Dans la salle d’attente

Les exclus de notre système de santé.

Un monde immobile et fébrile

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 Une salle d’attente ordinaire d’un cabinet médical ? Non pas tout à fait. Pour un seul médecin, le nombre de places assises ne cesse de vous surprendre à votre arrivée. Il y a dans cette petite salle pas moins de 26 sièges qui attendent les patients, jamais aussi bien nommés. Autre chose qui surprend le béotien en la matière : la porte du cabinet ne sera ouverte que de midi à 14 heures. Puis de 20 à 22 heures, après quoi, il n’est plus possible de rentrer.

J’arrive quelque peu en avance. Déjà dix personnes attendent devant la porte close. Il pleut, tous ceux qui sont là sont en mauvaise forme, pas besoin de le leur demander, ça se voit bien assez. Une femme devant moi, toute pâle me propose un coin de son parapluie, avec mes 39 degrés cinq de température, ce n’est pas de refus. Après trente minutes d’attente sur le trottoir, nous pouvons enfin rentrer à l’abri.

Chacun de prendre son numéro de passage, de remplir une petite fiche signalétique. Ici, pas de dossier médical, SOS médecin supplée modestement aux carences d’un système en plein naufrage. Durant une heure trente encore, la salle ne cessera d'accueillir de nouveaux clients pour ne plus avoir bientôt de places libres. Les premiers sont appelés, chaque visite s’effectue en une quinzaine de minutes avec un médecin qui prend bien plus son temps que nombre de ses confrères au rendement pour leur seul compte.

Mais revenons dans cette salle que j’aurai tout loisir d’observer. Le public y est hétéroclite. Tous les âges, toutes les origines y sont représentés. Des enfants en bas âge, des adolescents, de jeunes adultes, des gens plus vieux et quelques personnes plus âgées encore. Une petite moitié est issue de ce qu’on appelle avec pudeur l’immigration. Une moitié seulement aurai-je tendance à dire ce qui atteste que pour l’autre moitié, l’accès aux soins est devenue tout aussi problématique.

Chacun porte les stigmates d’un état de santé peu glorieux. La salle d’attente devient ainsi un véritable nid à microbes, histoire d’améliorer si besoin était la situation. Les enfants s’impatientent, bougent un peu, échangent entre eux des jouets et des miasmes. Les adultes demeurent silencieux, assommés par leur état, chacun est dans son mal, impatient d’être enfin soigné.

Plus le temps passe, quelques regards de connivence s’échangent d’autant plus aisément que le numéro appelé est proche du vôtre. J’observe mes voisins. Je remarque cet homme en sandalettes, avec des chaussettes de couleurs différentes. Il ne porte pas les stigmates de la grande détresse. Que lui arrive-t-il ? Mystère, lui est enfermé dans son mutisme. D’autres tuent le temps sur leur téléphone, pas tous, loin de là. L’attente à vide est majoritaire.

Cette jeune mère, charmante au demeurant, a bien du mal avec son petit diable. Il ne cesse de bouger, elle n’abandonne pourtant pas son rôle, le rappelle inlassablement à l’ordre, finit par obtenir de lui qu’il se calme. Sa voisine tout au contraire, abandonnera la partie et fera demi-tour, cédant à l’agitation de sa gamine en quittant la salle d’attente.

Une famille au complet est venue accompagner la petite dernière. Tous de trouver le temps long sans pour autant être en mesure d’atténuer les pleurs de la petite. C’est à moi de passer, la salle est toujours aussi pleine. Combien de temps attendront les derniers ? Nous devrons pourtant nous attendre à revivre cette situation ou à la découvrir pour d’autres. Les déserts médicaux progressent partout, les acquis du conseil de la Résistance sont battus en brèche dans une nation qui n’est plus en mesure de tenir son rang de sixième puissance mondiale, en tout cas pour les gens de la base.

En attendant, permettez-moi de rendre hommage à ce jeune médecin au professionnalisme impeccable, à la disponibilité parfaite compte tenu d’un contexte délicat. Il fait honneur à une profession qui pour beaucoup se vautre désormais dans la seule recherche du profit. Lui, ce n’est pas son cas et il est manifestement là au service des gens, sans distinction aucune. Merci à lui !

Reconnaissancement sien.

Dans la salle d'attente de la gare de Nantes ( La rousse au chocolat ) © tatiedomi1

 

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