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Billet de blog 3 août 2024

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Le croquenot et l'ampoule.

Récit au pied levé

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L'angoisse du randonneur ...

Illustration 1

Un croquenot empruntant un chemin de traverse se trouva fort dépourvu quand la nuit fut venue. Ne disposant pas du moindre œil de perdrix, il avançait à l'aveuglette sur un sentier semé de chausse-trappe, de nids de poules et de dos d'ânes. Exaspéré, il battit sa semelle afin qu'elle lui suggère une solution. La pauvrette, habituée qu'elle était à tout supporter de la part de cet infâme soulier, tenta une fois encore de le mettre sur le droit chemin.

La situation méritait une aide extérieure afin d'éclairer la lanterne de ce pauvre soulier ne sachant plus sur quel pied danser. C'est ainsi qu'une ampoule, abandonnée dans le fossé, collée qu'elle était à une double peau hors d'usage, se proposa de rendre un ultime service. Lasse de jouer les doublures, elle entendait jouer le premier rôle, servir d'éclaireur dans une nouvelle aventure.

La proposition prit de cours le brodequin qui justement broyait du noir par cette nuit sans Lune. Pour se remettre sur pied, il accepta de bon cœur cette proposition salvatrice. Recevoir un coup de main de la part d'une ampoule fut néanmoins mal ressenti par celui qui estimait qu'elle aurait pu y mettre plus de formes ou prendre des gants pour s'adresser à lui. La susceptibilité d'une godasse n'est plus à démontrer. Ne pensez jamais que l'escarpin prend la vie par-dessus la jambe, bien au contraire, dans la famille on aime à rester très terre à terre.

L'ampoule, on ne peut se refaire, lorgna immédiatement sur le gros orteil qui se montrait tout fier de porter un nom latin, surtout que celui-ci, bien plus que les autres du reste n'y voyait goutte. L'hallux en question, aveuglé par son patronyme latin, n'avait qu'une vague idée des tourments que peut occasionner une belle ampoule dans la force de l'âge, il lui fit bon accueil la recevant à bras ouverts en son sein.

Le croquenot eut soudain les pires craintes pour la suite de son voyage. Lui qui jusqu'alors avait fait des pieds et des mains pour garder la route et la forme s'interrogea sur les conséquences de ce renfort. Il craignait tout à la fois de se paumer tout autant que se planter n'étant pas en mesure de lire par en dessous la carte que tenait son randonneur. Il lui fallait faire la lumière sur cette inquiétante situation et l'ampoule curieusement, ne lui était d'aucun secours.

Agacé par la situation, le soulier pensa qu'il convenait de crever au plus vite l'abcès. Un pin qui s'était égaré dans une chênaie, proposa fort aimablement une de ses aiguilles tandis que la chaussure, fort peu au courant des bons usages podologiques lui répliqua vertement :

« Tu te fiches de ma pomme ! »

Excédé par une telle réplique quelque peu cavalière, l'arbre suggéra à l'une de ses racines de faire un croque en jambe à l’impertinent. Celle-ci ne se fit pas prier et jeta à terre celui qui foulait au pied les bonnes manières. Le nez dans le gazon, le croquenot se trouva tout penaud et dut en rabattre quelque peu. Il lui fallait s'écraser un peu pour aplanir ce différent de voisinage. Il fit ses plus plates excuses à un pin qui désormais le prenait de haut.

Le godillot eut beau se montrer des plus conciliants, la tension encore se faisait sentir. Il eut fallu qu'il fut d'une toute autre trempe et d'une pointure supérieure pour passer outre ce conflit de voisinage. Orphelin de sa paire, il n'était jamais certain de prendre appui sur son bon pied. Dans un tel contexte, il n'est pas rare qu'il se montre gauche et quelque peu emprunté.

Fort heureusement, la querelle eut cependant l'avantage de déchirer le voile d'obscurité qui recouvrait la forêt. Le soleil vint éclairer d'un nouveau jour, ce chemin de traverse qui soudain sortait de l'ombre. Les différents protagonistes se mirent au diapason, l'ampoule emboîtant le pas de son hôte en essayant de se faire la plus discrète possible.

De peur de lasser tous les protagonistes de cette sombre histoire, je n'entends pas dénouer ce récit par une chute digne de ce nom.

Les deux font la paire

Le destin d'un brodequin

Illustration 2

Quand un brodequin allant son train

S'égara au milieu de la nuit

Croisa une ampoule sur son chemin

Qui s'offrit promptement à lui.

Mais le soulier fort circonspect

Pour se sortir de ce mauvais pas

Trouva indéniablement suspect

Cette aide qui le mit dans l'embarras

Il considéra ce coup de main

Curieusement tombé du ciel

L'ampoule, ce n'est certes pas malin

Lorgnait alors sur les orteils

Éclairez moi sur vos intentions

Avant que je ne me délasse

Je connais votre propension

À faire blessures qui tracassent

La luciole de s'indigner

Que le soulier qui n'y voyait goutte

Lui prêta des vilaines pensées

Mettant sa bonne foi en doute

Le croquenot de reconnaître

Pour lui, la crainte de se paumer

À fait naître de mauvaises pensées

Au point de finir par se planter

Ne faites pas des pieds et des mains

Pour trouver arguties déplacées

Je vais éclaircir votre destin

Par la seule magie de ma clarté

Le godillot, le lacet défait

L'invita alors à s'introduire

Lorsqu'au milieu de la forêt

Un incident vint à se produire

Un orage éclata dans l'instant

Ne présageant pour elle rien de bon

La foudre c'est vraiment désolant

Hélas, lui fit fondre tous ses plombs

Écrasant ce qui restait d'elle

La chaussure crut marcher sur des œufs

Des éclats crevèrent la semelle

Pour un épilogue vraiment fâcheux

•••

Le destin d'un brodequin © C'est Nabum

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