Emmanuel Macron ou la stratégie du fossoyeur

Rire de tout ? C'est dur ! reconnaissait Pierre Desproges qui, pourtant, ne connaissait pas Emmanuel Macron ...

Viens-tu troubler, avec ta puissante grimace,
La fête de la Vie ?

Sans regrets, sans remords, tel est le message urbi et orbi d’Emmanuel Macron, hier soir : « Je peux vous le dire : nous avons eu raison de ne pas reconfiner la France à la fin du mois de janvier parce qu'il n'y a pas eu l'explosion qui était prévue par tous les modèles ».

Il a devant lui toute une série de chiffres plus catastrophiques les uns que les autres, les services de réanimations explosent, les soins intensifs sont submergés, le taux de déprogrammation atteint déjà 80 % dans certains hôpitaux, « l’explosion qui était prévue par tous les modèles » est bien là, sous ses yeux, sous nos yeux, mais rien n’y fait, il s’entête.

Des morts évitables qu’il ne veut pas éviter par peur d’avoir tort, de s’être trompé.

« Je peux vous affirmer que je n'ai aucun mea culpa à faire, aucun remords, aucun constat d'échec ».

J’aimerais que l’on m’explique comment un homme normalement constitué peut oser dire cela en plein drame sanitaire national, on « comptabilise » les morts par dizaines de milliers …certains, certaines auraient pu être sauvé(e)s, c'est une certitude.

Une vingtaine de départements sont dans le rouge vif, à bout de souffle …il décide de n’en sélectionner que trois pour les inclure dans un protocole de mesurettes qui se résume à une heure de couvre-feu gagnée et à l’ouverture des cordonneries …

Il ne veut pas, il ne peut pas reconnaître ses erreurs.

Demain c’est la France entière qui sera sous oxygénothérapie intense ou en intubation trachéale, le système sanitaire français est en pleine agonie, sa mort est programmée. Dans une semaine, dans dix jours, peut-être quinze.

Plus aucun virologue, plus aucun infectiologique, plus aucun épidémiologiste pour le soutenir.

Le divorce entre Macron et la communauté scientifique a commencé le 29 janvier dernier, il y a 18 500 morts environ ...environ ...

Les médecins urgentistes, les responsables de soins intensifs ont une seule mission : sauver des vies lorsqu’elles sont sur le point de s’éteindre, « coûte que coûte », cela se joue parfois à une ou deux heures près.

Quelle récompense quand ils y arrivent !

Le but de toute une vie professionnelle !

C'est un fils de médecin et frère d'un chirurgien qui vous le dit.

D’ici à mardi prochain, ces médecins vont devoir choisir entre ceux qui pourront vivre et ceux qui devront mourir, entre ceux qu’ils vont prendre en charge et ceux qu’ils vont abandonner : ce choix que certains appellent « tri », un mot qui me révulse quand il s’agit de la vie, moins quand on parle de bouteilles vides, est la pire chose qui soit pour un médecin et pour son équipe, inutile de chercher plus loin, c’est le summum de l’horreur.

Les déclarations d’Emmanuel Macron hier soir ne sont pas dénuées d’arrière-pensées : il persiste et signe à quelques mois de la prochaine présidentielle qu’il veut gagner ; il prend date par rapport à d’éventuelles poursuites pénales.

Voilà le calcul que lui inspirent les morts.

La Ve République n’est pas seulement incapable de répondre aux défis d’un monde devenu trop complexe pour une démocratie moribonde, elle engendre aussi des monstres.

 

Les charmes de l'horreur n'enivrent que les forts !

 

P.-S. – Les deux vers qui encadrent ce billet sont tirés de la Danse macabre de Charles Baudelaire dans Les fleurs du mal.

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