Planquer Sarkozy sous le Tapie

Dans l'affaire dite "Tapie" on peut se réjouir que la justice aille enfin au bout de sa logique mais cela ne doit pas nous aveugler : une réforme constitutionnelle s'impose de tout urgence afin de mettre un terme définitif à l'article 68 qui entérine l'irresponsabilité pénale des Présidents de la République. La démocratie l'exige !

Laurent Mauduit fait un excellent boulot et exerce son métier de journaliste avec talent et rigueur, c’est certain, cela ne date pas d’aujourd’hui.

C’est aux abonnés de MEDIAPART qu’il réserve les fruits de son expérience, de son savoir-faire et de ses compétences, c’est une chance, en effet.

Autre certitude, l’affaire Tapie est née sous Mitterrand, avant le Crédit-Lyonnais il y avait déjà la SDBO, 35 ans de montages, de dissimulations, de manœuvres obscures et de magouilles.

Le fric roi.

Pour autant, ne nous laissons pas aveugler ni abuser par ces évidences qui masquent un scandale d’une tout autre ampleur, politique cette fois,  car c’est bien sous l’erre Sarkozy que l’affaire Tapie est devenue une « affaire d’État ».

À partir du 25 octobre 2007 s’ouvre des négociations entre le CDR, la banque et Tapie dans le cadre d’un « arbitrage » imaginé par Sarkozy, Président de la République, et mis en ouvre par Christine Lagarde, ministre de l’Économie et des Finances.

À plusieurs reprises Tapie a été reçu dans le bureau du Chef de l’État en présence de Lagarde, de Guéant et d’un certain nombre de « grands commis » plus ou moins officiels.

9 mois s’écoulent, le temps d’un accouchement, nous sommes le 7 juillet 2008, le tribunal arbitral condamne le CDR à verser à Bernard Tapie 403 millions d’euros, dont 45 millions d'euros à titre de préjudice moral.

« Préjudice moral », à ce stade je crois inutile d’expliquer ce que l’on peut penser d’une telle expression concernant Tapie. Un scandale dans le scandale.

Sarkozy était en fonction depuis 4 mois seulement lorsque lui est venue l’idée saugrenue d’un tribunal arbitral, procédure d’habitude exclusivement réservée aux affaires « privées ».

L’état pris en otage par un voyou.

Ou deux…

Nos impôts, nos voleurs.

Le Président de la République ne peut pas être poursuivi par la justice ni même être appelé à témoigner pour des actions perpétrées dans le cadre de ses fonctions, comme l’indique l’article 68 de la Constitution.

Il est pénalement « irresponsable ».

Pas de procédure d’impeachment chez nous, donc.

Pour moi ce scandale est autrement plus grave que l’affaire Tapie-Crédit-Lyonnais, car, au-delà des sommes effarantes en jeu c’est tout le fonctionnement démocratique – juridique et constitutionnel – d’un pays qui est en cause.

Cela n’a pas de prix.

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