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Billet de blog 22 janv. 2023

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Daniel Zimmermann : trombone pour être vrai

Le tromboniste de jazz sort cet hiver « L’Homme à la Tête de Chou in Uruguay », troisième album sous son nom. Intention déclarée : réincarner neuf chansons de Serge Gainsbourg (période pré-Gainsbarre). Daniel Zimmermann atteint des sommets sans récuser l’original. On écoute en boucle le chant virtuose du styliste, les arrangements, le brio des musiciens, l’alchimie sidérante du quartet.

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Daniel Zimmermann "L'homme à tête de chou in Uruguay" © Label Bleu

Le disque Histoire de Melody Nelson paraît en 1971, trois ans avant la naissance à Châtenay-Malabry de Daniel Zimmermann. Voilà pourtant l’« album concept » - le premier de Serge Gainsbourg - que le tromboniste de l’Orchestre national de Jazz retiendra pour son troisième album, "L’Homme à la Tête de Chou in Uruguay". Il découvre le disque à quinze ans. Commentaires de l’improvisateur dans un restaurant des Halles (Paris), début janvier. Zimmermann : « je considère Melody Nelson comme l’apogée d’un compositeur dont j’aime la poésie, le style, l’élégance, la classe. Je l’écoute très souvent. Je piétinais l'an dernier pour composer. Naturellement, je me suis tourné pour le matériel brut vers l’œuvre de Gainsbourg. L’idée s’est avérée très vite la bonne : j’ai retenu beaucoup de chansons ». Plusieurs enchantements glorifient ce disque.

Ce qui charme en premier : Zimmermann s’adosse aux chansons pour garnir des solos chargés de poésie. S.S. in Uruguay, Bonnie and Clyde, Ballade de Melody Nelson, New York-USA, Comic Strip, ouvrent autant de féeries vers de splendides paraphrases. Préposé aux mélodies, le soliste infléchit résolument son instrument sur les airs, enjambe en majesté les suites d’accords, digresse. Il confesse : « le phrasé, c’est la quête de ma vie - ce qui chaque jour attise mon intérêt pour le trombone. J’aime parler dans sa langue. Je joue en permanence comme je parle. J’évite les exercices de style compliqués. Chaque son y porte toutefois une personnalité et une respiration propres. Pour cela, je croise le travail sur le son avec le travail mélodique. » L’enchaînement des effets de dynamique et de timbre, cohérents de bout en bout, confèrent une horizontalité agréable à l’ensemble.

Deuxième enchantement : l’excellence de la formation. On retrouve Erik Truffaz. Ses chorus sur Bonnie and Clyde, La Noyée et Ballade de Melody Nelson, aux énoncés à la fois intimistes et lumineux, insufflent une séduction sage. Les trouvailles du trompettiste se fondent à la perfection dans le projet. Zimmermann, épaté : « Truffaz n’a fait pratiquement que des premières prises »… Quant aux parties des accompagnateurs : quelle réussite ! On aimerait tous les entendre davantage. Les improvisations du guitariste Pierre Durand - en phase - brillent cependant de mille inventions. La contrebasse de Jérôme Regard, dans le dialogue incessant (Bonnie and Clyde - encore), ondule comme un poisson dans l’eau (ou dans tout autre liquide apprécié par Gainsbourg). Les interplays quasi-fusionnels de chaque membre de la section rythmique (Julien Charlet, batteur, tout en subtilité) épousent le discours général. Le quartet - une paille de 80 concerts pour son précédent disque Montagnes Russes - c’est un peu sa bande... À la fois soliste principal, leader et architecte, Zimmermann peut donc s’asseoir rassuré au fond de la Rolls de Gainsbourg. Tout est raccord. Car là réside, en effet, le paradoxe essentiel. Deux facettes cohabitent. On trouve le leader dans le cadrage et dans les improvisations de l’album. Non sans effort ni douleur. Simultanément « cérébral et allergique à toute forme de contrôle » (selon ses mots), le tromboniste du dernier groupe de Claude Nougaro avoue traverser les périodes de création dans une tension considérable. On ne se plaindra pas du résultat. Les pièces s'avalent d’un trait.

