Dans quel zone du globe, dans quelle démocratie peut-on voir un homme politique se présenter au suffrage universel avec un tel pédigree, dans de telles conditions ?
En France, en 2016.
Le pays de Voltaire, d'Hugo, de Montesquieu, de Jules Valles, cher Vingtras, de Rousseau, Le pays des droits de l'homme.
Chez nous, chez vous, chez moi.
Aux yeux du monde, contre toute logique, contre le bon sens, contre toutes les évidences.
Sauf ultime coup de théâtre Sarkozy ne sera pas jugé avant 2017, il le sait. Mieux, si jamais il était élu (par malheur) sa fonction le protégerait pendant au moins 5 ans, jusqu'en 2022 ! pour une affaire qui remonte à 2012...
Il est mis en examen dans cette affaire des dépassements de ses comptes de campagne au motif de "financement illégal de campagne", vous avez bien lu "illégal".
Alors que le seuil maximum des dépenses électorales - principe d'égalité entre candidats - est fixé à 22.5 millions d'euros, Sarkozy en a dépensé 41 ! sans compter 10 millions escamotés via l'UMP, somme qui n'a pas été comptabilisée dans ses comptes de campagne. Un dépassement de 28.5 millions d'euros contre un plafond autorisé de 22.5 millions, largement plus du double !
Il risque 10 ans d'emprisonnement et 150 000 € d'amende. Pour l'amende il sait comment la régler, il a déjà eu l'occasion d'alléger son portefeuille mais pour la taule...
Les juges en charge de l'instruction, - ces juges que Sarkozy aime tant - semblent avoir plusieurs témoignages en mains qui prouvent que Sarkozy "savait" que ses comptes explosaient, contrairement à ses dénégations.
Du lourd !
Sarkozy est mis en examen dans une deuxième affaire pour trafic d'influence, il est fortement soupçonné d'avoir cherché à influencer le juge Gilbert Azibert pour connaître et anticiper ce que la justice allait faire de ses agendas, agendas truffés de noms et de rendez-vous compromettants dans d'autres affaires, Karachi, Tapie...en compensation de ses "efforts" le juge Azibert serait nommé à Monaco.
Sarkozy et son célèbre avocat - lui-même mis en examen - tentent d'empêcher la justice d'utiliser des bandes enregistrées, ils ne se battent pas sur le fond de l'affaire ils essayent tout bonnement d'interdir à la justice d'utiliser les preuves qu'elle détient ! Du déjà vu dans l'affaire Bettencourt, mêmes hommes, même méthodes.
Dans cette affaire Sarkozy est mis en examen pour "trafic d'influence", pour "corruption active" et pour "recel de violation de secret professionnel".
L'instruction est en cours.
Il risque, là encore, 10 ans d'emprisonnement.
Faisons l'économie de citer les autres affaires dans lesquelles l'Ex est trempé jusqu'au cou, ces deux mises en examen suffisent à elles seules, ou devraient suffire, à discréditer un candidat qui a quand même exercé les plus hautes fonctions de l'état, Président de la République pendant 5 ans, ministre de l'intérieur, ministre d'Etat en charge de l'économie, de l'industrie et du budget, j'en passe...
Et le Droit ? et le bon sens ? et l'honneur ? et la démocratie ?
On va vous répondre que la présomption d'innocence doit bénéficier à tous les citoyens français. Tous ? vraiment ? y compris pour celui qui brigue le titre et les fonctions de Président de l'une des premières puissances, la plus représentative, la plus emblématique qui soit en termes de conquetes démocratiques ?
Que dire à ces gamins qui dealent de la chnouf ? que dire à ces ouvriers cgtistes qui arrachent la chemise d'un dirigeant qui vient de les licencier ou qui les menace ?
Un candidat comme Sarkozy est au moins autant disqualifié que l'était Strauss-Kahn, pour d'autres motifs, pour d'autres raisons.
Certains n'hésitent pas à dénoncer un "comportement de voyous" comme le fait Chantal Delsol dans le monde de ce jour et le discrédit qui l'accompagne.
Irréversiblement.
Il faut s'interroger sur les conséquences désastreuses et calamiteuses que ces candidatures ont et auront sur nous : ici en France, là en Europe et partout dans le monde où le droit reste un des piliers de la démocratie.
S'en accomoder c'est prendre le risque d'une lepenisation généralisée en plus d'un discrédit national.