« Ci-gît François Charles Armand Fillon, (politiquement) né le 14 juin 1981, (politiquement) mort le 24 janvier 2017. »
Son épitaphe est directement empruntée à « La ballade des pendus » d’un grand homme dont le nom résonne comme un homographe quasi parfait, à la lettre près, François Villon :
« Nous sommes morts, que personne ne nous tourmente / Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre ! »
Troublante coïncidence puisque Villon compose ce poème pendant son incarcération dans l’attente de son exécution dans l’affaire dite Ferrebouc, ici les morts s’adressent aux vivants et implorent compassion et charité chrétienne. Il faut lire et relire ce magnifique poème dont les origines – lieux/dates – ne sont pas aussi claires qu’on veut bien le dire, je laisse aux spécialistes le soin de trancher, ils sont beaucoup plus compétents que moi.
Le premier « poète maudit » ne pouvait pas deviner que six siècles plus tard on ferait un tel usage de sa « Ballade » mais de « poète » il n’en n’est plus question…là s’arrête cet improbable rapprochement, cette odieuse juxtaposition.
Pardon, Monsieur Villon, pour cet outrage.
Fillon a commencé son parcours en Juillet 1981 en remportant son 1er siège de député, ensuite sénateur, président du conseil général, président du conseil régional, six fois ministre puis premier ministre avant de se faire éjecter de l’UMP par Jeff Copé puis de revenir, il y a peu, à la tête des L.R en tant que vainqueur de la primaire de la droite et du centre.
36 ans d’un parcours tellement classique, si typiquement français, si banalement quelconque quand on aspire aux plus hautes fonctions de l’Etat.
Car, en 2017, pour être « Président de la République Française », il faudrait en passer par là !
Entendre François Fillon dénoncer un « système » qu’il a commencé à biberonner à l’âge de 25 ans a quelque chose de pathétique pour ce grand-père toujours actif, vieux beau jamais rassasié, sangsue dont les crocs sont solidement accrochés à la chaire encore rouge de ses proies, car, on le voit bien, l’homme politique est un prédateur comme les autres, il change de proie comme on change de chaussure, à l’usure, la route est longue, elle est même interminable, inter et minable, très minable !
Le sang – des autres – et l’argent – des autres – servent de carburants à ces vampires d’un autre âge qu’un système maintient artificiellement en vie. Nous sommes loin du « système » dénoncé par Fillon, c’est même tout le contraire, c’est lui le « système » !
Comment peut-on s’en étonner ?
Le système Fillon après le système Sarkozy après le système Chirac après le système Mitterrand après le système Giscard…une suite ininterrompue de corruptions, de passe-droits, d’enrichissements frauduleux, de faux empois, de fausses factures, de diamants…peut-être même de meurtres si on peut encore croire Hollande, je crois la fille de Robert Boulin…
Ce qui m’étonne le plus dans le « PenelopeGate » c’est tout le tapage fait autour de cette affaire, comme si on essayait de nous faire croire au caractère exceptionnel, accidentel, d’une dérive institutionnalisée aussi vieille que la IVe et la Ve république, vieille de 70 ans !
Allons !
Non, la notion d’emplois fictifs ne concerne pas seulement Pénélope Fillon, c’est toute la vie politique de son mari dont on parle.
Et de la France depuis au moins trois ou quatre générations de politiciens professionnels qui tirent leur richesse du pouvoir qu’ils détiennent, ici ou là, notre sang, notre argent.
Il est encore temps d’en changer mais le combat sera rude, très rude !
Vive demain !
Vive nous !