Bruno Pfeiffer

CD : L’Homme à la Tête de Chou in Uruguay (Label Bleu/L’Autre Distribution)

CD : Montagnes Russes (Label Bleu/L’Autre Distribution, 2016)

CONCERTS DANIEL ZIMMERMANN

CONCERTS  2023

L'Orchestre national de Jazz le mercredi 11 janvier 2023 à 20h30 au Pannonica (Nantes), après la première étincelante (création mondiale) au Studio 104 de Radio France le 10 décembre dernier . Le programme, intitulé FRAME BY FRAME, rend hommage aux musiques de King Crimson, Genesis, Pink Floyd et Henry Cow. Autant de formations qui ont lancé le rock progressif anglais fin des années 60/années 70. Autant de plaisirs. Les arrangements signés Airelle Besson, Sylvaine Hélary, Sarah Murcia et Frédéric Maurin (qui dirige magnifiquement cette cuvée de l'ONJ) explosent, sidèrent, transfigurent des pièces à l'origine déjà bouillantes de lyrisme et de créativité. Le premier morceau à lui seul (Red - King Crimson, 1974), m'a traversé de haut en bas. Chorus de guitare inouï de Fred Maurin. Le travail des trombonistes confine sur Red au phénoménal (solo ahurissant de Daniel Zimmermann!). Firth of Fifth (Genesis) se prête à mille improvisations (Ah, la partie de vibraphone qui reprend celle du piano de Tony Banks sur l'album Selling England by the Pound - 1973), tout cela sans perdre de vue la beauté originelle. Les musiciens envoient carrément décoller Atom Heart Mother (1970), de Pink Floyd. Clôture en apothéose de la soirée de lancement sur la voix de la contrebassiste Sarah Murcia, qui apaisa l'incroyable tension d'In the Court of the Crimson King (1969). Délire indescriptible parmi le public. Rien à jeter. On sort en pensant : "merci pour tout". Loupez pas çà les jeunes, les moins jeunes, et les autres. En outre, l'on aimerait bien retrouver le concert sur disque, voire en DVD...

Gabi Hartmann le 24 janvier - 20h30 - à l’Auditorium de La Seine Musicale (Boulogne-Billancourt). Une (jeune) vocaliste très séduisante, au style  enivrant, maturé sous la patte du songwriter et producteur Jesse Harris (mentor de Norah Jones, Melody Gardot, Madeleine Peyroux).

Carmen Souza le 24 janvier 2023 à La Cigale (Paris 18e) pour le festival "Au Fil des Voix". Sortie de son album Interconnectedness (Galileo / MDC / PIAS) le 2 décembre 2022.

Free Fall le 28 janvier 2023 (Christophe Panzani : saxophone - Stefano Lucchini : batterie - Bruno Schorp : contrebasse), au Sunset (Paris 1er, 20h). Sortie de l'album Free Fall (The Drops Music) le 20 janvier. En ouverture, l'improvisation sur une formidable composition de Monk, Eronel, donne le ton.

Dmitry Baevsky le 1er février 2023 au Duc des Lombards (Paris 1er - M° Châtelet). Deux concerts (à 19h30 et 22h). Le saxophoniste alto Dmitry Baevsky présente son 10e album, Kids' Time. Associé au contrebassiste français Clovis Nicolas et au batteur Jason Brown, voilà un trio new-yorkais de haute volée,  à la liesse contagieuse. Les trois musiciens ont de nombreuses fois joué et enregistré ensemble. Ils délivrent un son de groupe chaleureux, à la tonalité post-bebop, tonique, nerveuse, néanmoins équilibrée. Cela au service de 9 compositions originales; d'un calypso de Dexter Gordon, et de deux standards. Dont ressort l'apaisante ballade Deep in a Dream, magnifiée sur l'album par le trompettiste et bugliste Stéphane Belmondo. Ecoutez Baevsky en trio sur Minor Delay (vidéo filmée au Duc en juillet dernier). Onze minutes de frénésie pure!   CD : Kids' Time, enregistré sur le prestigieux label Fresh Sound Records.

Leila Olivesi le 1er février 2023 à 20h au Bal Blomet (Paris 15e - M° Volontaires). La pianiste franco-mauritanienne se produira avec une formation ultra-brillante : Jean-Charles Richard (saxes) - Quentin Ghomari (trompette) - Manu Codja (guitares) - Baptiste Herbin (sax alto/Prix Django Reinhardt de l'Académie du Jazz) - Adrien Sanchez (sax ténor) - Donald Kontomanou (batterie) - Yoni Zelnik (contrebasse). Au programme, le nouvel album, composé pour cet ensemble remarquable : Astral, un miracle (Label Attention Fragile/ ACEL/L'Autre Distribution). Son sixième disque. Je les ai tous.

Joachim Florent (contrebasse, compositions) le 3 février avec son trio à L'Arrosoir de Chalon-sur-Saône (71), pour la sortie de l'album Designers, (Label We Jazz records /Kudos), avec le pianiste finlandais Aki Rissanen, et l'Australien Will Guthrie à la batterie. Une musique de jazz actuelle, qui revendique des directions post-modernes, en recherche, minimalistes, inaccoutumées. Néanmoins jalonnée de mélodies.

