Poussée de fièvre.

Des petits drapeaux …

Allez les nœuds !

Photographie France-Bleu Photographie France-Bleu

 

Il est une culture quadri-annuelle qui nécessite des tuteurs et bien peu de candeur. Les perrons et les voitures, les façades et les cocardes se parent des couleurs d’une nation, fièrement pour les uns, avec un chauvinisme passé de saison pour les autres, par provocation pour certains, par suivisme pour le plus grand nombre. Le sport en général et le football en particulier est un terreau propice à ce genre d’irruption spontanée, marque d’une stupidité consommée, d’une envie de reproduire le charme désuet des conflits armés sans craindre les balles perdues. Quoique les spectateurs placés derrière les buts, ne sont pas à l’abri de la maladresse incroyable de leurs idoles.

N’étant nullement cocardier, j’avoue ma surprise et mon incompréhension quand retentit le redoutable : « On a gagné ! » émanant de braillards qui ont si peu le profil du sportif de compétition et qui gagnent surtout à ne pas être fréquentés en cette période de compétition planétaire. Même à l’époque lointaine où j’étais entraîneur, je ne m’autorisais jamais ce « On » auquel je n’avais, à mon avis, pas accès. Seuls les joueurs sur le pré devraient se prévaloir de la formule, les autres, la grande masse, ne devant éventuellement se féliciter d’une victoire de leurs couleurs pour peu qu’elle fut méritée et accompagnée de belles actions, ce qui avec le sélectionneur actuel, semble ne jamais être le cas.

Hélas, les drapeaux flottant au vent privent les supporters de la capacité de juger sereinement de la prestation de leurs favoris. Seule la victoire compte à leurs yeux, d’autant que la plupart du temps, nos braillards ne regardent même pas la rencontre, passant leur temps en rengaines ineptes, en slogans absurdes, en mouvements erratiques, en consommations diverses et alcoolisées. Pire encore, pour ceux qui arborent un fanion tricolore, la chanson qui exprime au mieux leur état d’esprit belliqueux est un hymne militaire d’une rare violence. Le sport ne mérite pas pareilles exubérances mortifères, stigmates sanglants des champs de bataille.

Les drapeaux fleurissent en ce début d’été jusqu’à ce que la défaite ne vienne les flétrir puis les faner. Alors, les mines déconfites, les jardiniers des pelouses aux étoiles, rangent leurs oriflammes dès que leurs favoris ont pris une pelle et un râteau. Paradoxe supplémentaire d’une contre-culture qui vise essentiellement à niveler les esprits par le bas, au ras du gazon. Le patriotisme sportif est l'engrais le plus douteux qui soit, ferment du nationalisme et du populisme, il est le lisier de l’amour de son territoire.

J’avoue ne pas comprendre comment les fédérations sportives continuent de réclamer les hymnes nationaux pour des compétitions dans lesquelles, les acteurs pour le plus grand nombre, ne vivent ni ne paient leurs impôts dans le pays qu’ils sont censés représenter. Le baron de Coubertin, grand réactionnaire s’il en est, doit se réjouir de la tournure des choses, lui qui a sans doute lancé le grand bazar actuel par incidence.

Pour l’heure, tout va bien dans les nations qui participent à la grande braderie de la pensée. Tout est hors-jeu à l’exclusion des agitations désordonnées de jeunes gens en short, comédiens sans talent de la douleur feinte, ramiers calculant leurs efforts, millionnaires aux avoirs dans des paradis fiscaux, brillants analystes de la geste sportive, répondant en martyrisant la langue à des interviews aussi ineptes qu’insipides.

Pire encore, ce spectacle exige un abonnement à une officine télévisuelle, sous-marin du terrorisme international, cheval de Troie d’une insidieuse transformation de ce pays. Le drapeau tricolore au vent, les supporters font le jeu d’une invasion économique et idéologique sournoise. Un paradoxe de plus dans cette nouvelle forme de jeu qu’on offre en pâture au bon peuple pour mieux le manipuler.

Notons toutefois une petite différence. Le pain est ici remplacé par le champagne, exclusivement réservé aux puissants, aux invités, aux importants personnages. Pour les autres, des rivières de bière, le bon goût n’est pas dans ce pré. Vous l’aurez compris, je suis d’une parfaite mauvaise foi pour le plaisir de contrebalancer un peu les torrents de propos dithyrambiques qui accompagnent cette mascarade. Bons matches à vous puisque vous aimez ça, je n’essaie même pas de vous en dégoûter, la cause est perdue d'avance.

Ronchonnement leur.

HENRI TACHAN Les Jeux Olympiques.

 

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