«Avoir 20 ans à Melun, en 1968»

L’infatigable témoin.

Un livre à chaque lutte.

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Notre ami l’instituteur à la retraite ne désarme pas. C’est le clavier à la main qu’il a pris le relais de ses combats, banderoles au-dessus de la tête, martelant les pavés de toutes ses colères. Il a été de toutes les grèves, de toutes les manifestations, de tous les rêves aussi. Il se souvient, cinquantenaire oblige d'une Révolte qui voulut bouter la vieille société sclérosée de l’époque. Les utopies font sourire quand elles se fracassent ainsi sur la formidable capacité de résilience de l’ordre établi. Pourtant, combien d’avancées sociales et humaines naquirent de cet épisode qu’il convient de ne pas dénigrer ? Jean-François s’y emploie avec ferveur, une sorte de pavé dans la mare de nos amnésies collectives.

Je sais que certains vont encore hurler au loup que je défends un écrit de cet homme. Ils diront que c’est de la publicité, de la réclame, une manière honteuse de servir la soupe. Les contempteurs sont ainsi constitués qu’ils ne peuvent voir que le mal partout. Mai Soixante-huit étant pour eux, le pire épisode que notre nation ait vécue, ils vont se déchaîner une fois encore avec la subtilité qui les caractérise tant. Je m’en moque, mon ami m’a demandé de rendre compte de son ouvrage et en dépit des horions prévisibles, je m’attelle avec plaisir à la tâche.

Nous avons dix ans d’écart, bien assez sans doute pour que je sois totalement passé à côté de sa grande campagne de l’époque. C’est à ce titre que son récit est instructif. Comment ceux qui étaient au cœur de l’action, du tourbillon des idées ont vécu ce moment unique qui a constitué une grande partie de leur vie d’homme ? À lire le témoignage de monsieur Chalot, on perçoit l’importance fondatrice de ce printemps en éruption, comme si toute sa vie, il serait sensible aux mouvements tectoniques et telluriques de notre société.

À être ainsi à l’école de la rébellion, on grandit autrement. C’est une évidence à lire «Avoir 20 ans à Melun, en 1968 ». D’autres ont viré leur cuti, ont renoncé aux valeurs qui mirent en ébullition un pays tout entier. Ils se sont servis plus qu’ils n’ont servi, ont profité de l’exposition que leur avait donné leur engagement pour gravir des échelons, faire leur place dans ce qu’ils dénonçaient. Vous pouvez les écouter, amusés et goguenards venir défiler sur les plateaux de télévision pour vendre un espoir qu’ils ont systématiquement trahi. Leur ancien chef de file est d’ailleurs le moins exemplaire de tous !

Jean-François n’a pas dévié. Toujours droit dans ses bottes, il peut regarder ses cinquante ans passés sans rougir ni même devoir renier une position. Ses précédents ouvrages l’attestent tandis que celui-ci vient puiser aux sources de sa vocation. C’est donc un document clef pour le comprendre tout autant qu’appréhender le parcours de beaucoup de ses semblables, militants éternels des causes que l’on peut croire toujours perdues avant que le miracle ne finisse parfois par se produire !

En soixante-huit Jean-François est à l’école normale de Melun, aux premières loges en somme de l’agitation et du laboratoire d’idées. Nous suivons son aventure car c’en est une, nous prenons part à ses pérégrinations entre stage en Brie, assemblées générales, grèves et occupations diverses. L’élève de terminale découvre un nouvel univers, le Bac lui semble si loin. Il se construit ainsi dans ce qu’il nomme une année charnière, de celles-ci qui feront grincer bien des dents.

On peut parcourir ce témoignage avec le recul que nous accorde le temps qui passe. Que reste-t-il des idéaux d’alors, des élans de générosité et de ce souffle de liberté ? On peut s’interroger et déplorer que l'individualisme ait gagné la partie. Jean-François s’insurgerait alors d’une telle opinion, retrousserait ses manches pour reprendre son bâton de défricheur du possible. Il a bien raison et je ne peux que lui souhaiter de ne jamais renoncer.

Je suis certain que tant qu’il aura un souffle de vie, il se dressera face aux injustices de ce monde qui va tout de travers. Tout est à refaire ou presque et on peut compter sur Jean-François Chalot pour dresser de nouvelles barricades face à l’immense perversion d’une France en Marche à Recul.

Admirativement sien.

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