Christian Marclay le samedi 4 février au Centre Georges Pompidou (Paris 1er, 20h) pour une Musique - Performance dans le cadre d'une carte blanche, en écho à son exposition en Galerie 1, lors d’un concert conçu à partir de ses œuvres visuelles et musicales. Pour la première fois depuis 2007, une exposition à Paris présente le travail  du musicien, compositeur et artiste plasticien suisse. L’exposition - qui pétille d'inventions et d'ingéniosité de bout en bout - mêle détournements, performances, métamorphoses, montages sonores. Elle s'arrête le 27 février.

Gauthier Thoux invite Emile Parisien le 8 février au New Morning (Paris 10e). On se régale du troisième opus du pianiste, qui engrange les distinctions (Lauréat La Défense Jazz Festival, Tremplin Jazz à Vienne, Révélation Jazz Magazine, Talents Jazz Adami). Le jeune prodige  fêtera au New - avec l'immense saxophoniste soprano Emile Parisien - l'édition de « The Biggest Steps Reimagined » en vinyle .

Olivier Temime le 9 février 2023 au Duc des Lombards (Paris 1er), pour la sortie du  décoiffant album Inner Songs (Label : Day after Music/Kuroneko), réalisé par Julien Lourau. D'où il ressort - notamment - ce que voici : la présence de Rahsaan Roland Kirk, le groove de Stevie Wonder, et la confirmation criante que Duke Ellington cohabite résolument avec John Coltrane. Telles ne sont pas les seules félicités de ce disque du saxophoniste ténor, superbe de bout en bout, où brillent en invités le rappeur franco-malien Oxmo Puccino, et Stéphane Belmondo, ce dernier éblouissant au bugle sur deux titres.

Quentin Braine le 10 février 2023 au Jazz Corner Café de Sommières (Gard). Le batteur français, habitué des clubs new yorkais de Greenwich village, présentera dans ce club de jazz en vue de la région Occitanie, son remarquable album What's Beyond (Label CDZ) enregistré pendant le confinement de 2021. Le saxophoniste Charles-Eric Moreau - le pianiste Killian Rebreyend - le contrebassiste Romain Delorme - le guitariste Marc Nègre, tous interpréteront autour de lui une musique originale, où s'entrecroisent avec bonheur jazz, world, hip/hop et gospel. Pour l'histoire, les amateurs de jazz (particulièrement de vinyles rares), connaissent le Jazz Corner Café de Sommières, animé par l'expert Arnaud Boubet, connu dans le monde entier pour avoir créé la célèbre boutique parisienne Paris Jazz Corner (5 Rue de Navarre, 75005).

Hervé Samb le 11 février au Trianon (Paris 9e) pour son nouvel album Jolof, dont la sortie est prévue la veille. Jolof fait référence à l’ancien empire dont découle la constitution territoriale, ethnique et culturelle du Sénégal actuel. Né à Rufisque, non loin de Dakar, Samb se retourne ainsi vers ses racines africaines. Rien d'étonnant. Parmi ses collaborations, citons Oumou Sangaré et Salif Keïta. Le compositeur et styliste virtuose de la guitare reste néanmoins ancré à son identité musicale : le blues et le jazz. Pour mémoire, il a joué avec des pointures, comme Jimmy Cliff, Lisa Simone, Meshell Ndegeocello, David Murray, Jacques Schwarz-Bart et Marcus Miller.

Loco Cello le 13 février au Café de la Danse (Paris 11e). Invité sur Tangorom le disque du trio (un agréable itinéraire de voyage de l’Argentine à l’Europe de l’Est, en passant par le jazz manouche et la musique classique), le formidable guitariste Bireli Lagrène sera présent au Café de la Danse, à quelques mètres de la Bastille. On ne loupe généralement aucune de ses sorties...

Nicolas Folmer le jeudi 16 février au Bal Blomet (Paris 15e). L'album de Folmer (chant, trompette, arrangements), Michel Legrand Stories, sortira le 10 février sur le label Cristal Records. Le trompettiste avait rencontré le compositeur en 2008,  partagé la scène avec lui,  signé le disque "Nicolas Folmer Plays Michel Legrand". Le line-up de Michel Legrand Stories ? A tomber par terre. Citons : André Ceccarelli / Stéphane Huchard / Phiilippe Bussonnet / Jérémy Bruyère / Olivier Louvel / Emil Spanyi / Vincent Bidal / Laurent Coulondre / Stéphane Guillaume / Lucas Saint-Cricq / Robinson Khoury / Michel Casabianca. Et aux cordes Andréa Capparos / Line Kruse , Emma Lee, Jean Lou Descamps / Marion Leray, Flore Lacreuse / Isabelle Sajot / Mathilde Fevre. Du très lourd... Du grand!

