C’est Nabum
Abonné·e de Mediapart

3777 Billets

1 Éditions

Billet de blog 2 sept. 2012

Les petites mains de l'atome.

Une grave faute d'état. La pratique systématique, organisée et délibérée dans une entreprise publique de nier les règles sanitaires protégeant les individus est une faute impardonnable qui retombe sur les responsables comme sur l'état. 

Dans les centrales EDF, mais pas seulement (Cogema et CEA aussi), l'exploitation de sociétés sous-traitantes constitue un choix économique honteux pratiqué par des dirigeants qui méritent d'être mis en accusation.

C’est Nabum
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Une grave faute d'état.

La pratique systématique, organisée et délibérée dans une entreprise publique de nier les règles sanitaires protégeant les individus est une faute impardonnable qui retombe sur les responsables comme sur l'état. 

Dans les centrales EDF, mais pas seulement (Cogema et CEA aussi), l'exploitation de sociétés sous-traitantes constitue un choix économique honteux pratiqué par des dirigeants qui méritent d'être mis en accusation.

Les sous-traitants, véritables intermittents du nucléaire, travaillant sans filet, ont remplacé les personnels EDF protégés par leur statut pour les opérations les plus risquées de maintenance des installations. Dans nos merveilleuses centrales si sécurisées, on fait appel à ces soldats du feu radioactif lors des arrêts de tranche. Quand des réacteurs sont mis en pause afin de permettre des réparations ou le rechargement en combustible, les petites mains de l'atome arrivent de nulle part !

Voilà une belle activité saisonnière et itinérante pour les nouveaux nomades du risque. Si elle leur semble lucrative, elle n'est pas sans risque pour leur santé, mais encore faudrait-il le savoir … Ils sont vingt-neuf mille « sacrifiables » - vingt-deux mille rien que pour EDF – qui, sous-couvert de contrat à durée déterminée (CDD) ou simplement de missions d'intérim, vont là où la maison-mère n'oserait plus mettre ses propres salariés. Quel beau progrès social !

Nos forçats du nucléaire se baladent dans la France entière, au gré des commandes de leurs entreprises. On peut affirmer que les innombrables incidents mineurs qui sont répertoriés par l'autorité de sûreté, doivent beaucoup au recours systématique à ces prestataires extérieurs souvent mal formés et peu qualifiés. Quelques agents d'EDF osent s'insurger contre ce recours à des travailleurs qui ne bénéficient ni de leur statut ni de leurs compétences mais se voient souvent interdits de communiquer avec eux …

Naturellement, les syndicats EDF exigent que leur société renonce aux travailleurs précaires. Ils réclament leur intégration au sein de l'entreprise. EDF refuse cette proposition naturellement pour des raisons économiques. Le sort de ces sous-travailleurs du risque n'émeut pas les gouvernements qui se font complices d'une forfaiture scandaleuse. Nous sombrons dans des pratiques de servage.

Des études sérieuses de la Commissions des Communautés Européennes s'étonnaient que les doses de radioactivité reçues par les travailleurs français du nucléaire soient différentes selon qu'elles étaient mesurées par EDF ou par l'OPRI. Les différences dans ces mesures allaient d'un coefficient un à trois et les plus grands écarts concernaient à chaque fois les agents extérieurs à la maison mère – étonnant non ? -

Celui qui entre sur un site nucléaire doit équiper son vêtement d'un film dosimétrique qui atteste de la quantité de radiation absorbée par la personne lors de son séjour en zone hostile. Cette mesure est obligatoire. Les agents EDF sont contrôlés par leur entreprise, les contrôles pour les agents extérieurs subissent une double vérification : EDF et le OPRI. Pour celle-ci, un écart de presque 300 %  des résultats était constaté.

Un travailleur du nucléaire ne doit pas absorber une dose de rayonnement supérieure à un seuil fixé par la loi. S'il va au-delà, il ne peut plus travailler sur site nucléaire. Les travailleurs intermittents, afin de ne pas perdre leur mission, retirent parfois leur dosimètre avant de pénétrer en zone périlleuse. EDF n'ignore rien de cette pratique, l'utilisation de personnels extérieurs, sans protection statutaire, la favorisant naturellement.

En plus de son film réglementaire, chaque agent, EDF ou extérieur, allant sur zone à risque est muni d'un dosimètre électronique à affichage numérique. Cet appareil permet de connaître instantanément la dosimétrie qu'on appelle " opérationnelle ". Ainsi, chaque site nucléaire est en mesure de connaître précisément la dosimétrie de tous les personnels. Ces appareils ont permis de constater que les agents extérieurs soumis aux plus fortes doses sont les calorifugeurs et les chaudronniers, qui travaillent sur plusieurs réacteurs dans l'année. Curieusement, on peut constater que l'orthographe du nom de ces valeureux travailleurs change d'un site à l'autre. Surprenant non ?

