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Domaine de recherches. La gouvernance politique des questions mondiales d'intérêt commun, notamment le climat à l'ère de la mondialisation.

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Billet de blog 22 mai 2016

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CHANGER DE CAP, un impératif de survie pour l'humanité

Quel que soit le pays, les partis politiques au pouvoir n'ont ni mandat ni moyens de traiter des problématiques et des crises devenues pour la plupart planétaires. Il revient à la société civile de s'organiser en actrice influente de la vie publique internationale pour appréhender ces questions globales et accélérer le changement de cap écologique et social que chacun espère et attend.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

En dépit des prodigieux progrès réalisés dans de nombreux domaines, le monde de ce début de siècle est le théâtre d'une multiplicité de crises sans issues prévisibles. L'économie mondiale est en berne, les bulles financières et les crises boursières éclatent de manière récurrente depuis les années 90, la violence et la barbarie sont de retour y compris au sein d'une même religion, les conflits s'aggravent et les tensions géopolitiques suscitent un réarmement général des grandes puissances. Quant à l'environnement, il est gravement détérioré par un modèle de développement pollueur, prédateur des ressources, destructeur des écosystèmes et générateur de changements climatiques. Quel que soit le pays, la politique est en échec et mat face à la toute-puissance des lobbies industriels et bancaires qui soumettent les démocraties à leurs intérêts exclusifs. Ces groupes de pression financent massivement les grands partis et les campagnes électorales, ils rédigent les lois du commerce international à l’intention des parlementaires à Washington, Bruxelles et autres centres du pouvoir à travers le monde et conditionnent les esprits en faveur de cette mondialisation sauvage présentée "sans alternatives" dans tous les médias dépendant des groupes-annonceurs. Problème majeur, les intérêts à court terme de ces groupes géants et leur course à la création de valeur sont incompatibles avec les valeurs des constitutions démocratiques -la dignité des personnes, la justice sociale, un progrès partagé, une liberté responsable- et ne prennent pas suffisamment en compte -le moins que l'on puisse dire- les capacités régénératrices des écosystèmes. Ainsi, bien que signataires du Programme Global Compact de l’ONU et malgré leurs engagements en faveur de la RSE -responsabilité sociale et environnementale-, trop de multinationales persistent dans des pratiques condamnables. À la décharge de leurs dirigeants, la logique pousse-au-crime de la guerre économique mondiale les contraint de biaiser le jeu de la RSE. Au nom de la compétitivité exportatrice, ils poursuivent une quête systématique de moins-disant salarial, social et environnemental. De leur côté, les gouvernements suivent docilement les injonctions des marchés financiers, ces entités sans âme qui ignorent superbement la Déclaration universelle des droits de l'homme et celle de Philadelphie sur le travail. Ultime outrage aux démocraties, l'UE négocie avec le Canada et les États-Unis des traités qui placent les règles du commerce au-dessus des juridictions étatiques. Dans ce cadre, les multinationales exercent une énorme pression sur les négociateurs pour réduire autant que faire se peut les normes éthiques, sanitaires, sociales ou environnementales qualifiées "d'entraves au commerce pénalisant la compétitivité, la croissance et l'emploi" (sic).

Le bilan d'une vingtaine d'années de mondialisation déréglementée à l'aune de ces politiques de Gribouille est édifiant. Si la classe politique dirigeante, les économistes orthodoxes et les organismes internationaux tels l'OCDE ou l'ONU n'hésitent pas à proclamer que la mondialisation a sorti de la misère des centaines de millions de personnes depuis vingt ans, la réalité est moins glorieuse. Le fait de gagner 5 $ par jour au lieu de 2 $ ne crée pas les conditions d'une vie décente. Le Crédit Suisse qui publie chaque année une répartition de la demande solvable mondiale indique que 71% de la population mondiale possède 3% de la richesse mondiale des ménages tandis que 8% de la population mondiale cumule 85% de cette même richesse (Cf. page 24 la Pyramide 2015 du Crédit suisse). Par ailleurs, les douze premiers lauréats du classement Forbes 2016 cumulent 578 milliards de dollars, soit davantage que le PIB du Nigéria avec ses 185 millions d'habitants. L'emprise de Boko Haram dans ce pays est une conséquence directe toute cette misère. Pour complêter ce tableau infâme, le rapport 2015 d'Oxfam nous apprend que 62 personnes dans le monde sont plus riches que 3,5 milliards d'autres. Conséquence d'une gouvernance socio-économique aussi désastreuse de la part de l'UE et du G20, le monde de ce début de siècle marque une tragique régression. Il est traversé par des lignes de force fascisantes, ultranationalistes d'un côté, fondamentalistes de l'autre. Une telle situation ne peut se perpétuer au risque de nouveaux cataclysmes planétaires. Un changement de cap s'impose sans tarder.

