L'escroquerie libérale : le chaos organisé.

Dans une économie ultra libérale et mondialisée, les banques, les institutions financières, les Très Grandes Entreprises et les Etats ont engendré un monstre apatride incontrôlable, "le plus blême parmi les êtres pâles". Nous vivons au quotidien avec ce monstre, il nous agresse régulièrement, un jour, peut être, il gagnera tous ses paris. Le "Crépuscule des idoles" n'est pas loin.

Apatrides, oui, mais pas complètement inconnus, des noms qui résonnent :

JP Morgan, Bank of America, Citigroup, Deutsche Bank, Goldman Sachs, Barclays, Crédit Suisse, Morgan Stanley : des revenus en nette hausse, 35 % de croissance sur un trimestre, il y a peu, entre 2012 et 2013, le présent et l'avenir rayonnent de promesses tenues, les "forecasts" sont EU-PHO-RIQUES !

Oubliée la crise des subprimes ! des dizaines de milliards de dollars de résultats cumulés, deux ans seulement après le krach.

Mieux : c'est cette crise qui les a considérablement renforcé, le temps pour les Etats, pour vous, pour moi, de stopper la gangrène à coups de milliers de millions de milliards de dollars...cette crise qu'ils ont organisé en toute impunité.

"Le chômage pour eux, les poches pleines pour nous", c'est la devise de Goldman Sachs. Le libéralisme fait appel aux deniers publiques pour renflouer ses caisses, des pertes abyssales "socialisées", des énormes profits "privés", la logique est respectée.

Deux gigantesques laboratoires pharmaceutiques, Pfizer et Allergan, fusionnent pour mieux échapper au fisc US, le coût de l'opération est estimé à plus de 160 milliards de dollars, le mariage de la carpe aux gros seins siliconés, Allergan, et du chaud lapin lubrique et viagarisé, Pfizer, l’érotomanie libérale parle d'elle-même... 

L'intérêt collectif ? connait pas ! le bien commun ? une foutaise ! sauf quand il s'agit de sauver l'économie d'un "désastre systémique", dans ce cas très spécifique on peut avoir besoin de nous et de nos impôts mais c'est très exceptionnel. 

Evidemment.

L'optimisation fiscale est la règle, la distribution de dividendes - toujours plus importante - est une religion qui recrute ses apôtres sur toutes les places du monde, tellement fiers d'en faire partie, "je suis associé chez Goldman Sachs et toi tu fais quoi ?"

"Je suis fier d'être un patron industriel qui délocalise, assez de faux semblants : la perte d'emploi, la déstabilisation industrielle, c'est normal, c'est l'évolution" : Guillaume Sarkozy, le frère de l'Ex, ancien Président de l'Union des Industries Textiles et ancien Vice Président du MEDEF est parfaitement représentatif de cette caste, lui non plus n'a pas de tabou, l'ADN de la famille est un programme politique, économique et moral. Il vient de se faire virer de Malakoff Médéric.

Que vient faire l'éthique dans cet univers ?

Le textile  et l'habillement -Benetton et d'autres- délocalisent en Chine et en Inde ; la grande distribution aussi, Carrefour, Auchan... les français suivent le pas comme le reste du monde. Celui qui refuse ce modèle, ou qui en dénonce la logique et ses mécanismes, se retrouve vite dehors, hors jeu. 

En externalisant leur production, ces entreprises délocalisent, au passage, leur pollution. Bien joué ! l'alerte rouge est à Pékin, pas à Lille, les apparences sont sauves.

Face aux turpitudes d'un capitalisme financier fou qui ne connait ni la crise ni ses limites, le législateur envisage des mesures d'encadrement, des outils, des procédures de contrôle et met en place de nouvelles réglementations. Timides, prudentes mais elles ont le mérite de voir le jour, "les peuples exigent que... l'opinion publique ne pourrait pas comprendre que..."

La riposte est immédiate, elle a un nom le "shadow banking", des opérations hors bilan qui échappent, par nature, aux règles imposées, aux ratios prudentiels, à la loi. Les "effets de leviers" sont là, terriblement efficaces quand il faut gagner énormément d'argent dans un laps de temps très court, sans trop alléger sa trésorerie, sans trop miser, il s'agit de jouer avec des fonds qui n'appartiennent pas à celui qui spécule, les risques sont pour ceux qui "prêtent" leur argent, pas pour les traders day to day.

Le shadow banking : refaire la même pyramide, appliquer les mêmes recettes mais sans se faire piquer, à l'abri des regards et des lois. La perversité fait partie de l'ADN libéral.

Pour éviter une contamination aux petits épargnants, pour éviter une panique généralisée, on a imaginé de séparer les banques d'investissements, les "méchants", des banques de détails, les "gentils", manichéisme pédagogique qu'on appelle aussi "manipulation de masse" habilement relayée par Nicolas Doze, l'autoproclamé "nettoyeur" de BFM, cela ne s'invente pas, et par son mentor Marc Fiorentino : on se rassure à pas cher, on se donne bonne conscience en faisant avaler couleuvres sur couleuvres à tous ces gogos qui, de toute façon, ne rapportent plus rien, depuis très longtemps déjà, la classe moyenne, l'idole d'hier, sur laquelle reposait l'économie mondiale, est tondue comme un œuf aussi chauve que je suis chauve.

Le chômage en prime. Des chômeurs contrôlés, mesurés et fliqués,  aussi bien par Sapin que par Woertz.

Un comble !

Mais pas de remord, aucune espèce de pudeur.

Les Etats payent la note deux fois : une fois en soutenant un système bancaire en faillite ; une deuxième fois en finançant le chômage massif qui découle de leurs folles enchères.

