Recette infaillible pour éradiquer définitivement l’abstentionnisme

Certains imaginent que pour éradiquer définitivement l’abstentionnisme il suffirait de rendre le vote obligatoire. Rien ne serait moins efficace, l’obligation de faire ou de ne pas faire ne fonctionne pas, sauf à l’armée et encore …non, il faut faire croire à l'électeur que son vote est utile, ce n'est pas plus compliqué que cela !

Certains imaginent que pour éradiquer définitivement l’abstentionnisme il suffirait de rendre le vote obligatoire.

Rien ne serait moins efficace, l’obligation de faire ou de ne pas faire ne fonctionne pas, sauf à l’armée et encore …

Je t’interdis de ne pas m’aimer / je t’oblige à m’aimer.

Je t’interdis de picoler / je t’oblige à boire du Perrier, rien que du Perrier, tout le Perrier.

Je t’interdis de taper ta femme / je t’oblige à la masser délicatement tous les soirs quand tu rentres fin bourré et de lui dire que tu l’aimes avec un bouquet de fleurs.

Je t’interdis de violer ta voisine / je t’oblige à lui écrire des poèmes romantiques une fois par semaine, mais pas plus.

Je vous interdis, monsieur le curé, de faire sauter sur vos genoux le petit Marcel / je vous oblige à vous désexualiser corps et âme. Vous pouvez ajouter « j’y veillerai personnellement », on ne sait jamais, sur un quiproquo, ça peut marcher.

L’obligation et l’interdit doivent s’accompagner des moyens nécessaires à leur exécution, il s’agit de s’assurer que le protocole est strictement respecté et appliqué en toute circonstance, 24h/24, 365 jours par an, aucune exception ne peut être tolérée.

Les « moyens de » … une expression devenue un enjeu économique et politique majeur en ces temps de libéralisme financier échevelé, la justice, la santé, la police, l’éducation, la culture, les APL, les retraites, le RSA, les indemnités chômage …nous n’avons plus les « moyens » de rien ! Il faut s’y faire.

Non, on ne peut pas demander à des abrutis de devenir intelligents, l’inverse est malheureusement beaucoup moins vrai, la translation entre un état et un autre se fait mécaniquement, c’est ce qui rend la connerie si envahissante. Plus le temps passe et plus cela s’aggrave.

Pour éradiquer définitivement l’abstention, il n’y a qu’un seul moyen : il faut faire croire à l’électeur que son vote est utile.

Utile à quelque chose, peu importe quoi.

Mais cela ne suffit pas, encore faut-il le prouver ! La fameuse démonstration par la preuve si chère aux scientifiques et à Éric Zemmour !

Nous disposons de nombreux exemples pour démontrer que, oui le vote est utile, qu’il sert bien à « quelque chose ».

Derrière chaque bulletin de vote se cache un électeur, une électrice qui rêve de servir à quelque chose. De grand, bien sûr.

Il faut d’abord lui parler de « démocratie » et de « République », le ton convaincu, la voix un peu chevrotante sous le coup de l’émotion, l’œil humide. La corde sensible, voyons !

La République !

Quelle magnifique invention, quand on y pense. On peut tout dire en politique, tout faire à condition d’être RÉPUBLICAIN.

La République populaire démocratique de Corée, République, populaire, démocratique, les mots importants sont là, dans le bon ordre.

Oui, on peut tout faire, mais sans s’appesantir sur de Gaulle, Jaurès, Blum ou Mendes-France ; encore moins sur Napoléon, Pétain ou Joseph Fouché surtout si vous habitez Lyon ou sa proche banlieue, Villeurbanne par exemple.

Ensuite il faut prendre les bons exemples, savoir illustrer le propos, être à la hauteur des enjeux, rien n’est plus facile, je me demande d’ailleurs pourquoi personne n’y a pensé !

Attention ! Il ne faut pas assommer l’électeur frileux ou défaillant en le matraquant d’exemples historiques trop nombreux ni trop lointains, il faut penser « contemporanéité », c’est fondamental.

Un exemple à gauche.

Un exemple à droite.

Ou deux, mais pas plus !

La chronologie et l’enchainement des exemples ne sont pas anodins, il faut savoir faire preuve d’intuition, de doigté et de pédagogie : rien ne serait plus contreproductif que de citer Pétain ou Napoléon devant un noir (musulman) ou un juif (juif). C’est une question de bon sens.

Il est vrai que l’on peut toujours faire le pari de l’ignorance et de l’inculture, voire de la connerie, c’est souvent payant, mais j’attire tout de même l’attention sur un risque de malentendu ; or nous recherchons l’efficacité.

À gauche Mitterrand, sa vie, son œuvre, le plaisir d’offrir, la joie de recevoir : 1983, le tournant de la rigueur, l’alignement du « socialisme » sur le libéralisme financier. Un chef-d’œuvre ! Si votre interlocuteur est de gauche, il votera à droite, s’il est à droite il votera pour Le Pen, mais il votera, c’est le but recherché.

Toujours à gauche, mais pour les plus jeunes, on pourra s’appuyer aussi sur Emmanuel Valls : plus à gauche que lui, tu meures. D’ailleurs ils sont tous morts, comme quoi, il n’y pas de hasard.

Il faut motiver l’électeur.

À droite on s’inspirera de la vie et du parcours politique et judiciaire de Nicolas Sarkozy : son accession au pouvoir, sa sensibilité démocratique quand il s’agit de respecter le vote par referendum des Français qui avaient rejeté le projet de traité européen en 2005 qu’il a copieusement carbonisé en 2007, quelques semaines après son élection ; sa probité, son sens de l’honneur et de l’État. Sa combativité exemplaire aussi quand il s’agit de contester ce que les ingrats et les culs serrés lui reprochent. Un homme qui sait ce que la trahison a d’insupportable.

Nicolas Sarkozy est un bon exemple pour inciter l’électeur à voter : qui ne voudrait pas devenir millionnaire ? À sa place qu’auriez-vous fait, monsieur l’électeur ?

Imparable !

Ne parlons pas de Chirac condamné à deux ans de prison avec sursis, ne parlons pas du « père la rigueur » Raymond Barre qui a passé sa vie politique de ministre de l’Économie et des Finances à planquer le fric des contribuables français en Suisse, ne parlons pas non plus de Guéant, de Cahuzac, de Michel Noir, de Alain Carignon, de François Léotard …

143 scandales politiques majeurs au cours de la IVe et Ve République, des ministres, des Premiers ministres, des présidents de la République.

Je n’ai pas cité DSK, nous ne sommes pas en Angleterre, un président de la République partouzeur addictif, c’est plutôt sympa, non ?

Donner envie aux électeurs de voter en leur faisant croire qu’ils servent à quelque chose, voilà le secret !

En s’appuyant sur des exemples concrets !

Dans L’Esprit des Lois publié en 1748, Montesquieu assoit la République sur un principe simple « La morale de la vertu, la vertu de la morale », il parle aussi d’exemplarité, un mot qui obsède nos politiciens, Sarkozy y est très attaché paraît-il.

En 273 ans nous avons fait de considérables progrès dans ce sens, il n’y a pas de doute.

Je reste très, très, très optimiste, je crois que le jour ou les hommes et les femmes politiques seront réellement « vertueux » au sens ou Montesquieu emploie cette notion un peu vieillotte, il est vrai, alors tous les électeurs reprendront le chemin des urnes.

On a bien attendu 273 ans …

Soyons patients.

J’ai une de ces envies d’aller voter, moi, ce matin, je te vous raconte pas !

Ah les cons !

Ils nous prennent vraiment pour des billes !

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