Qui prendra l'initiative d'ouvrir les chantiers des réformes à conduire pour éviter le pire?  Si les partis politiques au pouvoir pouvaient encore façonner la vie des nations aux siècles derniers, ce n'est plus le cas à l'ère de la mondialisation et des technologies numériques. Mandatés au niveau strictement intérieur sur l'horizon court des échéances électorales -ce qui représente déjà une lourde et noble mission-, ils ne sont pas en mesure d'appréhender des crises du XXIème siècle devenues pour la plupart planétaires.   De leur côté, les instances du G20 auront-elles la volonté de réformer un ordre mondial aussi inégalitaire? En aucun cas. Fortes de leurs convictions, elles font du marché le régulateur naturel de l'économie et l'ultime arbitre de toute politique. Qu'en est-il de l'ONU, cet organe international d'intérêt commun? Depuis le Sommet de la Terre à Stockholm en 1972 jusqu’à la COP21 près d'un demi-siècle plus tard, ces réunions internationales clôturent invariablement sur des engagements largement insuffisants dénués de processus contraignants qui affaiblissent et retardent les mesures à prendre. Pour résumer les choses, loin d'apporter des solutions durables, les gouvernements du G20 et les institutions mondiales du commerce et du crédit aggravent les crises qu'ils prétendent résoudre. 

Face aux échecs du passé qui désespèrent les peuples et détruisent notre petite et fragile planète, l'avenir est à inventer. Nous savons déjà qu'il ne sera pas collectiviste. Les idéaux communistes se sont fracassés sur les murs des goulags et des lao-gaïs et leurs dizaines de millions de morts. Notre futur commun ne sera pas davantage dominé par les multinationales et les marchés financiers dont la cupidité et l’inconséquence propulsent le monde vers le chaos annoncé. L'avenir souhaité par les citoyens de toutes les nations, c'est un monde où l’économie, la finance, les sciences et les technologies seront mises au service du développement humain et du mieux-être social, un monde où la liberté d'entreprendre et de commercer s'inscrira dans un cadre respectueux à tous égards des personnes et de l'environnement. Telle est la ligne capable de rassembler au-delà des nationalités et des religions les hommes et les femmes d'aujourd'hui. Seul un changement de cap permettra en effet d'éviter l’effondrement de nos civilisations à l’horizon de quelques générations seulement. Loin de tout catastrophisme, c'est la réalité annoncée par les auteurs du Rapport Meaddows dans les années 70 et confirmée récemment par des experts de diverses disciplines depuis l'agro-économiste Lester Brown jusqu'au biologiste-évolutioniste Jared Diamond en passant par le chercheur en sciences de la terre Dominique Bourg, le spécialiste en résilience des systèmes socio-écologiques Raphaël Stevens, l'ingénieur agronome Pablo Servigne ou le sociologue Edgar Morin. Ne pouvant s'opérer dans l'improvisation et la précipitation, la reconversion écologique et sociale du système mondial actuel exige une phase préparatoire approfondie.  À défaut d'une instance démocratique supranationale pour ce faire, proposons une piste. N'est-il pas temps pour la société civile de s'organiser via Internet en force de proposition au secours d'une sphère politique sclérosée incapable d'innovation?  Ne serait-il pas souhaitable et même nécessaire que d'éminentes personnalités de différentes disciplines indépendantes des gouvernements et des firmes travaillent ensemble afin de modéliser le changement de cap permettant une sortie par le haut des crises qui secouent la planète? Exposons les grandes lignes de ce projet innovant de la société civile.

