Pour 20 millions, t’as plus rien …

Voir des militaires et des policiers dans l’exercice de leurs fonctions se mettre respectueusement au garde-à-vous devant Nicolas Sarkozy a quelque chose de profondément émouvant, c’est le symbole d’une République sereine, apaisée, qui sait faire la différence entre un petit agité du bocal et un très gros délinquant financier.

Voir des militaires et des policiers dans l’exercice de leurs fonctions se mettre respectueusement au garde-à-vous devant Nicolas Sarkozy quand il arrive où quand il quitte la barre d'un tribunal qui va le juger pour des délits financiers majeurs – y compris quand il a déjà été condamné – a quelque chose de profondément émouvant, c’est le symbole d’une République sereine, apaisée, qui sait faire la différence entre un petit agité du bocal et un très gros délinquant financier.

Compte tenu du nombre d’affaires dans lesquelles l’Ex est impliqué, c’est devenu un réflexe, un automatisme, ils sont entrainés, les gars, c'est beau à voir.

C’est très rassurant aussi, les traditions ne se perdent pas. Ouf !

Personnellement quand j’ai vu tous ces « représentants de l’ordre » saluer Nicolas Sarkozy, j’avais la larme à l’œil, un frisson m’a parcouru l’échine, je ne me souviens plus très bien, à cause sans doute de l’émotion, mais je crois que j’ai fredonné la Marseillaise.

On a encore le droit d’être fier d’être Français, non ?

Que l’on ne s’y méprenne pas, peu importe les montants en jeu, non, ce qui compte c’est le pédigrée du délinquant, son profil, son parcours, son curriculum vitae.

Un inconnu qui gifle mollement un président de la République écope d’une peine de dix-huit mois, dont quatre fermes. Dieu (?) merci, ce monsieur n’était pas noir ni marron ou gris, encore moins musulman …

Un ancien président qui détourne à son seul profit (politique ?) 20 millions d’euros risque – l’affaire n’est pas encore jugée, ne pas confondre réquisitions et jugement mis en délibéré – une peine de douze mois de prison, dont six mois fermes, et une amende de 3750 euros, soit la moitié, voire le tiers du prix de sa montre, soit l’équivalent d’une de ses nombreuses paires de chaussures, soit encore la moitié de sa retraite (à vie) de président.

L'un est violent, l'autre ne le serait pas ...curieuse équation en vérité !

On le sait bien, le fric freak c'est chic ! Freak au sens de monstre, on parle de Sarkozy quand même !

J’entends ici où là des gens hurler à la « justice de classe », l’air offusqué : vous ne voudriez tout de même pas que ce soit l’inverse ? Vous êtes fous où quoi ?

Quand ce pauvre type gifle Macron, il nous gifle tous, c’est la démocratie qui est attaquée, la République qui est en danger ! Voyons !

Perso, j'ai eu mal à la joue, si, si !

Alors que quand Sarkozy pique des sommes astronomiques aux citoyens que nous sommes, c’est …c’est …non, c’est …ben oui, différent, quoi, ce n’est pas la même chose, mais alors pas du tout la même chose. Ben si !

Ce matin, réquisitions du procureur et de son adjointe, Vanessa Perrée, en main, j’ai interrogé des financiers afin de recueillir leur point de vue, c’est toujours intéressant d’avoir le point de vue de ces gens-là, surtout dans un pays comme la France, la « start-up nation » si chère à Emmanuel Macron.

« Nous sommes toujours à la recherche des meilleurs produits, des meilleurs placements et des meilleurs rendements financiers : notre roadmap nous conduit à chercher des effets de levarage du type inbound pour optimiser la growth et notre effective gross margin, de ce point de vue le feedback, mais surtout le payback Sarkozy est sans comparaison, il nous assure un cash-flow bien supérieur aux futures et autres produits dérivés ».

Traduction : 6 mois de prison ferme au maximum pour 20 millions d’euros, sans aucun investissement, sans mise de départ, il n’y a pas meilleur rendement !

Il aime beaucoup Sarkozy, c’est ce que je crois comprendre.

Vu sous cet angle-là, en effet.

John Mc Grath, un trader, complète son analyse : « Votre pays est un business paradise pour nous, Sarkozy est notre prophète : l’affaire Tapie avec plus de 400 millions d’euros, la Libye avec plus de 50 millions, sa campagne électorale, un « dépassement » de 20 millions, la coupe du monde de football au Qatar avec des pots-de-vin inimaginables …nous avons opté pour une approche top-down qui nous assure des rendements exceptionnels qu’on ne retrouve nulle part ailleurs, sans compter que c'est du full free tax, my Goodness ; le tout avec une justice, en France, qui est la plus busines oreinted de l’international financial market growth ».

Il aime beaucoup Sarkozy, c’est ce que je crois comprendre.

John ajoute « Concernant les pauvres qui vous obsède, en France, vous devez comprendre que le kingdome effect nous empêche de nous intéresser à leur sort, nous sommes contre les approches financières de type bottom-up ».

Il n’aime pas les pauvres, c’est ce que je crois comprendre.

En qualité d’administrateur du groupe Accor, Nicolas Sarkozy pourra toujours aller purger sa peine de six mois de prison au Sofitel de New-York, bracelet à la cheville droite, dans la suite 2806, un retour aux sources, en quelque sorte, sur les traces de DSK ...

S’il est condamné …

Que dire de Vanessa Perrée quand elle dénonce « la désinvolture » de Sarkozy qui n’est « venu qu’une seule fois à son procès » ?

Désinvolture ? oui, pourquoi pas ?

Personnellement j’ai trouvé qu’elle y allait un peu fort, la procureure adjointe.

Vanesse, va falloir te calmer, t'es trop tendue !

Non ?

Justice de riches contre justice de pauvres, peu importe, laissons le dernier mot à notre ami Henri Monnier :

Je l’ai toujours dit : les hommes sont égaux. Il n’y a de véritable distinction que la différence qui peut exister entre eux.

La justice est le miroir de cette différence.

Abstenez-vous bien dimanche prochain, si non vous serez complices de ces mascarades, camarades.

Billet dédié à la mémoire de Steve Maia Caniço, mort noyé dans la Loire, à Nantes, il y a  deux ans, en pleine fête de la musique, suite à la charge folle de la police. On ne t'oublie pas, mon bonhomme, je salue affectueusement ta mémoire.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.