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Billet de blog 29 mai 2018

Démocraties en très grand danger

L'UE peut-elle encore survivre ? A quel prix ? La démocratie est-elle compatible avec cette Europe que l'on nous sert depuis 26 ans, depuis le traité de Maastricht ? La révolte des peuples est au bout de l'impasse européenne, il suffit d'attendre encore un peu...

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81 % des Français sont contre l’utilisation du glyphosate et demandent au législateur de l’interdire purement et simplement.

Sournoisement, sans prévenir, en pleine nuit, une majorité de députés a décidé de s’opposer à l’interdiction de l’herbicide phare du groupe Monsanto allant contre les recommandations de l’OMS qui considère, avec moult arguments scientifiques, que le glyphosate est cancérogène.

Contre l'OMS et contre le peuple.

« L'inscrire dans la loi, c'est relancer des tensions », nous explique le rapporteur Jean-Baptiste Moreau (LREM), député et agriculteur de son état.

Mais d’où pourraient bien venir ces « tensions » que semble tant redouter l’agriculteur-député ? Des Français déçus et en colère de ne pas avoir été entendus ? Ou des agriculteurs près à en découdre pour préserver, coûte que coûte,  leur sacro-sainte productivité ? On aimerait savoir.

Les amendements déposés par Delphine Batho et par un groupe de députés proches de Nicolas Hulot visant à proposer des dates butoirs, 2021 ou 2023, ont été très majoritairement rejetés.

Circulez, rien à voir !

Le  ministre d'État, ministre de la transition écologique et solidaire, va finir de bouffer ce qui lui reste de chapeau, persister plus longtemps dans cette triste et pénible expérience gouvernementale  équivaudrait non pas à un reniement, mais à une trahison dont il ne pourrait probablement pas se remettre.

Hulot est d’ores et déjà carbonisé.

Une habitude commence à s’installer un peu partout en Europe qui consiste à tourner ostensiblement le dos aux citoyens, y compris lorsqu’ils s’expriment démocratiquement par votes lors d'élections nationales.

En 2005 les Français consultés par référendum ont majoritairement rejeté le traité établissant une constitution pour l’Europe, avec  un score de 54.68 % contre.

A peine deux années plus tard, Nicolas Sarkozy fait ratifier par voie parlementaire le traité – de Lisbonne –  par des députés, là aussi, soumis et obéissants.

Dès qu’un consensus se dégage et menace les intérêts économiques et financiers de l’UE, les États membres mettent en place des procédures de contournements.

Pour peu qu’une région se rebiffe ou que le vent de l’autonomie commence à souffler, les droites « libérales » sortent l’arsenal pénal pour embastiller les dissidents, véritables hors-la-loi des temps modernes.

Il faut "criminaliser" les opposants, les mettre en prison. Pas qu'en Turquie, ici aussi, chez nous.

La démocratie est ignorée, méprisée, piétinée.

Le peuple italien est en train d’en faire l’amère expérience.

Sergio Mattarella, le président italien, a finalement refusé d’accepter le gouvernement proposé par la Ligue et le Mouvement 5 étoiles. La « pilule » Paolo Savona était trop difficile à digérer, inimaginable, en effet, de nommer un ministre de l’économie et des finances si notoirement eurosceptique.

Plutôt que d’aller dans le sens des urnes, Bruxelles a tenté d’imposer un ministre « convenable », adepte de l’austérité si chère à Merkel et au libéralisme.

Contre l’avis du peuple italien.

Il ne s’agit pas de défendre le régionalisme catalan de Carlos Puigdemont, ni de faire la promotion des populistes italiens de Beppe Grillo, la question qui est posée est celle du fonctionnement de la démocratie au sein de l’UE et de la place qu’elle doit avoir.

Les exemples d’avancées démocratiques qui ont pris de court l’opinion publique, parfois même à rebrousse-poil, ne contredisent pas le propos, la loi Badinter qui abolit la peine de mort, celle concernant le divorce, la séparation de l’Église et de l’ État de 1905, l’IVG, sont autant de conquêtes démocratiques que l’on doit à d’authentiques républicains et républicaines alors minoritaires au moment ou ils, ou elles entamaient leurs luttes.

Un combat d'idées qui s'est joué sur le temps, un temps qui n'était pas "économique".

Un long et lent travail de conviction, d’échanges et de dialogues qui honore la démocratie, qui fait la démocratie, qui fait l'histoire d'un peuple.

Mais aller contre l’expression populaire qui s’est exprimée dans les urnes est une tout autre histoire, ce qui est en jeu c’est la part de responsabilité qu’ont les citoyens dans la marche du pays, aussi faible soit-elle. Les déposséder du peu de pouvoir qui est déjà en train de leur filer entre les doigts est criminel.

Sous la pression d’une Europe technocratique et ultra libérale qui ne sait pas où elle va, la démocratie recule en même temps que croissent les inégalités et les injustices.

Les frustrations s’accumulent, frustrations individuelles qui s’ajoutent maintenant aux frustrations collectives avec, à la clef, un très puissant sentiment d'injustice.

Car c’est bien l’Europe qui est en cause, c’est à elle de s’interroger, de se remettre en question, de s’amender si elle veut survivre.

Après le Brexit, l’UE n’a plus aucune marge de manœuvre, l’Italie pourrait porter le coup de grâce.

Ayant voté contre la ratification du traité de Maastricht en 1992, traité fondateur de l’Europe, je ne pleurerai pas la disparition de cette Europe-là, ce qui est en cause c’est son mode de fonctionnement et la place qu’elle doit laisser à la démocratie.

Privé de sa voix, interdit de s’exprimer librement et démocratiquement, le peuple finira par chercher d’autres moyens d’expression pour se faire entendre et faire entendre ses droits légitimes.

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