C'est maintenant que  le cynisme, la partie reptilienne du cerveau libéral, entre en scène : ils spéculent contre ces états bienfaiteurs, contre ceux là même qui les ont aidé, ils bouffent la main de leurs sauveteurs ; le jeu consiste à spéculer contre les dettes souveraines. Ces petits génies commencent par la Grèce, le maillon faible, attaque ensuite le Portugal, l’Irlande, l'Italie et l'Espagne.

La France est un trop gros morceau, toujours un peu indigeste, elle sera soutenue : Standard & Poor's vient de passer de mode, ses avis comme ses notes, n'intéressent plus personne, les taux restent encore bas.

Pas pour longtemps...

Va pour l'endettement et la dette publique sachant que les banques et les TGE échappent toujours, et de plus en plus, aux impôts. Elles.

Le chômage est un cancer pour ceux qui le subissent, une porte de salut pour le libéralisme, c'est en effet par son intermédiaire que le capitalisme financier passe pour enfoncer le clou, une touche finale et mortelle, la FLEXIBILITÉ : des emplois précaires, des temps de travail extrêmement courts, des rémunérations de plus en plus basses. Les 35 heures vont mourir par inoculation du virus libéral, Macron et Valls y tiennent, leur ADN est libéral. Et insupportable car prétendument "de gauche" !

Le tout sponsorisé, expliqué, justifié et magnifié par une cohorte de journalistes en goguette qui nous expliquent que "L'Espagne est en train de récolter les fruits de sa rigueur" ! Mes enfants qui y vivent, après 5 voire 6 ans d'études supérieures, peuvent vous en parler...deux jours de travail par semaine, royalement payés 400 € par mois ! avec des CDD d'un mois renouvelables...des jours a attendre un appel...

La logique :

Je fabrique une crise ; je force les Etats à me soutenir ; ils s'endettent au-delà du raisonnable, je parviens à les affaiblir durablement ; je spécule contre eux, contre la dette que j'ai créé, ils plongent encore plus ; pendant que je m'enrichis sur leur dos, ils financent ce chômage que j'ai fabriqué, ils s'appauvrissent encore, ils sont à ma portée, à ma merci ; à partir de là je suis enfin capable d'imposer mon sacro-saint "business model", mon modèle économique, avec mes propres matrices, avec mes propres règles de fonctionnement : travailler pour 6 € / heure, 47 heures / semaine (le must), sans RTT et pour une durée de 67 à 70 ans, avec une toute petite retraite ; j'ai même le droit de licencier ces "inutiles" quand je veux, sans préavis, sans indemnités ; j'exige que mes charges (patronales) soient allégées, j'ai besoin de créer de la richesse, ma richesse, relisez Fiorentino, il connait bien ; en bonus, je ne paye pas d'impôts, j'assure mon golden parachute après avoir perçu un confortable golden hello pour me faire des golden b...

J'allais oublier : et je vous emmerde !

De toute façon vous n'avez plus le choix.

"Le Marché" est rassuré.

La Chine vient de vivre son premier krach boursier, une chute rapide supérieure à 20 %, sa bulle immobilière, une de plus : la croissance mondiale s'enrhume, les pays, émergents, les pays riches et moins riches, jouent avec leurs devises, USA, Grande Bretagne, Russie, Japon, Brésil : ce que l'économie ne fait pas d'elle même, avec ses propres ressources financières, industrielles et sociales, la monnaie  le fera. Les swaps de taux relancent la spéculation.

Ces politiques monétaires expansionnistes intimident toutes les banques centrales, elles craignent  que les taux d'intérêts long terme remontent, que les actifs baissent, que la croissance s’effondre définitivement. Un peu d'inflation mais pas trop, surtout pas de récession, la hantise.

Banques centrales et gouvernements sont scotchés, impuissants spectateurs face à un pouvoir qui les dépasse.

Le libéralisme y gagne ce que la démocratie y perd. Cela a commencé dans les années 80-90.

Ne restons pas bloqués sur les subprimes, les risques reviennent à la charge, ils s'accumulent, ils sont là, très proches : le marché obligataire récupère la mise avec des risques considérables liés à sa structure, le système fonctionne à condition que les taux, par définition fixes, restent constants mais si, par malheur, les taux d'emprunts remontaient c'est tout le système qui exploserait, les crédits spéculatifs accordés aux entreprises sont potentiellement mortels dans un contexte ou il n'est plus rare de voir remonter les taux, aux USA en particulier.

Pour commencer je fabrique une crise économique dont je me débarrasse très vite pour ne pas m'auto-intoxiquer, par le biais, notamment, d'un instrument financier, la titrisation, instrument décrié à juste titre mais que certains veulent relancer comme le propose aujourd'hui l’impayable Michel Barnier.

Ensuite je fabrique une dette publique par transfert de mes actifs pourris, la théorie des dominos appliquée aux nuls, les Etats, qui n'y voient que du feu, soutiennent tout l'édifice.

J'enfonce le clou en  spéculant contre ces Etats qui m'ont tendu la main afin de créer une gigantesque crise sociale.

Une fois le nettoyage terminé je peux enfin imposer mon modèle économique.

CQFD.

Le risque est là mais l'environnement économique et politique a changé : les Etats ne disposent plus de ressources suffisantes pour soutenir un nouveau krach comme celui que nous avons connu entre 2008 et 2010.

Il faudra aller puiser dans les réserves des particuliers pour faire ce que les Etats ne pourront pas faire.

C'est à ce moment là qu'on pourra se faire une idée précise sur la solidité du "mur" entre banque de détail et banque d'investissement, un vrai test grandeur nature !

 

Mais rassurez-vous, de toute façon, comme dit l'autre, à la fin c'est Goldman Sachs qui gagne.

 

 

 

 

 

 

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