Daniel Zimmermann le 20 février au Centre Georges Pompidou dans le cadre de l'Expo Gainsbourg (25 janvier au 8 mai 2023). La Bibliothèque publique d’information (Bpi) expose en effet pour la première fois des manuscrits de Serge Gainsbourg provenant de son domicile, rue de Verneuil à Paris, ainsi que de nombreux ouvrages de sa bibliothèque. Le quartet du tromboniste vient de sortir le sidérant album "L'Homme à la Tête de Chou in Uruguay (Variations sur la musique de Serge Gainsbourg)" - Label Bleu/L'Autre Distribution. Jérôme Regard (contrebasse)/Pierre Durand (guitare)/Julien Charlet (batterie) honorent en majesté  - Zimmermann en tête (de chou) - les compositions du chanteur. Se déguste d'un trait. Signalons plusieurs chorus absolument fondants d'Erik Truffaz.

Kenny Barron Quintet le vendredi 24 février 2023 au New Morning (Paris 10e - Métro Château d'Eau). Autour du pianiste qui impressionna le 2 septembre dernier à Jazz à la Villette, que des figures : Kiyoshi Kitagawa (Basse), Jonathan Blake (Batterie), Immanuel Wilkins (Saxophone ténor), Steve Nelson (Vibraphone). 2 séances : 18h30 & 21h30.

Laurent Coulondre les 24 & 25 février au Duc des Lombards (Paris 1er), pour l'album décoiffant Meva Festa (L'Autre Distribution), une avalanche de rythmes et de cuivres, tonique, puissante, composée-dirigée par le pianiste chevronné-virtuose, envoyée par une équipe infatigable.

Micah Thomas  le mercredi 8 mars (20h30) à l’Ecuje (Paris, 10e). Le jeune prodige du piano (26 ans), renverse tous les auditoires. Membre régulier de l'Immanuel Wilkins Quartet, il jouera ce soir-là en solo.

Cécile McLorin Salvant le 10 mars au Rocher de Palmer à Cenon-Bordeaux (Gironde). La vocaliste virtuose chantera son nouvel album, Mélusine, sortira le 24 mars prochain. Chanté principalement en français (mais aussi en créole haïtien et en occitan), Mélusine conte, au fil de 5 morceaux originaux et de 9 reprises choisies spécifiquement, la légende médiévale d'une femme mi-humain, mi-serpent. Sur le principe assez proche de son dernier spectacle (Ogresse), que j'ai vu à la Cité de la Musique en décembre. Monumental! Sublime! J'ai suivi le concert bouche bée. L'on se situe ici au sommet du jazz français!

Paris Guitar Festival  à Montrouge (Hauts-de-Seine) du 14 au 19 mars 2023. Un événement-référence désormais réputé dans le monde entier (c'est la onzième édition). Qu'on en juge : 6 jours - 60 concerts, le plus souvent des figures (Trio Joubran/Christian Escoudé, Rocky Gresset, Gwen Cahue, Noé Reinhardt/Cali/Nuit de la guitare classique/ etc.) - 100 luthiers, floraison de rencontres - prise d'assaut des salles d’essais pour le vintage et les nouveautés… LE festival des guitaristes, de la guitare, des équipements, de l'amplification!

Clovis Nicolas le 12 avril au Sunside (Paris-Châtelet). Le contrebassiste/compositeur français installé à New York depuis vingt ans présentera son album The Contrapuntist (Sunnyside/Socadisc), enregistré en 2 temps. D'abord avec un quatuor à cordes classique (Ulysses quartet). Puis en quartet de jazz comprenant des figures connues : Sullivan Fortner (piano)/Jeremy Pelt (trompette)/Bill Stewart (batterie). Le disque sortira début mars. Je viens de l'écouter. La musique de Clovis Nicolas, intense, cohérente, vibre aussi bien à l'ombre de la double influence du classique que de celle du jazz. Daniel Yvinec produit la seconde partie. Groove imparable. Et quel son de contrebasse!

Exposition Basquiat Soundtracks du 6 avril au 30 juillet 2023 à La Philarmonie de Paris. Première du genre consacrée à la relation puissante du peintre Jean-Michel Basquiat à la musique, Basquiat Soundtracks se présente comme la bande‑son de l'œuvre fulgurante, pour laquelle la musique se révèle une clé d’interprétation essentielle. L'exposition donne à entendre autant qu’à voir. S'y rencontrent Beethoven, Charlie Parker,  Louis Armstrong, Madonna et la Zulu Nation.

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