très précises : « Cette offre plus onéreuse prévoit le paiement en une fois des frais d’enterrement en se basant sur un devis détaillé. »

Je peux peut-être négocier, payer en deux ou trois fois…ma mutuelle complémentaire santé est une filiale de ma banque, je suis sûr que ça devrait pouvoir s’arranger, c’est le même groupe, merde !

J’angoisse un peu, pardon.

Évidemment, c’est plus cher, j’ai hâte d’avoir le devis détaillé de mon propre enterrement. Je vais « customiser » mes obsèques, je vais me faire du sur-mesure !

Aux petits oignons, mon enterrement !

J’ai eu 66 ans en février, comme beaucoup de gens de mon âge, j’ai connu quelques petits pépins de santé, une sténose à 85 % d’une coronaire avec pause de deux stents, de l’arythmie auriculaire (opérée), je suis sujet au syndrome d’apnées obstructives du sommeil – SAOS, on dirait le titre d’un film avec Jean Dujardin – mais surtout le coronavirus rode autour de moi. Partout !

Ces salauds de jeunes qui font la fête pour un oui pour un non ; ces bâtards de gilets jaunes qui recommencent à polluer les rues ; tous ces immigrants qui se baignent dans la méditerranée, sales, malades, puants ; ces racailles ensauvagées qui envahissent nos champs Élysée et ces gonzesses qui n’en finissent pas de se plaindre, parfois seins nus, des féministes dit-on…

Il faut interdire aux jeunes d’être jeunes.

Interdire aux gilets jaunes de défiler. Idem pour les féministes, ces salopes !

Interdire aux Arabes de tous bords de nager. Ou de flotter. Même avec des bouées. D’ailleurs on ne devrait surtout pas leur apprendre à nager.

Sinon, on va se prendre une de ces rafales de charge virale !

Ah si seulement Nicolas Sarkozy pouvait revenir !

Ou Marion Maréchal qui est invitée chez Bourdin, elle est jeune, belle et c’est une copine du rédac-chef de Valeurs Actuelles, l’hebdo qui aime les blacks.

Face à ce cauchemar français qui se repend sur toutes les ondes, de jour comme de nuit, face à ce fiel qui dégouline de partout, je veux remercier ma prévoyance santé, car elle vient de me rappeler que je suis fragile, vulnérable, humain en un mot.

Que j’aime ma femme et mes enfants.

Que je n’ai pas envie de partir !

Que la vie est belle.

Surtout quand on a envie d’en jouir, où on veut, quand on veut, avec qui on veut.

Que je n’ai pas peur. De respirer librement ! De circuler librement ! D’aimer librement !

Sans Sarkozy, sans Le Pen, sans Macron.

La liberté est le meilleur rempart contre la connerie, l’oublier c’est prendre le risque de laisser entrer la dictature par leurs petites portes de politiciens mégalos manipulateurs.

Car la peur est l’arme préférée des dictateurs.

Et de tous ceux qui font le commerce de la mort, sous toutes ses formes, libérales, ultralibérales ou néolibérales.

Et fascistes.

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