Un tour d'illusionnisme efficace: autopsie d'une manipulation "scientifique"

Il n'est pas nécessaire d'avoir fait 10 ans de médecine ou 10 ans de statistique pour comprendre ça! Que des scientifiques patentés puissent commettre de telles aberrations ne peut pas être le fruit de la seule incompétence. L'étude du Lancet un néfaste tour d’illusionnisme. Un dévoiement de la science!

Les "experts anti" prétendent accaparer le débat avec le soutien attendu des médias aux ordres mais aussi avec le soutien plus inattendu de Mediapart, et le peuple devrait se taire parce qu'il n'a pas fait 10 ans de médecine. Pourtant ce qui suit est à la portée de tous.

Sur CNEWS le Pr Gilbert Deray  dit que l'étude du Lancet  se fait avec une dose ( moyenne) proche de la valeur préconisée par l'IHU.

Le Lancet indique en effet que la dose moyenne de HCQ est de 597mg mais justement... c'est n'est qu'une moyenne!

Mais le Lancet  indique aussi que la déviation standard est SD =128mg  ce qui signifie qu'environ 95% des patients ont reçu une dose répartie entre 341mg et 853mg  (moy +/- 2*SD) et que  5% se situent en deçà ou au delà!

En d'autres termes sont mélangés les traitement à  400mg 600mg 800mg 1000mg  et quelques traitements à 200mg ou 300mg et d'autres à 1200mg. La dose de 1500mg a même été testée! Intervient elle dans l'étude on ne sait pas mais ce n'est pas exclu. Quoi qu'il en soit mettre dans le même sac des traitements à 400mg 600mg ou 900mg est déjà une aberration méthodologique (a fortiori avec des traitements à 1200mg ou 1500mg car  même en petit nombres ils suffisent à  fausser totalement le résultat)

L'étude du Lancet équivaut à tester de l'eau à 100° sur 10 chats et de l'eau à 0° sur 10 autres chats et conclure que l'eau à la température moyenne de 50° brûle 50% des chats ! (10 sur 20)

lancet

C'est tout simplement aberrant! Un tel niveau d’incompétence est impossible!

Avec le jeu de données utilisé il était parfaitement possible de séparer les 90 000 dossiers en deux ou trois groupe selon le niveau de doses en conservant des tailles correctes et de connaitre ainsi l'impact de la dose. Ne pas l'avoir fait était le plus sûr moyen d'atteindre le résultat proclamé.

Autre défaut méthodologique: le niveau de gravité à l'inclusion est évaluée par deux critères binaires: qSOFA <1 et SPO2 <94%. ce qui fait que des niveaux de gravités très différents sont dans un même groupe. mais on ne sait pas comment ils se répartissent entre groupe HCQ et groupe contrôle.

Pour le premier critère qSOFA <1, il y a donc deux groupes qSOFA <1 ou qSOFA >=1.

Or n'importe qui peut trouver la signification de qSOFA sur internet et il n'est pas nécessaire de connaitre tous les os du corps humain et ce que les médecins apprennent pendant leurs longues études pour comprendre que chacun des trois critères ci-dessous compte pour un point et que qSOFA qui est la valeur de la somme est un score qui va de 0 à 3.

1°) Fréquence respiratoire ≥ 22 : oui --> 1

2°) Trouble des fonctions supérieures (Confusion, désorientation, GCS<15) :oui -->1

3°) Pression artérielle ≤ 100 mmHg: oui -->1

On a donc opposé 0 et 1,2,3.

Pour le second critère SPO2 <94%, il y donc aussi deux groupes SPO2 <94% et SPO2 >=94%.

Or SPO2 représente un  % d'oxygénation il y a donc mille façons d'avoir un SPO2<94%. Ce n'est pas pareil d'être à 85% ou 93% pourtant deux patients avec ces taux sont dans un même sac.

Il est donc impossible d'affirmer que l'on compare des groupes avec des niveaux de gravites identiques même approximativement. Quel résultat auraient on eu en opposant  qSOFA = 0,1 et  qSOFA = 2,3 par exemple ou 0,1,2 et 3.

Le minimum aurait été de donner la moyenne et la dispersion de chacun des deux scores dans les différents groupes pour contrôle.

On peut reprocher au Pr Raoult que son étude initiale n'avait pas de valeur clinique mais si c'est pour sortir une étude pareille!

Il ne faut pas oublier que l'étude initiale du Pr Raoult n'avait pas la même ambition que l'étude du Lancet. Les information fournies par les mesures effectuées dans l"étude sommaire du Pr Raoult montraient une baisse de la charge virale in vivo et une baisse plus importante avec de l'AZT. La connaissance du médicament permettait de savoir qu'à des doses limitées et sous surveillance médicale il n'y avait à craindre d'effets secondaires graves et encore moins au début de la maladie (ce qui est confirmé par les résultats de l'IHU). D'un point de vue médicale cela suffisait à justifier de donner autre chose que du paracétamol.

Qu'une étude plus approfondie soit nécessaire pour évaluer les effets cliniques est intellectuellement raisonnable même si cela se heurte à des questions éthiques. Mais justement on dispose de fait de données avec toutes sortes de traitements et de doses. Un étude observationnelle peut être donc être entreprise à conditions qu'elle soit correctement conduite.

Il ne s'agit plus ici de faire un choix médical immédiat et éthique mais de faire avancer la science sans que les considérations éthiques interfèrent puisque les traitement ont été déjà donnés.

On est alors en droit d'attendre une étude qui soit d'un niveau méthodologique minimal. Ce qui avec les données collectées était possible. Or les aberrations de cette étude démontrent  qu'elle ne cherche pas à faire émerger la vérité mais seulement à flinguer le traitement préconisé.

Ici l'attirail statistique ne peut qu'impressionner le badaud qui ne connait pas le "modèle de Cox" ou le "score de propension". Mais comme dans la plupart des tours de magie on vous montre avec beaucoup d'insistance une belle boite étincelante pour mieux détourner votre attention d'une discrète manipulation là ou vous ne regardez pas.

 

 

 

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