On a perdu toute trace de Steve dans la nuit de vendredi à samedi...

La scène s’est déroulée à Nantes, vendredi dernier, le jour de la fête de la musique. Steve est fatigué, il s’adosse à un mur de son, il est environ 4 heures du matin, la fête est en train de se terminer. Le week-end suivant il se rendra aux Pays-Bas, il en rêve, il a tout organisé, il ne veut donc pas se « cramer », il s’économise. Il est sur le point de rentrer chez lui...

La scène s’est déroulée à Nantes, vendredi dernier, le jour de la fête de la musique.

Steve est fatigué, il s’adosse à un mur de son, il est environ 4 heures du matin, la fête est en train de se terminer.

Le week-end suivant il se rendra aux Pays-Bas, il en rêve, il a tout organisé, il ne veut donc pas se « cramer », il s’économise.

Il est sur le point de rentrer chez lui.

Bombes lacrymogènes, matraques, charges de la police pour répondre à des jets de canettes de bière et à des insultes.

Les gamins étouffent, crachent, pleurent et cherchent à fuir les assauts d’une brigade qui n’a rien de légère.

Quinze gamins acculés rendus aveugles par la fumée finissent par tomber dans la Loire en contrebas.

Quatorze d’entre eux regagnent les berges du fleuve à la nage, pas Steve qui ne sait pas nager.

Depuis, personne n’a eu de nouvelles du gamin.

Son silence est tragique.

J’ai perdu un fils le 4 janvier 2018, il n’y a rien de pire sur terre pour des parents, absolument rien, pas même une maladie qui nous menace, je sais de quoi je parle.

Je me souviendrai toute ma vie de cet appel téléphonique que j’ai reçu à 7h, ce jour-là, pour m’annoncer la mort de mon bonhomme, ainé de mes quatre enfants.

C’est un cauchemar. Encore aujourd’hui.

Je pense donc aux parents de Steve, à ses frères et sœurs, s’il en a.

En ce qui me concerne, j’ai focalisé ce drame sur la moto que conduisait mon fils, ce soir-là, vers 21 heures.

Saloperie de moto !

Ce coup de téléphone était brutal, irréel, monstrueux, mais je n’ai pas eu à vivre ce que les parents de Steve vivent probablement, l’attente, l’angoisse, l’espoir, la peur…

La riposte des forces de l’ordre était-elle proportionnée ?

L’enquête ne le dira probablement jamais, l’IGPN est programmée pour relativiser les débordements des forces de l’ordre, sa crédibilité est sujette à caution comme on a pu le constater après les nombreux accidents qui ont jalonné les manifestations des gilets jaunes.

Je ne sais pas si la riposte était, oui ou non, proportionnée, mais je sais une chose : la disparition de Steve, elle, est monstrueusement disproportionnée.

Le cauchemar des parents de Steve ne fait que commencer, j’en ai bien peur.

Je suis avec vous.

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