UN CONSEIL MONDIAL DE LA SOCIÉTÉ CIVILE AU SERVICE DU CHANGEMENT

Laboratoire d'idées et de projets, ce Conseil composé de personnalités et d’experts de diverses nationalités et disciplines -économie, finance, fiscalité internationale, monnaies, agrobiologie, sciences de la terre, sociologie, institutions mondiales, etc- jouerait le rôle d'un shaddow government supranational au service de la paix, du développement humain, du progrès social et de l'environnement. Sa mission: modéliser un futur répondant aux aspirations des citoyens de toutes les nations à vivre en paix et dans la dignité sur une planète préservée. Cela consistera à élaborer une stratégie de moyens pour assurer une reconversion durable de notre système de développement totalement insoutenable pour ne pas dire suicidaire. Un signal fort devra être donné au marché mondial pour favoriser les pratiques responsables et durables et sanctionner les délits et les crimes commis par cupidité et inconséquence. À ces fins, le Conseil recevra la mission d’élaborer un corpus de règles fiscales internationales incitant les acteurs économiques et financiers à investir résolument dans les secteurs durables. Plusieurs pistes faisant consensus dans l'opinion seront explorées. En premier lieu, mettre un terme aux colossales subventions publiques attribuées aux secteurs du passé. Autre puissant levier du changement, pendant que les industries porteuses de destructions, de violences et autres risques pour l'humanité, celles détériorant l'environnement, portant atteinte à la santé publique ou abaissant l'esprit et la conscience du public seraient fortement fiscalisées, les activités économiques utiles à la société ou à l'environnement -énergies renouvelables, économie circulaire, industries de la dépollution, secteur du recyclage, etc- et les créations élevant l'esprit et la conscience du public seraient fiscalisées a minima voire fortement subventionnées. Plusieurs secteurs seront concernés: les énergies fossiles, les activités polluantes ou émettrices de GES, l'armement, le nucléaire, le tabac, l'alcool, les productions agroalimentaires génératrices d’obésité et de maladies cardio-vasculaires, certains produits chimiques, certains OGM, certains nanomatériaux, la téléphonie mobile sur l'ADN des cerceaux d'enfants, les créations culturelles violentes, sadiques, pornographiques ou d'un niveau de vulgarité choquant... Les modalités de mise en oeuvre étant beaucoup plus complexes que leur énoncé, il reviendra aux membres du Conseil de formuler des préconisations de bon sens applicables avec un agenda approprié.

Un autre sujet d’études majeur du Conseil mondial de la société civile est lié à un double constat démographique et technologique. Si au cours de l'ère industrielle le monde peuplé de 1 milliard d'habitants manquait d'ouvriers spécialisés, si au coeur des Trente glorieuses le plein-emploi était encore une réalité avec une démographie mondiale de 3 milliards d'habitants, ce n'est plus le cas aujourd'hui. Dans un monde de plus de sept milliards d'habitants où le marché de l'emploi se réduit chaque année du fait des avancés fulgurantes de la robotique et de l'intelligence artificielle, les économistes qui inspirent les décisions du G20, du FMI et de l'OMC doivent imaginer des processus internationaux permettant aux milliards d'exclus structurels du marché de vivre de manière décente et durable. Sans attendre une volonté politique qui tarde à s’exprimer, le Conseil mondial de la société civile s'attellera sans plus attendre à cet immense enjeu. Le cadre pluridisciplinaire favorisera l'éclosion de solutions liant les programmes de subventions à des activités au service de la famille et de la société dans une perspective durable. Humanitaire, paix, social, protection de l'environnement, assistance à la personne, agriculture, élevage et pêche familiales sur un mode durable, activités domestiques, éducation, expression artistique et corporelle... Dans le même esprit, le projet de protection sociale mondiale sera au centre des travaux du Conseil. 

Élaborer des législations internationales afin de réguler la mondialisation dans le strict respect des personnes et de l'environnement, organiser une économie plurielle associant une mondialisation durable et d'autres formes d’économies -familiales, artisanales, coopératives, solidaires-, définir les règles internationales de "l’entreprise équitable" (1), mettre en chantier la refonte des institutions mondiales -FMI, Banque mondiale, ONU- qui ne sont plus adaptées aux enjeux du XXIème siècle, donner les moyens  chacun d'accéder par ses activités utiles à une vie décente et un accès gratuit aux soins, c'est préparer les esprits à des alternatives réalistes et réalisables et c'est accélérer le changement de cap que chacun espère et attend. 

(1) Concept mis en pratique par le français Claude Escarguel au cours de sa carrière, l’entreprise équitable assure une répartition des profits optimale entre les créateurs d’entreprises, les salariés et les actionnaires. Exemplaire au regard des conditions de travail et des normes éthiques, sociales et environnementales, l'entreprise équitable bénéficierait d'un bonus fiscal au prorata de ses performances dans ces domaines.