La confusion est la règle pour éviter de démontrer clairement que des personnels sont exposés annuellement à des doses qui dépassent les normes fixées. Ceci pour maintenir l'illusion d'une industrie sans risque et totalement sécurisée. Les négligences viennent à la fois des personnels dont le statut précaire favorise la prise de risque et d'EDF qui instrumentalise sans vergogne ce flou artistique et si dangereux.

Les principales organisatrices de ces pratiques sont néanmoins les entreprises sous-traitantes qui veulent optimiser leurs travailleurs au maximum, sans égard pour les doses absorbées. 

Lors des stages organisés par EDF pour ces entreprises de service, les travailleurs ne sont jamais avertis des menaces qui pèsent sur leur espérance de vie lorsqu'ils ont à supporter un niveau de radiation plus élévé que la norme. Le discours étant naturellement qu'il n'y a aucun risque. Pourquoi effrayer à l'intérieur quand on ne fait que rassurer les gens de l'extérieur. La même logique est en place, le nucléaire est sans risque !

Les prochains démantèlements des vieilles centrales nucléaires provoqueront des expositions encore plus fréquentes pour des personnels qui viendront de simples entreprises du bâtiment. Le risque est grand que le jeu de cache-cache avec les mesures personnelles d'exposition continue encore longtemps dans une entreprise qui relève pourtant du service public. La crise de l'emploi favorise encore plus le silence des travailleurs précaires. Ces pratiques scandaleuses relèvent du crime d'état. C'est une tâche insupportable sur une industrie qui a toujours manipulé le mensonge et la falsification.

Nous devons exiger d'un gouvernement qui se prétend socialiste qu'il mette fin à des pratiques féodales inacceptables. Si la filière nucléaire, comme l'affirme le joyeux ministre du redressement national, a un avenir, il doit au moins se faire dans des conditions dignes et sécurisantes pour tous ses travailleurs. Cette hypocrisie est une insulte à la conception que nous sommes encore nombreux a avoir du service public à la française.

Solidairement leur.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Aurélien Rousseau, l’autre caution de gauche de Matignon
Le nouveau directeur de cabinet d’Élisabeth Borne, Aurélien Rousseau, a été directement choisi par Emmanuel Macron. Sa réputation d’homme de dialogue, attentif aux inégalités, lui vaut de nombreux soutiens dans le monde politique. D’autres pointent sa responsabilité dans les fermetures de lits d’hôpitaux en Île-de-France ou dans le scandale du plomb sur le chantier de Notre-Dame.
par Ilyes Ramdani
Journal
Législatives : pour les femmes, ce n’est pas encore gagné
Plus respectueux des règles de parité que dans le passé, les partis politiques ne sont toujours pas à l’abri d’un biais de genre, surtout quand il s’agit de réellement partager le pouvoir. Nouvelle démonstration à l’occasion des élections législatives, qui auront lieu les 12 et 19 juin 2022.
par Mathilde Goanec
Journal
Élisabeth Borne, une négociatrice compétente et raide au service du président
Ces deux dernières années, celle qui vient de devenir première ministre était affectée au ministère du travail. Tous les responsables syndicaux reconnaissent sa capacité de travail et sa propension à les recevoir, mais ont aussi constaté l’infime marge de manœuvre qu’elle leur accordait.
par Dan Israel
Journal — Politique
Le député de Charente Jérôme Lambert logé chez un bailleur social à Paris
Le député Jérôme Lambert, écarté par la Nupes et désormais candidat dissident pour les élections législatives en Charente, vit dans un logement parisien de 95 m2 pour 971 euros par mois. « Être logé à ce prix-là à Paris, j’estime que c’est déjà cher », justifie l’élu qui n’y voit rien de « choquant ».  
par David Perrotin

La sélection du Club

Billet de blog
De l'art de dire n'importe quoi en politique
Le problème le plus saisissant de notre démocratie, c’est que beaucoup de gens votent pour autre chose que leurs idées parce que tout est devenu tellement confus, tout n’est tellement plus qu’une question d’image et de communication, qu’il est bien difficile, de savoir vraiment pour quoi on vote. Il serait peut-être temps que ça change.
par Jonathan Cornillon
Billet de blog
Qui est vraiment Élisabeth Borne ?
Depuis sa nomination, Élisabeth Borne est célébrée par de nombreux commentateurs comme étant enfin le virage à gauche tant attendu d'Emmanuel Macron. Qu'elle se dise de gauche, on ne peut lui retirer, mais en la matière, les actes comptent plus que les mots. Mais son bilan dit tout le contraire de ce qu'on entend en ce moment sur les plateaux.
par François Malaussena
Billet de blog
Qu’est-ce qu’un premier ministre ?
Notre pays a donc désormais un premier ministre – ou, plutôt, une première ministre. La nomination d’E. Borne aux fonctions de premier ministre par E. Macron nous incite à une réflexion sur le rôle du premier ministre dans notre pays
par Bernard Lamizet
Billet de blog
par Fred Sochard