Reductio ad Macronum

Reductio ad Macronum est une locution latine qui fait maintenant partie de l’arsenal rhétorique moderne qui consiste à disqualifier puis à éliminer toute espèce de résistance politique, syndicale ou associative. Rien ne lui résiste, il est même capable de s'auto-dissoudre.

Reductio ad Macronum est une locution latine qui fait maintenant partie de l’arsenal rhétorique moderne qui consiste à disqualifier puis à éliminer toute espèce de résistance politique, syndicale ou associative.

Rien ne lui résiste, il est même capable de s'auto-dissoudre.

Une mise en pratique quotidienne du reductio ad Macronum permet de dissoudre la gauche dans la droite et la droite dans l’extrême droite.

Ne reste plus qu’une droite néolibérale, sécuritaire, sanglante et décomplexée, ce qui en langage technique s’appelle l’extrême centre.

Un centre qui est partout et dont la circonférence n’est nulle part, c’est dire si le mouvement est ambitieux, voire hégémonique.

La capacité du reductio ad Macronum à dissoudre tous les corps intermédiaires vient de sa structure moléculaire identique à celle de l'hydroxyde de sodium pur plus connu sous le nom de soude caustique.

Mélangées à l’eau tiède de la naïveté et de la connerie ambiante nous sommes en présence d’une solution transparente visqueuse beaucoup plus corrosive qu’à l’état pur. Son agressivité est amplifiée par son aspect mouillant soi-disant bienveillant qui augmente significativement la sensation de brulure à son contact sur la peau ou sur les sphincters, car après tout, il faut bien se laver de temps en temps.

De formes variables, blanches, déliquescentes, malodorantes pour ne pas dire fétides, le reductio ad Macronum s’attaque aussi aux réservoirs qui sont censés le contenir. Il n’est pas rare, en effet, de voir apparaître des fuites qui ont tendance à s’agrandir au fil du temps lui faisant ainsi perdre sa majorité absolue. Phénomène bien identifié dû à la corruption corrosion des esprits.

Le montant des retraites, l’indemnité chômage, les APL, les CDI, l’ISF, le statut des cheminots, rien ne lui résiste.

La contrepartie la plus notable au reductio ad Macronum est sans aucun doute ce que les spécialistes toujours férus de locutions latines appellent pudiquement le dividendis ad libitum, c.-à-d. la distribution « à volonté » de dividendes sous la forme d’espèces et/ou d’actions, 60 petits milliards d’euros distribués fin décembre dernier dont 12 sous la forme d’actions.

Il ne peut pas y avoir de reductio ad Macronum sans dividendis ad libitum, c’est évident et tellement logique.

Que devient la transition écologique face à ces différents mouvements politiques polymorphes multisectoriels à haute densité capitalistique globalisée comme dirait Alain Finkielkraut ?

C’est simple, le reductio ad Macronum couplé comme on l’a bien compris aux dividendis ad libitum permet aux entreprises du CAC 40 d’investir massivement dans la « transition ».

C’est simple, oui, mais il fallait y penser.

Commençons par la transition ! Bien sûr !

Rien ne ressemble plus à une transition longue qu’une longue transition. La notion de très longue transition est subjective, tout dépend du référentiel temps qui pourrait servir à mesurer la différence entre les deux.

Le reductio ad Macronum est sans aucun doute le chemin le plus court pour aller d’une catastrophe économique à une catastrophe sociale et d’une catastrophe écologique à une catastrophe sanitaire, les deux derrières dernières étant parfois liées.

Puisque la mode est au latin, qu’il nous soit permis de lancer à notre tour, haut et fort, ce slogan plein de lucidité et de bon sens « A bove ante, ab asino retro, a stulto undique caveto » que l’on peut traduire par « Prends garde au bœuf par devant, à l'âne par derrière, à l'imbécile par tous les côtés. »

Bonne nuit.

 

 

 

 

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