Est-il normal de se serrer la ceinture sans leur remonter les bretelles ?
Ainsi donc le père abbé de Bétharram entend à l'aube de cette année 2026 nous condamner à la pénitence et au jeûne en lançant l'idée d'une année blanche qui à bien y regarder ne toucherait, si on en croit les mesures de rigueur annoncées, ni le clergé ni la curie du libéralisme triomphant. Seuls les fidèles malgré eux devront porter leur croix pour que les thuriféraires de Jupiter continuent joyeusement à se gaver sur le denier de l'inculte.
Si j'en crois mes lointains souvenirs du catéchisme, l'exemple doit venir d'en haut tandis que charité et austérité bien ordonnées commencent par soi-même. À moins sans doute que je fasse grande confusion sur le sujet percevant obscurément que la liturgie capitaliste interdit absolument de mettre à contribution les élus et leurs anges gardiens.
Le bon peuple des manants, des gueux et des mécréants devra se serrer la ceinture en mettant en alerte le bras séculier afin qu'il sache se montrer impitoyable si jamais les vilains entendaient remonter les bretelles de leurs affameurs. Une nouvelle jacquerie n'est pas impossible et ceux qui hier riaient jaune risquent fort de voir rouge par la faute de cette année blanche.
Le père François veut donc nous en faire voir de toutes les couleurs avec l'onction de l'odieux prélat du Palais qui n'a eu de cesse de battre tous les records d'accroissement du train de l'État en ce qui concerne ces menus frais domestiques auxquels il convient d'ajouter les bourses qui viennent alimenter les modestes dépenses de la première dame.
À la curie c'est l'incurie, s'indignent les censeurs de la Cour des Comptes sans que nul effort ne soit réclamé à ces parasites indignes, tous peu ou prou suspectés d'abus de bien sociaux, de détournement d'argent public, de prévarication, d'emplois fictifs ou de corruption plus ou moins active. À ce joli tableau il convient d'ajouter l'argent jeté par la fenêtre de nos deux chambres.
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Alors chiche : année blanche pour tout le monde à commencer en janvier par la suppression de toutes les innombrables cérémonies de vœux toutes bien plus dispendieuses qu'elles peuvent être indispensables à la démocratie. Dans le même ordre d'idée, les banquets, réceptions et cérémonies diverses et avariées seront remises aux calendes grecques quand Jupiter aura tiré sa révérence.
Pendant que nous y sommes, tous les voyages à l'étranger de nos parlementaires friands des commissions touristiques au nom de l'amitié avec les peuples passeront eux aussi à la trappe tout comme les restaurants, coiffeurs et autres privilèges liés à la fonction de parlementaire. Régime sec pour tout le monde y compris le président du Sénat.
Cette rigueur peut enfin mettre en application la théorie du ruissellement en se généralisant au niveau des Conseillers Régionaux et Départementaux qui devront durant une année renoncer aux bulles, petits fours et places réservées. Tout le monde paie de sa personne ou bien cette année blanche n'a guère de sens si elle n'est pas globale.
Pour parachever l'œuvre d'assainissement des écuries de notre République, les vieilles ganaches des hautes fonctions cesseront de recevoir des avantages qui n'ont rien à faire dans une véritable démocratie. Anciens présidents ou premiers ministres devront retrouver le bonheur ineffable de conduire leur véhicule personnel et cesseront de disposer de garde du corps et d'un secrétariat. Ceci n'a aucune raison d'être.
Sur cette base seulement, l'année blanche sera acceptée avec enthousiasme par une population qui n'en peut plus de cette Monarchie qui ne dit pas son nom. Que nos responsables assez souvent irresponsables en matière financière y prennent garde : la population est à bout et ne tolère plus les pratiques d'une caste politique qui se pense héritière des mœurs de l'ancien régime. Faute d'un changement radical, la multitude des indignés du pays pourrait fort bien refaire dans la rue la nuit du 4 août sans attendre le 10 septembre.
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