De quelle manière accélérer ces réformes ambitieuses? Face aux géants du marché mondial qui financent les élections, rédigent les lois du commerce international et contrôlent les médias, la réponse est dans une utilisation massive d'Internet comme vecteur d'une expression publique internationale sur les grands sujets conditionnant notre avenir commun. Analyste visionnaire de la politique, Jacques Attali prédit dans son essai "Demain qui gouvernera le monde" (Éd. Fayard) que des milliards d’internautes pourront dans un avenir proche exprimer leurs doléances et leurs aspirations. Faisons déjà un premier pas. Devant la difficulté de solliciter des milliards d’individus qui ne maîtrisent pas nécessairement la complexité des problématiques mondiales, pourquoi ne pas soumettre les préconisations du Conseil de la société civile à un panel représentatif de la population mondiale en âge de voter? Les mesures réformistes majoritairement retenues détiendraient une légitimité intellectuelle et morale liée à l’éthique et aux compétences des membres du Conseil et une légitimité populaire de par les votes du panel. En permettant aux citoyens des nations de s'exprimer sur les préconisations émises par ces experts indépendants issus de toutes les cultures du monde, l'écueil serait évité d'une démocratie directe populiste où les votants de disposent pas de tous les éléments de compréhension et votent sous le coup d'impulsions irraisonnées. L'expérience proposée ici est à tenter. En l'affinant au fil du temps, cela couperait court au futur organe de gouvernance mondiale à l'étude par les instances du G20. Ce nouveau monstre technocratique sous domination des lobbies est actuellement promu par l'ancien directeur de l'OMC Pascal Lamy et autres protagonistes de la dérégulation des marchés.

LA SOCIÉTÉ CIVILE, NOUVELLE ACTRICE DE LA VIE PUBLIQUE INTERNATIONALE

Le rôle moteur de la société civile internationale ne s'arrêterait pas là. Les réseaux associatifs et la sphère des ONG aideraient les gouvernements dans chaque pays à mettre en oeuvre les réformes, à s'assurer de leur application ou à publier les violations manifestes. Ils seront au coeur de la société pour observer ce qui fonctionne correctement et dire ce qui doit être amélioré. Et même si, comme toute oeuvre humaine, ces réformes et ces régulations internationales ne seront pas parfaites, du moins le monde sera orienté dans la bonne direction et s’extraira progressivement des crises de toutes natures provoquées par les gouvernements du G20. Quant aux dérives et aux possibilités de corruption, elles seront largement moins préjudiciables que les centaines de milliards annuels soustraits aux budgets des états dans les paradis fiscaux. Enfin, une fois soumises de manière appropriée à quelques règles internationales de bon sens, les multinationales mettront à profit leurs immenses capacités innovatrices et réactives pour devenir de puissants leviers de la reconversion durable du système mondial actuel. Au final, le social, les conditions de travail et l'environnement seront les grands bénéficiaires du changement.

Pour conclure...

La possibilité est offerte ici aux personnalités et aux experts qui aspirent au changement de faire de la politique au sens élevé du terme. Travaillant en toute indépendance des entreprises et des partis politique, ces personnes vivront l’expérience gratifiante de dessiner sur une page blanche les voies d’un futur durable. Leurs recommandations seront mises en cohérence au sein de programmes adaptés aux différentes aires économiques du monde. Les réformes, régulations, directives et normes internationales majoritairement approuvées inspireront une nouvelle génération politique consciente que seuls le développement humain et le progrès social permettront de partager les richesses sur un mode équitable et durable, d'apaiser les violences intercommunautaires, de pacifier le monde, et d'inverser la courbe d'une démographie explosive. 

Telle est l'ambition proposée pour contribuer à mettre un terme à ce système mondial productiviste, brutal, totalement irresponsable. Une ambition d'autant plus réalisable qu'elle répond à une demande générale à travers le monde et qu’elle bénéficiera des formidables gisements de compétences et d'innovation au sein de la communauté citoyenne mondiale. Une ambition qui pourrait bien s'inscrire dans la réalité d'ici 2020 avec la montée en puissance et en cohésion de la société civile. Grâce à Internet, celle-ci s'imposera tôt ou tard en actrice influente de la vie publique internationale concernant les questions globales d’intérêt commun et en force motrice d'un changement durable.

L’initiative du réseau "Global Society Network" sans chef ni idéologie constitue l’embryon et le catalyseur de ce mouvement de la société civile appelant à un changement durable. Elle invite chacun(e) à devenir acteur(trice) du changement en grossissant d’un clic d’ordinateur ou de smartphone les rangs de ce réseau social progressiste. Face à situation mondiale de plus en plus critique, aucune piste ne doit être négligée. Osons espérer qu’à partir de 2020, le "Global Society Network"  associé à d’autres initiatives partageant les mêmes valeurs et objectifs rassemblera un nombre très élevé de personnes et d’organisations à travers le monde afin que la liberté d'entreprendre et de commercer respectueuse des personnes et de l'environnement s’inscrive progressivement dans chaque pays dans une réalité démocratique.

                                                                                                                                                            Claude Nando Bruhin   

Coordinateur du réseau 'Global Sociey Networkqui sera lancé publiquement courant 2016.

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