Macron, Bouvard et Pécuchet

Emmanuel Macron aurait pu inspirer Balzac et trouver sa place dans les "Illusions perdues" dans la peau de Lucien de Rubempré, par exemple mais c'est en Bouvard et Pécuchet qu'il est le mieux, le roman inachevé de Flaubert. Inachevé ? vous avez dit inachevé ?

Deux promeneurs se rencontrent et échangent quelques badins propos sur un banc public, à Paris.

En se saluant d’une façon civile et convenue à la fois ils s’aperçoivent qu’ils ont eu, l’un et l’autre, l’idée d’inscrire leur nom sur le bord intérieur de leur chapeau.

Plus qu’un point commun, un signe d’appartenance à une confrérie qu’ils vont inventer, qu’il faut inventer.

Comme une urgence.

« Alors ils se considérèrent ».

Le style, la formule et la sobriété inimitable de Flaubert.

C’est à partir de ces petits rien que naissent les grandes aventures, le hasard donne un coup de main à une destinée dont on connait, à l’avance, la fin…

Emmanuel Macron alors ministre de l’économie rencontre Pierre Gattaz, ils échangent quelques badins propos lors d’une conférence organisée par le MEDEF.

En se saluant d’une façon civile et convenue à la fois ils s’aperçoivent qu’ils ont eu, l’un et l’autre, l’idée de se faire tatouer le mot « Libéralisme » sur la face intérieure de leur poignet droit.

« Alors ils se considérèrent ».

Bouvard et Pécuchet sont copistes de métier, Macron aussi, Adam Smith par exemple, Margaret Thatcher aussi.

Une analogie ? que dis-je une métaphore !

Macron ressemble à Bouvard, comme lui il a hérité d’une situation politique et économique compliquée par les trahisons tous azimuts de ses prédécesseurs ; Macron est orphelin au sens politique du terme, Bouvard et Pécuchet aussi, au sens familial du terme cette fois.

Un boulevard pour faire autre chose, Macron veut s’affranchir de la droite de Sarkozy et de la gauche de Hollande…

Mais pour faire quoi ?

Poursuivons avec Flaubert la route sinueuse de Bouvard, de Pécuchet et de Macron, elles sont dramatiquement parallèles.

Installés dans le Calvados dans une ferme bourgeoise qui prend l’eau (l’Etat français) Bouvard et Pécuchet ont l’ambition d’échapper à la banalité de leur vie, ils se voient un destin de scientifiques, de pédagogues et de sauveurs de l’humanité.

Macron n’est pas loin, être ministre de l’économie c’est bien, devenir Président de la République c’est beaucoup mieux, Macron se rêve Messie.

Pour y parvenir ils s’achètent une immense base documentaire faite d’ouvrages de vulgarisation, une bibliothèque éclectique.

L’ENA, Sciences Po, DEA de philosophie.

Agronomie, jardinage, médecine, anatomie, astronomie, archéologie, littérature, philosophie, spiritisme, éducation, urbanisme, logique…

Ils s’essayent à tout, à n’importe quoi…

Pour rendre crédible l’amateurisme de ces deux héros Flaubert a quand même lu et étudié pas moins de 3000 bouquins…

L’équivalent de la bibliothèque de Macron ou Touquet.

Impossible malheureusement de s’inventer médecin, de se croire agriculteur, de se voir astronome, interdit de s’imaginer plus croyant et meilleur pratiquant que le curé du village.

Impossible d’être plus jupitérien que Jupiter lui-même.

Des déconvenues, des échecs et des frustrations vont vite laisser place aux drames et aux désastres.

Macron me fait penser aussi à Lucien de Rubempré, ce héros balzacien plein de rêves qui s'effondrent, un looser charmant.  

Le lynchage n’est pas loin, celui-là n’est pas encore médiatique.

Le libéralisme transfert des charges d’Etat vers la sphère du privé, hier des indemnités chômages aujourd’hui des CDD de très courtes durées payés avec un lance-pierre.

Des jobs de 10 heures…des salaires de 450 euros…

La précarité vient de créer plus de 13 millions de pauvres en Allemagne, ou très pauvres, c’est en partie ce qui explique les résultats inquiétants de l’extrême droite avec la xénophobie qui accompagne la pauvreté comme une ombre noire, comme une menace.

L’Espagne a eu un sursaut, une rémission d’un an et demi, elle a fait semblant de s’adapter aux règles ultra libérales que lui impose l’U.E, le résultat est catastrophique, la précarité fait des ravages, je peux en témoigner à titre personnel.

Il n’y a pas de « rigueur » qui ait fonctionné raison pour laquelle Macron s’y jette à corps perdu, il croit pouvoir la réinventer.

La naïveté et l’arrogance, l’amateurisme et le dédain, décidemment ces trois-là se ressemblent.

Pour résoudre la crise du chômage il faut deux choses : des investissement massifs et une classe moyenne capable de relancer la consommation grâce à des salaires décents.

Il n’y a pas d’investissements en France à cause des dividendes colossales que se versent les patrons ; les classes moyennes ont été torpillées fiscalement parlant depuis plus de 20 ans.

Ne parlons pas des fonctionnaires qui payent très cher leur statut.

Macron, Bouvard et Pécuchet.

La fin est connue.

Les échecs de Bouvard et de Pécuchet vont les obliger à revenir à leur métier de base, copistes ils étaient, copistes ils redeviennent.

L’action se déroule après la révolution de 1848, les deux compères sont aussi nuls en politique qu’en astronomie.

Comme Macron qui fait de la politique comme Sarkozy en faisait, l’illusion a duré 4 mois. Pour ceux qui ont voulu y croire.

Malheureusement le « Dictionnaire des idées reçues » qu’il faut lire et relire ne dit rien sur le libéralisme, rien sur Macron.

Pourtant…à « Républicains » on peut lire « Les républicains ne sont pas tous des voleurs, mais les voleurs sont tous républicains. »

Quel visionnaire Flaubert !

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