Non, Emmanuel Macron n’est pas incompétent, c’est un visionnaire. Et un bon !

Grâce au coronavirus la France aura accumulé une quantité phénoménale d’informations sur ce qu’il ne faut pas faire, sur ce qu’il ne faut surtout pas faire, sur ce qu’il est inutile de faire, sur ce qu’il est stupide de faire et sur ce qu’il est dangereux de faire. Emmanuel Macron est un visionnaire. Et un bon !

Je lis, ici ou là, beaucoup de commentaires défaitistes, voire alarmistes, en tout cas toujours trop critiques, avec pour seule cible Emmanuel Macron et son gouvernement.

Comme si le président de la République était l’unique responsable de cette épidémie qui empoisonne, qui emprisonne la France dans une crise sanitaire sans précédent.

C’est très exagéré et injuste, le catastrophisme ne mène à rien.

D’accord, d’un côté il y a la contagion qui se propage à une vitesse « trisonique », le débat sur les masques et sur les tests et de l’autre la manière d’y faire face, ce n’est pas entièrement faux ; d’accord Jean Castex a piloté une réforme « en profondeur » du système sanitaire en 2007, très « en profondeur », c’est vrai aussi, mais ce ne sont pas des raisons suffisantes pour rejeter en bloc tout ce que fait Emmanuel Macron. Au passage, j’observe qu’on le critique aussi sur ce qu’il ne fait pas (sous-entendu, enfin je crois, sur ce qu’il aurait dû ou pu faire), un comble !

Notre président – car aussi fou que cela puisse paraître, c’est notre président depuis plus de trois ans maintenant, il a été élu, ne l’oublions pas – est un visionnaire, un homme d’avenir qui anticipe, il a plusieurs coups d’avance, mais ça ne se voit pas au premier coup d’œil, il faut attendre la fin de la partie avant de juger.

En l’occurrence il anticipe la prochaine épidémie, le mot important c’est « prochaine ».

En effet, grâce au coronavirus la France aura accumulé une quantité phénoménale d’informations sur ce qu’il ne faut pas faire, sur ce qu’il ne faut surtout pas faire, sur ce qu’il est inutile de faire, sur ce qu’il est stupide de faire et sur ce qu’il est dangereux de faire.

Une gigantesque base de données que le monde entier nous envie déjà est en train de se créer au fil des jours, depuis février dernier, une data base qui s’enrichit d’heure en heure : l’Italie, l’Angleterre, l’Espagne et même la Belgique, les « mauvais élèves » de l’Europe, ne peuvent pas rivaliser avec le « modèle français », leurs contributions ayant été jugées quantités parfaitement négligeables par le Haut Comité de la Santé Publique (HCSP) et par le Conseil Scientifique, le mot important c’est « français ».

Soyons fiers !

Nous aurons également appris à ne plus gaspiller bêtement l’argent public avec des tests de type PCR intégralement remboursés par l’État dont les résultats arrivent très longtemps après de multiples contagions que l’on n’arrive toujours pas à tracer correctement.

Un million de tests par semaine à 54 € le test, cela représente tout de même 1 296 000 000 € sur six mois !

Fini le gâchis !

Pour certains c'est un détail, mais en ces temps de restrictions budgétaires, cela a du sens, beaucoup de sens, Castex pourrait le confirmer, c’est un sujet extrêmement sensible chez lui depuis près de quinze ans.

Cerise sur le gâteau, la communication gouvernementale sera revisitée de fond en comble, ce n’est pas rien quand on sait qu’un ministre passe 94.78 % de son temps à communiquer ; contre 96.56 % pour un Premier ministre et 98.71 % pour un président normalement constitué. Pour Macron c’est un peu plus, mais c’est à cause du virus, restons objectifs.

D'ailleurs on notera un changement dans la stratégie de communication du président, il se focalise sur le Liban, un signe qui ne trompe pas.

En politique seuls les mots comptent, le reste est du bavardage.

L’idée est de raréfier la parole et d’essayer de dire le moins de conneries possible le plus longtemps possible, un véritable défi pour les énarques qui nous gouvernent, le mot important c’est « conneries ».

Étant donné que la crise sanitaire va retrouver début novembre son niveau paroxystique de la fin avril, étant donné que le virus de la grippe va se télescoper avec le coronavirus entre novembre 2020 et avril 2021, étant donné enfin que les retards accumulés dans les soins apportés aux malades du cancer, aux malades atteints de pathologies cardiovasculaires, aux diabétiques et aux obèses, étant donné la convergence de tous ces facteurs, donc, il y aura beaucoup, beaucoup de morts, le mot important c’est « beaucoup ».

Il n’y aura plus d’EHPAD en France, les pensionnaires seront tous morts d’ici là et déjà enterrés pour la plupart ; beaucoup moins de retraités aussi, une catégorie sociale qui représente aujourd’hui près de 20 % de la population et qui n’en représentera plus que 3.5 % au printemps 2022, d’après le MEDEF, toujours un peu trop optimiste, il est vrai.

Les comptes de la Nation vont retrouver un équilibre que les agences de rating les plus exigeantes vont gratifier d’un tripe AAA, soit 9 A…

Il faut purger, il y a un prix à payer, on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs, l’immunité collective a un coût, les politiciens professionnels le savent mieux que personne, ce sont des as de l’immunité qu’elle soit individuelle, collective, ministérielle ou présidentielle, peu importe. Sans compter la présomption d'innocence qui les protège de toute forme d'infection pénale, Sarkozy est l'exemple même d'un mutant asymptomatique.

Il n’y a pas d’incompatibilité entre une crise sanitaire aiguë et la bonne santé économique d’un pays, il y a des solutions à tout, il suffit d’un peu d’imagination et de patience, on peut même se passer de réformes, c'est maintenant prouvé.

Le printemps 2022 !

Avec un premier tour de l’élection présidentielle qui devrait se tenir entre le 8 et le 23 avril et le second tour deux semaines après, la passation de pouvoir devant avoir lieu le 13 mai 2022 : voilà une occasion rêvée à ne pas manquer pour qui voudra remercier chaudement notre jeune président, le mot important c’est « jeune ». « Chaudement » aussi, j’ai un peu hésité.

Emmanuel Macron s’est lancé un défi intellectuel en prenant résolument le contrepied du chanteur François Valery dans une de ses célèbres créations pleines d’entrain et de sens : « Aimons-nous vivants, N’attendons pas que la mort nous trouve du talent », il frappe fort le Macron, très fort !

Préférer François Valéry à Mireille Mathieu, cela veut dire quelque chose.

Un président qui réussit à prouver à ses électeurs, vieux, obèses, diabétiques, cancéreux, parfois jeunes, fragiles, que la mort leur trouve du talent, c’est quand même assez exceptionnel, non ? Les vivants l’intéressent moins que les morts, c’est une marque d’estime et de respect, une forme de reconnaissance qui sera appréciée en avril 2022, tout un programme !

Le mot important, c’est « électeurs ».

 

P.-S. – Une pensée émue pour Victor, un ami pécheur de rivière âgé de 67 ans, qui vient d’apprendre que sa mère est morte de la Covid-19 dans un EHPAD des environs de Roanne, 48 heures après le décès de son père, résident du même établissement, mort lui aussi du virus.

 

 

 

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